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15/09/15 | 21 h 00 min par Pierre Guerrini

Le Tibet à l’heure de la COP 21

Pélerins en vue du versant est du Potala, par le Ling Kor, la voie sacrée qui entourait la ville sainte.

Réalités tibétaines et Forfanteries et mensonges à la chinoise

Alors que les grands-messes médiatiques, dont on sait qu’elles sont, et, ont, de tout temps, été, de Nuremberg hier à Pékin aujourd’hui,  et avant tout – what else ? –  des armes de propagande massive, de mensonge officiel, de mise en scène  institutionnalisée, connaissent un renouveau, un retour au gout terrible du jour dont ces dictateurs menacent de l’enténébrer durablement, et qu’elles ne présagent rien de bon, voir Pyongyang, Pékin, la course planétaire à l’armement et aux missiles, et l’effarant défilé auquel le dernier billet de l’édition Tibet était consacré  –  «  ça fait peur ! » m’a dit une dame sidérée après l’avoir vu, semblant, quêter de ma part, mais en vain, une parole, qui ne vint pas, de réconfort, une parole apaisante, un signe même à peine dubitatif, qui aurait su relativiser son sentiment, sa crainte que je partageais,  – cette débauche d’étalage de force et de défilés militaires et d’autoglorification narcissique des régimes pris dans ces vortex de folie et de leur chef suprême, se double, s’accompagne de son pendant pacifique et bon-enfant, de manière tout à fait synchronisée et pensée, d’une non-moins mensongère, frelatée et fallacieuse mise en scène dont le but est de fêter ces temps de bienfaits, ces décennies bénies et pacifiques, ces cinq décennies – au nombre pourtant de presque sept – certainement parfaitement bénies des dieux et déités de ce territoire immense et si riche, dont le but est d’honorer et d’appeler toutes et tous à remercier et honorer l’envahisseur Han pour avoir civilisé le Tibet et participé au bonheur et à l’émancipation du peuple tibétain.

La chine a fêté en grande pompe, ciel nettoyé d’apparat, les 50 ans, qui sont en réalité 65 ans, de l’oppression du peuple tibétain. Ils ont plutôt fêté les 1,200,000 tibétains tués par ce régime chinois, les 6400 monastères détruits par la folie et cette pollution à tous les niveaux du plateau tibétain et de leur faire bannir leurs cultures millénaires, leurs coutumes, leur mode de pensée et d’être, leur langue et leur religion et philosophie de vie.

Le propos officiel de ces fêtes organisées à Lhassa, la capitale-occupée du Tibet-occupé, par le P.C.C., quelques jours après le défilé militaire de la place Tian’anmen, était de bien-sûr louer l’action vertueuse et salvatrice, émancipatrice et humanitaire du régime de Pékin depuis ces  » 50 ans » qu’il veille au bon déroulé de la vie du Tibet et de son peuple.

Tout cela devant et au pied du Potala. Marie Duong

Pas moins de 65 hauts responsables du gouvernement chinois, ou la fine fleur du Parti Communiste Chinois, sont actuellement à Lhassa pour célébrer la « libération pacifique du Tibet », y affirmant que la nation colonisée est actuellement dans son âge d’or symbolisant l’harmonie et la joie, où les Tibétains font preuve de confiance inébranlable en la construction d’une société prospère et un vivre heureux.

Une incurie industrielle et minière.

En raison de sa formation tectonique et de sa situation, le Tibet dispose de 132 types de ressources minérales différentes, comme le cuivre, l’or, le charbon, le pétrole brut, le gaz naturel, la chromite, l’arsenic, l’amiante, l’aluminium, le minerai de fer, le bore, le potassium, le plomb, le zinc et le lithium.

Dés le début de l’occupation du Tibet par la Chine, dans les années 1950, et l’ouverture à l’exploitation systématique des minéraux riches du Tibet, de grandes compagnies minières ont témoigné d’un grand intérêt à investir là-bas.

Selon l’article 9 de la Constitution de la République Populaire de Chine, les ressources du Tibet sont des actifs de l’État disponibles pour être exploités pour répondre aux besoins du développement national.

« Qu’avait donc besoin la République Populaire de Chine de cet article 9, stipulant que les ressources du Tibet sont des actifs de l’État chinois,  si ce même État chinois pensait le Tibet réellement faire partie intégrante de la mère-patrie-communiste.

