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16/11/15 | 13 h 35 min

Plaidoyer du Tibet : « Occupez-vous du Toit du monde, avant qu’il ne soit trop tard… »

Le Tibet est le plus grand Plateau du monde, et le plus élevé.’ Photo : Purbu Zhaxi/Xinhua Press/Corbis

Lobsang Sangay, The Guardian, 11 novembre 2015.

« Mon beau pays  souffre des effets du changement climatique. Pour éviter une catastrophe, les dirigeants doivent prendre des mesures d’urgence à la Conférence des Nations-Unies de Paris. »

Toit du monde. C’est ainsi que le Tibet est connu depuis longtemps. L’expression évoque des sommets, des cimes enneigées, des glaciers, des sols perpétuellement gelés, et des nomades vivant sur leurs terres.

Mais un toit, c’est aussi le symbole d’une maison. C’est la structure qui protège ceux qui y habitent. Et comme nous le savons tous, si cette structure est en danger, la maison l’est aussi.

« La fonte des glaciers marque un point de non-retour dans le changement climatique. A nous d’y être attentifs. »
Wendell Tangborn (en savoir plus > )

Les glaciers fondent au Tibet, et le monde ne doit pas fermer les yeux. Son permafrost se dégrade, et le monde ne doit pas y être indifférent. Le Tibet subit les conséquences d’une déforestation massive et de la construction d’immenses barrages, et le monde se doit d’agir.

Pourquoi maintenant ? Parce qu’à l’heure où les dirigeants de la Planète vont se réunir à Paris en décembre, pour  COP 21 organisée par les Nations-Unies, il est impératif que le Tibet soit à l’ordre du jour de l’agenda du changement climatique.

C’est une zone stratégique d’un point de vue environnemental, et on ne peut surestimer son importance sur la durabilité du fragile écosystème mondial. Situé à une altitude de 4 000 m au-dessus du niveau de la mer, et couvrant une superficie de 2 500 000 km²,  le Tibet est le plus grand plateau du monde, et le plus élevé.

Mais, en plus d’être le « Toit du monde », voici quelques autres qualificatifs, tout aussi appropriés.

LE TROISIÈME PÔLE : On y dénombre 46 000 glaciers, ce qui en fait la troisième concentration de glace la plus importante après les Pôles Nord et Sud.

LE CHÂTEAU D’EAU DE L’ASIE : Le Plateau tibétain abrite la source des six plus grands fleuves d’Asie. Cette eau est indispensable à plus d’un milliard trois cent millions de personnes qui vivent dans les dix pays à la plus forte densité de population autour du plateau.

LE FAISEUR DE PLUIE : Le Plateau tibétain influence la période et l’intensité des moussons dans la région.

 

Les glaciers du Plateau tibétain fondent au taux de 7% par an.’ Photo : Tang Zhaoming /Xinhua Press/Corbis.

Et, confortablement assis dans leurs bureaux climatisés, tout ce que les grands du Monde ont à faire, c’est repenser à cet été, repenser à la canicule qui a affecté la plus grande partie de l’Europe, pour avoir un nouvel exemple du rôle essentiel que  joue le Tibet dans le système climatique mondial. On a déjà fait la corrélation entre ces vagues de chaleur et l’amincissement de la couche neigeuse sur le plateau tibétain. La température sur le plateau a augmenté d’1,3 °C – trois fois la moyenne mondiale.

Les glaciers du Plateau tibétain fondent à un taux de 7% par an, et, si ce taux continue, les deux-tiers du Plateau auront disparu d’ici à 2050.

Le permafrost alpin, essentiel à la santé de la planète, est en sérieux danger. Sur le Plateau tibétain, le permafrost renferme plus de douze millions trois cent mille tonnes de carbone. Mais il y a eu une dégradation de 10% de ce permafrost au cours de la dernière décennie. Il va sans dire que la dégradation du permafrost, et la libération de carbone qui s’en suit, entraîneront un changement climatique dévastateur.

On peut éviter une catastrophe environnementale mondiale, mais il nous faut agir maintenant pour assurer la protection du Plateau tibétain. En vue de la COP 21, le Gouvernement Central Tibétain appelle les dirigeants mondiaux à prendre des mesures d’urgence pour contrer le changement climatique, à commencer par un accord mondial solide sur le climat, à Paris. Un tel accord doit impliquer des engagements sérieux et transparents de tous les Guvernements, y compris celui de la Chine.

La Chine s’est récemment engagée à plafonner ses émissions de carbone d’ici à 2030. Annonce bienvenue, mais cet engagement ne doit pas se faire au détriment du Tibet, et porter davantage atteinte à son environnement. L’extension des barrages hydroélectriques envisagée par la Chine n’est certes pas la solution.

La Chine a déjà construit des barrages sur tous les grands fleuves du Tibet. Et on en attend encore plus. Les projets hydroélectriques sont une priorité affirmée dans le 12ème plan quinquennal de la Chine.

Sans véritable consultation, et sans études d’impact, ces projets hydroélectriques peuvent entraîner des dégâts environnementaux graves et irréversibles. Il est, de même, impératif que la Chine signe la Convention des Nations-Unies sur l’eau, et s’engage à protéger la quantité et la qualité des ressources en eau.

 

Les Nations-Unies doivent agir et reconnaître l’importance du Plateau tibétain. Si l’on ne se préoccupe pas du Tibet, il est impossible d’avoir une vision approfondie du changement climatique au niveau mondial. Nous avons besoin que les Nations-Unies  mènent des travaux de recherches pour avoir une meilleure compréhension de l’impact du changement climatique sur le Plateau tibétain, et sur le rôle fondamental que celui-ci joue dans la lutte contre le changement climatique.

Le nomadisme joue un rôle prépondérant dans la protection des terres arides. Malheureusement, la Chine chasse les nomades tibétains de leurs terres, et met en œuvre des programmes de sédentarisation forcée à grande échelle. Plus de deux millions de personnes ont été déplacées à ce jour.

On doit, sans délai, mettre un terme à cette expulsion des nomades tibétains de leurs terres, et ceux déjà sédentarisés devrait être autorisés à retourner sur leurs lieux de pâturage.

Les nomades tibétains sont les mieux à même de protéger leurs terres, et leur savoir-faire ancestral doit être inclus dans les actions d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques.

Les Tibétains doivent avoir leur mot à dire sur ce qui se passe sur leurs terres, et le Tibet doit être inscrit à l’ordre du jour de la Conférence sur le changement climatique à Paris. Selon les termes du Dalaï Lama : « La planète bleue est notre maison, et le Tibet en est le Toit. Il faut protéger le Plateau tibétain, pas uniquement pour les Tibétains, mais pour la santé environnementale et la durabilité du monde tout entier. »

Le monde a les yeux rivés sur Paris à l’occasion de la COP 21. Des solutions à la crise du climat existent. Ce qu’il nous faut, c’est la volonté politique d’agir et de protéger le Toit du monde, et par extension, notre maison.

Traduction France Tibet