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02/09/16 | 10 h 29 min

Le Livret de propagande chinoise confirme la criminalisation absolue de toute expression pacifique au Tibet

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La couverture bilingue du livret de propagande énumérant les crimes séparatistes

Les autorités chinoises ont récemment distribué des exemplaires d’une brochure de propagande politique qui se déguise en matière d’éducation juridique dans les institutions monastiques tibétains situées à travers Ngaba (ch : Aba) tibétain et la Préfecture autonome de Qiang, la Province du Sichuan, et dans la Province tibétaine de l’Amdo.

Le livret de 80 pages bilingues en tibétain et en chinois, est présenté comme un « texte juridique » utilisé pour sensibiliser la population monastique tibétaine sur les actes criminels qui sont considérés comme séparatistes par le Gouvernement chinois. Le sous-texte inhérent au Livret est l’un des nombreux actes d’intimidation et d’avertissement. La brochure souligne que ces crimes prétendus seront traités sévèrement et punis.

Les cinq crimes séparatistes inscrits dans le Livret concernent les activités qui sont devenues une source d’embarras majeure pour le Gouvernement chinois, comme des manifestations d’auto-immolation et d’autres actes d’expression, y compris les manifestants en solo portant des photos du Dalaï Lama, le chef spirituel tibétain, ainsi que l’appel à son retour et des slogans réclamant la liberté et les droits de l’homme au Tibet. En ce qui oncerne l’acte de protestation en solo, le Livret souligne que le protagoniste sera accusé « d’incitation au séparatisme ». Depuis 2013, TCHRD – Tibetan Centre for Human Rights and Democraty – a recensé 25 cas de manifestants connus ; parmi eux, Gedun Phuntsok, 18 ans, condamné à quatre ans de prison et Lobsang Kelsang, 19 ans, condamné à trois ans et demi.

Plus alarmant, des crimes dits  » séparatistes « , énumérés dans le Livret criminalisent tous les moyens d’expression politique pacifique au Tibet. Ceci, en plus du fait que depuis 2008, les tentatives pour n’importe quelle sorte d’expression incluant une pétition aux autorités locales sur des questions telles que la saisie des terres et la pollution environnementale ont été violemment réprimées par les autorités, avec des troupes paramilitaires tirant sur des manifestants non armés.

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Les tendances inquiétantes des manifestations d’auto-immolation et de protestations en solo sont symptomatiques de la répression politique extrême. Avec la criminalisation de ces manifestations, la répression de ces formes d’expression pacifique par les Tibétains est absolue.

Cependant, cela ne signifie pas que ces activités ne sont pas criminalisées avant la distribution du Livret de propagande. Contrairement aux récents rapports des médias, des manifestations d’auto-immolation, ainsi que d’autres activités énumérées dans ce Livret ont longtemps été criminalisées par le Gouvernement chinois. Par exemple, le 28 août 2011, les médias d’Etat chinois ont rapporté que trois moines tibétains avaient été accusés « d’homicide volontaire » dans le cadre de l’auto-immolation de Phuntsog, un moine du monastère de Kirti qui a succombé, plus tard, à ses brûlures. Parmi les trois, Tsundue a été condamné à 11 ans d’emprisonnement. A ce jour, le Bureau des prisonniers politiques du TCHRD a affirmé que 67 Tibétains connus ont été arbitrairement détenus ou condamnés dans le cadre de manifestations d’auto-immolation. Parmi eux, certains comme Lhamo Dorjee de Luchu – ch : Luqu – Comté de Kanlho – ch : Gannan – dans la Préfecture autonome tibétaine – province du Gansu – a été condamné à 15 ans pour homicide volontaire. Egalement, Dolma Kyab a été condamné à mort pour homicide, après que sa femme, Kunchok Wangmo, soit morte en s’immolant, le 11 mars 2013. Le sort de Dolma Kyab reste toujours inconnu.

Le Livret note aussi que toute personne qui commet l’acte d’auto-immolation, lors de rassemblements publics, sera responsable de « mettre en danger la sécurité publique ».

D’autres activités criminelles énumérées dans la brochure se rapportent à l’échange d’information sur les événements au Tibet sur les médias sociaux, l’affichage de drapeaux nationaux tibétains et la distribution des tracts en rapport avec la politique.  Encore une fois, il est courant pour les Tibétains au Tibet de se faire arrêter arbitrairement et emprisonner, pour s’être livré à ces activités. Les Tibétains se font arrêtés arbitrairement pour avoir partagé illégalement des secrets d’Etat concernant des informations sur les violations des droits de l’homme sur les réseaux sociaux tels que WeChat. Ils sont soumis à des détentions secrètes, torturés et condamnés pour incitation au séparatisme quand ils affichent le drapeau national tibétain ou la photo du Dalaï Lama et protester pacifiquement contre la politique répressive du Gouvernement.

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Voici une traduction des cinq crimes séparatistes énumérés dans le Livret.

Article 1 : [L’acte de] afficher le drapeau séparatiste et des tracts séparatistes dans les espaces publics doit être pénalisé avec la charge d‘« incitation au séparatisme ».

Article 2 : [L’acte de] élever des portraits du Dalaï-Lama et crier des slogans séparatistes dans les espaces publics est considéré comme un crime d‘« incitation au séparatisme ».

Article 3 : [L’acte de] l’auto-immolation dans les espaces publics doit être considéré comme une infraction grave et pénalisé à la charge de « mettre en danger la sécurité publique ».

Article 4 : [L’acte de] incitation à l’auto-immolation doit être pénalisé avec la charge d’« homicide intentionnel ».

Article 5 : [L’acte de] envoyer illégalement des photos et des vidéos séparatistes aux forces hostiles étrangères via l’application de messagerie mobile WeChat sera pénalisé avec de multiples accusations, y compris « le partage illégal des messages secrets » et « incitation au séparatisme ».

Selon des informations fiables reçues par TCHRD, le Livret a été distribué le 28 juillet à 42 monastères bouddhistes tibétains à Ngaba et dans la Préfecture autonome de Qiang.

Le 24 août, le Global Times a interviewé Zeli Danzhu, chef du Bureau de la Justice dans le comté de Ngaba et Tashi, chef adjoint du Département de la propagande du même Comté. Ils ont affirmé qu’ils n’étaient pas au courant de la distribution du Livret. Le rapport a également cité Qiu Ning, ancien chef du Département du Travail du Front uni du Comté de Ngaba, en affirmant qu’il n’était pas au courant de la question, bien qu’il ait admis que les autorités locales avaient travaillé sur le même « texte juridique » destiné à tous les résidents, à la fois monastiques et laïcs, dans la préfecture.

Le 19 juillet, plus d’une semaine avant la distribution du Livret, les autorités locales ont tenu une réunion dans le Comté de Ngaba qui fut suivie par les dirigeants de la Préfecture et les leaders du Comté, ainsi que des représentants des Comités de gestion du monastère. Le thème de la réunion était : « Dirigez le Comté et les Monastères selon la loi ». Lors de cette réunion, un accord a été signé entre les conseillers juridiques de divers monastères dans le Comté de Ngaba et des autorités gouvernementales compétentes pour faire respecter et mettre en œuvre les décisions prises à la 4ème séance plénière du 18ème Congrès du Parti. Cette session a souligné un système servant « la règle de droit socialiste avec des caractéristiques chinoise ».

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19 juillet, réunion sur « la gouvernance du monastère et du comté, conformément à la loi » à Ngaba

Traduction Laetitia Fromenteau pour France Tibet