Qu’avait donc besoin la République Populaire de Chine de cet article 9, si elle ne savait que le Tibet est un pays libre et indépendant qu’elle a annexé militairement et qu’elle occupe par la terreur sous toutes ses formes et la coercition aux visages multiples qu’elle exerce sur sa population depuis 65 ans. »

Au cours des soixante dernières années, cependant, l’exploitation minière a, comme on s’en doute, beaucoup évolué,  depuis au début quelques tentatives et initiatives  plutôt timides et marginales jusqu’à aujourd’hui, la chine en pleine confiance, sure de sa puissance économique, industrielle  et militaire,  et sans opposition internationale réelle quant à ses multiples prétentions territoriales, un vertigineux crescendo devenu un phénomène majeur dans la croissance économique de la Chine entraînée par l’industrialisation et l’urbanisation.

Dès 1951, des études géologiques ont été réalisées et, en 1991, une zone  de minéralisation de cuivre-plomb-zinc avait été délimitée. Entre 1991 et 1999, le numéro 6 Geological Brigade (Brigade 6) du bureau du Tibet de la géologie et des ressources minérales menaient des travaux d’exploration détaillée.

Basé sur ce travail, 4 licences d’exploitation minière ont été délivrées à :

a. Canton de Gyama  (opérations débutées en 2004)

b. Lhassa Mining Company (opérations en 1995)

c. Brigade 6 (2003)

d. Tibet Huatailong  Mining  Development (2005).

Au cours de l’année 2005, la communauté locale tibétaine déplore la perte de troupeaux  qui meurent  après avoir bu de l’eau perdue libérée dans l’eau courante de la communauté.

L’entreprise a diligenté une enquête sur l’affaire. Selon certains enquêteurs, la mort du bétail a été causée par une substance chimique libérée dans la circulation des eaux par la société, mais certains autres enquêteurs ont nié le lien de cause à effet, et ainsi les nombreux fermiers lésés par la perte de leur bétail ne reçurent aucune compensation.

En Avril 2007, les activités minières des opérateurs précédents dans les quatre zones de permis miniers ont été suspendues  par le gouvernement « TAR ». Tibet Autonomous Region.

Conformément à un accord entre le gouvernement local chinois de la région autonome et  la China National Corporation Gold Group, les quatre licences minières ainsi que les permis d’exploration dans les zones environnantes ont été regroupés par la politique de consolidation du gouvernement chinois pour les propriétés minières.

Dés lors, ce fut une expansion rapide des opérations minières qui couvrent maintenant un total de 145.50 km2, y compris une zone d’exploitation minière de 76.19km2 et d’exploration couvrant une superficie de 66.41km2, à une altitude entre 4000 m et 5,407m.

Un des projets miniers majeurs dans la mine de cuivre de Gyama, située non loin de Lhassa, exploité aujourd’hui par le  » Tibet Huatailong Mining  Development Company Limited « , une filiale de  » China National Gold Group  » : un énorme gisement polymétallique à grande échelle comprenant cuivre, molybdène, or, argent, plomb et zinc, avec un potentiel susceptible de faire la chine  le plus grand producteur de cuivre en 10 ans.

Selon un article de 2010, intitulé  « L’impact environnemental de l’activité minière sur la qualité de l’eau de surface au Tibet: la vallée de Gyama », les auteurs Xiang etAl, affirment avec certitude qu’ « une sévère contamination aux métaux lourds est localisée dans l’eau du ruisseau de Gyamaxung-Chu (Chu signifie rivière) et les installations de traitement des eaux usées dans la vallée de Gyama.

Il indique également que  « le risque environnemental dans la zone de la source Gyamaxung-chu, où les teneurs mesurées correspondent principalement au fond géochimique était de zéro. Cependant, il y avait un risque très élevé sur les parties supérieures et moyennes de la rivière, qui semble être à la fois d’origine naturelle  mais accéléré par les importantes activités minières.

Les niveaux de métaux (comme le plomb, le cuivre, le cadmium et le zinc) représentent un risque élevé pour l’environnement, y compris pour les populations humaines locales et leur bétail.

L’article poursuit encore en disant que « la grande préoccupation environnementale sont les nombreuses mines et le traitement des dépôts dans la vallée, contenant des grandes quantités de métaux lourds tels que le plomb, le cuivre, le zinc et le manganèse, etc…

Ces dépôts sont amenés à dissoudre leurs  contaminants dans les eaux d’infiltration et l’érosion de particules, et posent donc un risque à venir pour l’environnement local et une menace potentielle avérée pour  la qualité de l’eau en aval.

Le vendredi, 29 Mars 2013, 83 mineurs ont été tués dans un glissement de terrain de la mine, provoqué par la mauvaise gestion des déchets miniers et un sur-empilement de roches de résidus miniers sur une vallée en forme de V accentué à  la Copper Polymetallic Mine Gyama  (Ch: Jiama). Mine polymétallique de cuivre de Gyama.

Équipe de secours

La déclaration officielle sur l’éboulement de la mine a été le plus servilement du monde possible publiée par l’agence chinoise Xinhua, sans le moindre soupçon quant à l’objectivité journalistique malgré la perte de tant de vies.

Le 23 Septembre 2014, plus de 1000 Tibétains locaux des villages de Dokar et Zibuk, situés près de la capitale tibétaine Lhassa, ont protesté contre l’empoisonnement de leurs rivières par la mine de cuivre Poly-métallique de Gyama.

La mine est située près d’un ruisseau que les habitants utilisent pour boire, pour l’irrigation et l’alimentation des animaux. Mais comme toujours, les responsables locaux ont déclaré très commodément que la pollution de l’eau dans les rivières a été causée par des facteurs naturels et non par la mine.

Aux dernières nouvelles, début Août 2015,  Radio-Free-Asia faisait part et avertissait de l’imminence de très possibles nouveaux projets à venir dans la région: « Des équipes chinoises de construction de routes ont ouverts de nouveaux tracés, menant à Gyama Valley, près de la capitale régionale du Tibet-occupé, Lhassa, faisant craindre qu’un nouvelle mine pourrait être bientôt construite dans une région pourtant déjà fortement polluée par les opérations d’extraction chinoises ».

« Cela fait donc plusieurs mois  – si ce n’est des années  –  que les rédactions des principaux organes de presse en France, et à l’étranger, sont priées de ne pas trop communiquer sur le Tibet, intimidées qu’elles sont par le pouvoir chinois et ses promesses de sanctions.

Ceci, entre autres, via l’ambassadeur de Chine en France qui contacte directement les rédactions ou s’y déplace en personne.

Tentative d’obscurs représentants chinois pour retenir la montgolfière Tibet au sol lors d’un festival. Lire ici

France-Tibet

BEIJING, 6 septembre (Xinhua) – La Chine a publié dimanche un livre blanc sur le Tibet à la veille du 50e anniversaire de la fondation de cette région autonome ethnique.

Intitulé  « Pratique avec succès de l’autonomie régionale ethnique au Tibet », le livre blanc indique que depuis le lancement de la réforme démocratique en 1959 et la mise en œuvre de l’autonomie régionale ethnique en 1965, le Tibet a établi le nouveau système socialiste et réalisé des bonds historiques dans son développement économique et social.

La pratique a complètement prouvé que l’autonomie ethnique régionale était une nécessité pour le développement et les progrès du Tibet, et se conformait aux intérêts fondamentaux de tous les groupes ethniques dans la région.

Le Tibet a adopté une voie l’unissant à tous les groupes ethniques chinois et s’efforce de se développer sur un pied d’égalité, de réaliser la prospérité et de faire des progrès avec eux, ajoute le livre blanc.

La culture traditionnelle du Tibet est bien protégée et promue, et la liberté de la croyance religieuse dans la région est respectée et sauvegardée, tandis que son environnement écologique est également préservé, affirme le livre blanc.


Crime de lèse P.C.C., au pays  » de la croyance religieuse respectée « , le porteur de ce portrait a été interpellé et arrêté ces dernières heures.

Faisant partie de la nation chinoise, la population tibétaine possède le droit de participer également à la gestion des affaires de l’État. Elle est ainsi responsable des affaires sociales locales et maîtresse de son propre destin, créant et partageant la richesse matérielle et spirituelle du Tibet.

« Le Tibet vit actuellement son âge d’or » note le livre blanc.

Au fil des années, la clique du 14e Dalaï-lama, avec le complot de « l’indépendance du Tibet », a constamment prêché la « voie médiane », répandu le concept d’un  » meilleur Tibet  » et fait pression pour  » un haut degré d’autonomie « , niant ainsi l’autonomie régionale ethnique et ses contributions aux progrès du Tibet, indique le livre blanc.

« Les activités séparatistes de la clique du 14e Dalaï-lama violent la Constitution de la Chine et son système d’État, nuisent largement aux intérêts fondamentaux de tous les groupes ethniques au Tibet. C’est la raison pour laquelle la clique est confrontée à une vive opposition du peuple chinois, incluant tous les groupes ethniques au Tibet, et elle est vouée à l’échec » souligne le livre blanc. France-Tibet

France-Tibet Rappelle que France 24 avait eu le courage de ne pas déprogrammer un documentaire tourné clandestinement au Tibet en 2013 par Cyril Payen.

Toujours selon France-Tibet, « Depuis 2013, peu d’actes de bravoure de cet ordre ont pu être relevés dans la presse, et ce n’est pas la visite de François Hollande qui a annoncé aujourd’hui sa visite en Chine début novembre qui libérera les paroles. »

Et France-Tibet de préciser :  « France Tibet, indépendante de toute organisation politique, s’efforce chaque jour de délivrer de l’information objective en s’appuyant sur divers médias sur place ou en exil. »

Le livre blanc Han, ou la méthode Coué de la pédagogie historique …

Les réalités sont autres …

Les conflits socio-environnementaux au Tibet

(interview complète)

Daniela Del Bene (ICTA, UAB)

Le nombre de Tibétains qui se mettent le feu augmente à un rythme alarmant. […] Aux nombreuses raisons que sont bien évidemment les facteurs politiques, sociaux, religieux et économiques, s’ajoute, l’une des principales causes qui pousse les populations tibétaines aux protestations par le feu à travers le Tibet, il s’agit de l’impact de l’exploitation minière et, qui lui est consubstantielle, la pollution de l’environnement.

C’est un article publié, en 2013, par le Bureau de Recherche du Desk, environnement et développement, de l’Administration Tibétaine à Dharamsala, qui fait, de cette manière, la relation, la connexion entre les auto-immolations par le feu dont le nombre est à la hausse, et la détresse de ces populations devant la destruction de  l’environnement au Tibet.

« Le mardi, 20/11/12, un Tibétain, […] s’est dirigé en marchant  jusqu’à la colline à l’entrée du site de la mine d’or de  Gyagar Thang, et s’est lui-même arrosé le corps de kérosène auquel il a mis le feu.

Selon le Centre tibétain pour les Droits de l’Homme et de la Démocratie, basé à Dharamsala, ce jeune homme a voulu dénoncer la misère et le malheur des communautés tibétaines locales très affectées par l’exploitation minière par des sociétés chinoises.

Comme dans de nombreux autres pays, la douleur causée par la détérioration des écologies locales et la perturbation des modes de vie traditionnels conduisent à des résistances et à des luttes constructives mais aussi à des actes extrêmes de la dissidence et de la frustration.

En outre, l’occupation chinoise du Tibet, depuis les années 1950, a ouvert la porte à une exploitation systématique et de grande envergure des riches minéraux  du sous-sol du Tibet, qui compte et dispose des 132 types de ressources minérales différentes déjà-citées, comme le cuivre, l’or, le charbon, la chromite, l’arsenic, l’amiante, l’aluminium, le minerai de fer, le bore,  le plomb, le zinc et le lithium, chromite,  du minerai de fer, le bore,  mais également du pétrole brut, du potassium, de l’amiante, naturel gaz et charbon.

La pollution sévère des plans d’eau et les impacts additionnels sur les territoires en raison de la présence des centrales hydroélectriques construites pour fournir de l’énergie aux mines aggravent les conditions de vie.

Des chemins de fer et des routes ont rendu l’accès à des sites naturels et culturels locaux  beaucoup plus facile auxquels tourisme a apporté son lot continuel de graves impacts et de nuisances sévères.

En outre, pour faciliter l’extraction des ressources naturelles et pour contrôler leur circulation et l’utilisation des ressources, les autorités chinoises contraignent les nomades tibétains à s’installer dans des villages construits ad hoc, où ils perdent leurs pratiques traditionnelles et donc une partie de leur culture.

En Décembre 2014, à Dharamsala, j’ai discuté de ces questions avec Tempa Gyaltsen Zamlha, de l’Environment Research Fellow à l’Institut Politique du Tibet.

Ici, je vais partager notre conversation. Après plus de recherches, certains des conflits racontés ici seront publiés bientôt sur le site Ejatlas (www.ejatlas.org)
– Pouvez-vous, s’il vous plaît présenter votre travail au Desk, environnement et développement, ainsi que  vos principaux objectifs ?

– Le bureau  « environnement et  développement »  a été mis en place au  Tibetan Policy Institute;  nous surveillons la situation environnementale actuelle au Tibet, favorisons la recherche sur l’impact du changement climatique et les dommages causés par des facteurs humains, puis nous essayons de diffuser une information impartiale et vraie au sujet de l’importance mondiale du plateau tibétain, ainsi que son état actuel, l’état de tout l’environnement des hauts-plateaux, de la diffuser auprès de la communauté internationale et auprès des gouvernements; Nous ciblons surtout le gouvernement chinois et le public, à propos de l’état actuel de l’environnement du Tibet et de la nécessité d’un effort de conservation authentique.

Notre objectif est de protéger le plateau le plus élevé et le plus grand du monde, qui abrite la plus grande concentration de glaciers au-delà de deux pôles et qui est, également, la source des fleuves les plus importants d’Asie.

Alors que la civilisation tibétaine qui a prospéré sur ce beau plateau pendant des milliers d’années pourrait continuer à vivre une vie saine et heureuse, et aussi les nations, en aval des cinq fleuves majeurs qui prennent tous naissance au Tibet et irriguent toute l’Asie, pourraient continuer à profiter de rivières fraîches tibétaines dont dépendent une grande partie de leur civilisation et société.

Nous essayons aussi d’assister à différentes conférences liées à l’environnement, tels que les conférences des parties organisées par la C.C.N.U.C.C. ; United Nations Framework Convention on Climate Change, ou Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, voir Cop 21, page fb.

Pour les Tibétains, la question de l’environnement est l’une des questions les plus urgentes, l’une des tâches les plus urgentes.

Sa Sainteté le Dalaï-lama a dit que question politique peut attendre, mais pas l’environnement. Depuis que le plateau tibétain est devenu très fragile, tout dommage majeur à son état écologique serait très difficile à restaurer.

– Quels sont les grands défis environnementaux auxquels vous êtes confrontés aujourd’hui au Tibet ?

Les principales menaces sont le changement climatique bien sûr, mais aussi les facteurs humains; l’exploitation minière excessive au Tibet, en particulier au cours des dernières années et quand on sait que le gouvernement chinois a déclaré l’extraction et l’exploitation minières l’un des deux secteurs les plus importants des régions tibétaines, l’autre étant le tourisme.  Tous les deux ont une très forte incidence sur l’environnement et sur l’écosystème fragile sur tout le Plateau.

En tant que Tibétains, nous avons une relation très intime à la nature parce que nous croyons qu’ elle recèle la présence des Dieux partout, sur les montagnes, dans les rivières, donc nous essayons, autant que possible, de minimiser les impacts.

Les choses ont changé depuis l’occupation chinoise du Tibet en 1950. Intentionnellement ou non, il y a eu beaucoup de dommages causés  à l’environnement dans les régions tibétaines sous  domination chinoise.

La Chine a déjà construit des lignes de chemin de fer, ce qui rend beaucoup l’extraction et l’exploitation minières plus faciles, moins chères et plus rentables.

Ensuite, ils ont construit de nombreuses centrales hydroélectriques qui sont indispensable pour l’exploitation minière.

Mais je dois être précis ici : les Tibétains ne sont pas contre l’exploitation minière en soi, ils sont contre l’exploitation minière quand elle se trouve près d’un village, à proximité de plans d’eau, de montagnes sacrées ou des prairies nomades. Il y a aussi des activités minières dans la grande plaine du nord où il y a moins de population, et presque aucune protestation en raison des dites activités.

Ainsi, vous pouvez demander pourquoi  les Tibétains sont contre l’exploitation minière sur les montagnes sacrées ?

– Eh bien, il est parce que les montagnes ont une forte connexion historique, culturelle, politique et spirituelle avec le mode de vie des Tibétains.

Permettez-moi de vous donner un exemple: Il y a une montagne au Tibet central non loin de Lhassa, appelé le Mont Yarlhashampo. Il n’y a pas encore d’exploitation minière là, mais il est important de comprendre le lien avec notre culture.

En fait, le mont Yarlhashampo était le dieu royal de la dynastie la plus puissante et la plus longue au pouvoir au Tibet au 7ème siècle. La première des sept ministres nobles dans l’histoire du Tibet qui ont aidé dans le rétablissement du royaume a été dit être un fils de Yarlha Shampo.

Il y a beaucoup de montagnes sacrées similaires au Tibet, respectées et protégées par les habitants. Les pique-niques d’été et les courses de chevaux étant les festival les plus populaires au Tibet, les cavaliers font une première visite aux  montagnes sacrées afin de leur rendre hommage et les remercier, remercier les montagnes et les lacs sacrés de permettre d’acquérir et de conserver une bonne santé, d’avoir du beau temps, de bonnes récoltes et beaucoup d’herbe pour les yaks.

Le Yarlhashampo

– Quel est le lien entre le caractère sacré des montagnes et la résistance environnementale ?
Écoutez, j’ai  récemment lu beaucoup de documents sur la recherche effectuée dans les montagnes sacrées. Le résultat des travaux effectués par différents scientifiques est unanime; ils reconnaissent qu’ils ne peuvent pas  déclarer qu’il y a vraiment quelque chose dans les montagnes sacrées, mais que la croyance en leur caractère sacré joue un rôle important dans leur conservation et leur protection.

La biodiversité est en fait plus élevée et les gens essaient de ne pas couper des arbres ou de chasser des animaux ou de nuire à l’écosystème dans le voisinage tout  autour des sites sacrés.

Remarque, toutes les montagnes ne sont pas  considérées comme étant sacrées, si nous étudions attentivement l’emplacement ou la désignation des sites sacrés,  nous serons agréablement surpris de constater que les sites sacrés sont en fait certaines des zones les plus importantes d’un écosystème local,  la montagne dite la plus glacée, le lac qui est source de nombreuses rivières, une zone humide qui soutient la végétation dans toute la région.

Je dirais donc que la croyance en montagne sacrée est en même temps très scientifique et a une approche religieuse, ce qui est très intelligent et c’est pourquoi les tibétains  ont été, durant des milliers d’années,  en mesure de préserver les écosystèmes, le tout en dépit de sa fragilité,  et des conditions climatiques rudes à une altitude extrêmement élevée.
– Maintenant Les choses changent rapidement, avez-vous dit …
Les compagnies minières chinoises pénètrent  dans ces territoires, d’où les nomades tibétains ont été enlevés par le gouvernement chinois, ils sont des acteurs très puissants.

Souvent, les investisseurs dans ces sociétés minières sont des représentants du gouvernement central et provincial. Donc, chaque fois que les communautés locales résistent, ils leur est tout d’abord demandé de, tout simplement, disparaître; si elles insistent, les entreprises essaient de les convaincre ce que cela  signifie de positif pour le développement de la communauté; si elles répondent encore par une opposition, ils essaient de diviser les membres de la communauté, et ont recours à des pots de vin; enfin, solution ultime, ils leur reste juste à déployer des forces de police pour réprimer brutalement la résistance ( par les gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc, ou en ouvrant tout simplement le feu).

Nous avons réussi à documenter au moins 20 grandes manifestations contre l’exploitation minière depuis 2009, bien qu’il  y en ait eu  beaucoup plus.

Pareilles informations  ne parviennent  jamais jusque dans les médias chinois, de sorte que les locaux tibétains n’ont d’autre choix  que d’envoyer ces informations de par le monde et en courant un  grand danger.

Il est donc très important pour nous de faire parvenir cette masse d’informations à la connaissance du monde extérieur et au gouvernement chinois, le monde ayant la responsabilité d’agir.

Il s’est trouvé des occasions où le gouvernement chinois de Pékin a pris quelques mesures positives, mais ces actions positives ne se matérialisent jamais dans les zones tibétaines où les gouvernements locaux manipulent et exploitent le Tibet et le peuple tibétain au nom de la stabilité.

Au cours des dernières années, ont été réalisé de nombreux projets miniers à grande échelle, et il n’y eu que très peu de Tibétains qui y travaillèrent, comme portiers ou conducteurs, la plupart des travailleurs sont importés des provinces chinoises.

Ce sont les gouvernements locaux qui profitent de l’exploitation minière dans les zones tibétaines, pas les communautaires. Donc il n’y a ni emploi, ni compensation. Les gouvernements locaux et les compagnies minières opèrent toujours en collaboration et sont de beaucoup trop puissants acteurs.

– L’extraction et l’exploitation minières et la construction  des infrastructures ont été la cause de beaucoup de détresse sociale dans le monde entier, mais aussi à cause de déplacements à grande échelle.  Est-ce également le cas au Tibet ?

Oui, des déplacements massifs en raison de l’exploitation et de la construction des infrastructures minières se sont déroulés au Tibet aussi, mais d’une manière très différente, ou, devrais-je dire d’une manière plus dangereuse.

Par exemple, les nomades tibétains qui se déplacent normalement vers un site de pâturage différent tous les trois mois afin de ne pas épuiser les ressources naturelles locales furent constamment en confrontation avec les entreprises minières chinoises qui envahissent leur terre de pâturage, de sorte que les affrontements virent le gouvernement se retrouver  presque toujours du coté des sociétés minières et réprimer brutalement les nomades tibétains.

Pour accélérer l’exploitation minière dans les régions tibétaines et retirer les populations nomades tibétaines de ces domaines, la Chine a introduit des politiques visant à réinstaller et concentrer complètement les nomades tibétains dans des villages aux normes  mal planifiées, de sorte que les sociétés minières puissent avoir les mains libres dans la vaste et riche prairie des ressources des nomades tibétains.

Donc, nous pouvons dire qu’il est un autre type de déplacement, pas d’un endroit précis auquel vous avez un droit officiel, mais depuis  toute une région et avec une modification du mode de vie.

Le gouvernement chinois soutient que les nomades doivent être modernisés, les enfants éduqués, ce qui est plus facile dans un village. Mais nous avons la preuve que nous pouvons fournir  que les conditions de vie dans ces villages se sont détériorées en raison d’une pauvre et irresponsable planification.

Il n’y a pas écoles, de clinique et pas d’emplois, comme cela était promis. Les gens deviennent dépendants des subventions de l’État à court terme et perdent les sources de leur indépendance économique (élevage, prairies, emploi, etc.), ce qui se traduit par une augmentation de l’alcoolisme et de la prostitution. Si le gouvernement chinois souhaite sincèrement fournir des emplois et une éducation aux nomades tibétains, ils ne doivent pas forcer les nomades à demeurer dans les villages réglementés.

Au lieu de cela, d’abord créer une bonne planification à long terme par la construction d’écoles, d’hôpitaux, de marchés, fournir des emplois et d’autres installations qui attireraient la communauté nomade et l’amènerait à volontairement adopter des règles de régler en mesure de favoriser une vie prospère.

Qu’est-ce qu’à fait le gouvernement chinois sinon que de pousser les nomades jusque dans la plus absolue pauvreté.

Qu’est-ce qui va arriver au jeune nomade déplacé vivant dans ces camps de réinstallation et qui ne reçoit ni une bonne éducation pour vivre une vie urbaine, ni ne s’est formé ou aguerri aux connaissances qui sont celles des nomades et qui ont assuré et permis à des générations de nomades de vivre et heureux et autonomes.

– Vous avez également mentionné le tourisme comme étant  un problème environnemental urgent.

Oui, le problème est que le tourisme au Tibet est concentré dans quelques zones au cours d’une très courte saison d’été, avec des chiffres de fréquentation énormes.

Récemment, la Chine a construit des routes pour inciter et conduire les touristes à visiter les lacs sacrés et des sites environnementaux  importants, un tel déroulé nuirait à la fois aux populations tibétaines et à la terre.

En outre, le lien qu’entretiennent les étrangers avec le territoire, avec la terre, est très différent. Ils font des choses que nous ne ferions jamais et cela offense les communautés locales. Comme prendre des photos de tout, criant à haute voix, escalader et jeter des ordures partout.

Ouverture de sites écosensibles, comme les lacs, les glaciers, les prairies, les zones humides, les pics augmenteraient la pression du tourisme et ne pourrait manquer d’entrainer des dommages absolument catastrophiques.

Le tourisme crée très peu de richesses et d’emplois pour les Tibétains locaux, la plupart des touristes au Tibet sont chinois. Ils réservent en majorité dans des agences de voyages chinoises des forfaits avec hôtels chinois où séjourner, pilote chinois pour voyage localement et un guide chinois, et restaurant chinois principalement.

Ainsi, la plupart de l’argent dépensé par les touristes chinois voyageant au Tibet va dans une poche chinoise ou retourne en Chine, les Tibétains ne recevant qu’une infime partie de la prestation.

– Votre Travail qui consiste à  documenter des résistances socio-environnementales  au Tibet est tout à fait unique. Pourriez-vous citer un  cas intéressant que vous auriez appris et ses conséquences ?
Le cas le plus connu est sans doute une mine de cuivre fermée à Lhassa, appelée Gyama  (en chinois, Jiama)  Copper Gold Mine Polymétallique, dans une zone riche en cuivre, zinc, plomb,  lithium. La mine a été, une fois, déclarée  « mine modèle »  par le gouvernement chinois. Quelle ironie du sort,  les communautés tibétaines ont manifesté autour pendant plus de 5 ans maintenant,  la mine amenant une  perturbation de la vie nomade sur les montagnes dans cette vallée. Elle a également causé la pollution de l’eau de la rivière. Notamment l’énorme  mine a induit et provoqué des glissements de terrain en 2013 qui ont tué plus de 80 travailleurs dans la même mine.

Glissement de terrain à la mine de Gyama 

Bien que le gouvernement chinois ait affirmé que le glissement de terrain était due à des facteurs naturels et non causée par la mine Gyama, nous, au Desk-environnement, avons une solide preuve que le glissement de terrain 2 013 a bien été causé par la mauvaise gestion de la mine.

Il y avait eu une autre manifestation en Août 2013 dans le comté de Dzatoe lorsque les sociétés minières ont défilé dans une mine sur l’une des montagnes sacrées locale, la montagne était non seulement sacrée mais  également située à la limite de la Sanjiangyuan National Nature Reserve, Réserve naturelle des Sources des trois rivières, créée en l’an 2000 par le gouvernement chinois.

Les Tibétains locaux ont vivement protesté contre la compagnie minière pour la perturbation faite à leur croyance et pour les  violations des politiques de réserve de nature culturelle. Malgré le fait que la manifestation des locaux tibétains de Dzatoe se soit déroulée de façon tout à fait paisible, la police chinoise a tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc, et également arrêté  des responsables manifestants.

Un manifestant a tenté de se suicider avec son couteau (traditionnellement, les nomades tibétains portent toujours un couteau avec eux) parce qu’il se sentait tellement impuissant quand le gouvernement local et la police qui sont censés les protéger, les réprimaient brutalement pour apaiser les sociétés minières.

Ce cas est absolument absurde; en 2000 lorsque la zone a été déclarée réserve naturelle, les nomades tibétains vivant dans la région en ont été retirés, mais, en 2013, le gouvernement chinois a réinstallé les sociétés minières dans la même zone.

Pourquoi cette double norme ?  Pourquoi les politiques de réserves naturelles ne sont-elles pas appliquées aux sociétés minières aussi ?  Cette situation crée des doutes quant à l’intention réelle et avérée de la Chine, quant aux politiques de réinstallation des nomades.

Heureusement, il y a eu même des scientifiques et des ONG environnementales pour exprimer leur préoccupation au sujet de la délivrance des permis d’exploitation minière à l’intérieur de la réserve naturelle.

Dans un autre cas, des personnes ont manifesté contre la pollution de l’eau de la rivière en raison de l’exploitation minière. Un responsable du gouvernement a soutenu que la rivière était propre et non polluée.  Un des manifestants criait « si elle est propre, prouve le nous donc et bois toi-même de l’eau de la rivière ».

Le responsable local était embarrassé et a rapidement quitté la scène en disant « vous allez tous payer pour cela ». Cela est devenu une blague dans la communauté; il montre clairement comment les autorités locales collaborent avec les sociétés minières pour dissimuler les dommages environnementaux.
– Y a-t-il un réseau de personnes qui travaillent sur les questions d’environnement et de justice environnementale au Tibet ?  Pensez-vous que les ONG environnementales en Chine et au Tibet puissent  devenir des alliés pour mettre en avant un  programme de justice  environnemental ?
Il y a de bonnes ONG environnementales au Tibet, mais la plupart d’entre elles ont été forcées à mettre un terme à leurs activités après les vagues de protestations de 2008 au Tibet. Il y a aussi quelques bonnes ONG environnementales chinoises travaillant au Tibet. Le problème du Tibet est que quand une ONG fait un excellent travail social et environnemental, le gouvernement local va essayer de les arrêter, de différentes façons, en les étiquetant séparatistes ou sous influence-séparatiste.

Toute collaboration sera donc assez problématique.

– Nous introduisons désormais en Europe et ailleurs des concepts difficiles comme la décroissance ou d’autres visions alternatives au « développement ».  Quelle est votre pensée à ce sujet ?

Ceci est quelque chose que cinq-six d’entre nous, ici, débattons beaucoup. Nous disons  « du développement au sujet de tout ? Qu’en-est-il de ne pas être heureux ? Que faire si quelqu’un n’est pas heureux avec votre façon de comprendre le développement, comme le mode de vie nomade ? »


Ainsi, la question du développement devrait être : Quel bonheur en tant que personne ?  Pour les Tibétains, les nomades sont des gens heureux parce qu’ils disposent de leurs ressources et leur liberté. Donc, nous disons que nous ne devrions pas essayer d’imposer votre définition du bonheur à tout le monde. Que chacun trouve son chemin et la vie de respect.  Bien sûr, ce n’est pas que « tout ce qui est ancien est bon en soi, mais sachons choisir la bonne partie et  la préserver.

Parfois les Tibétains estiment qu’ils ne sont pas assez chinois pour faire des choses chinoises, et pas assez tibétains pour vivre comme leurs ancêtres l’ont fait.

Entre les deux, ils sentent qu’ils ne sont personnes.