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18/04/16 | 13 h 42 min

Le Tibet apprend les ficelles de la démocratie

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Les bulletins de vote ont parlé. Lobsang Sangay, le Premier ministre du Tibet a été réélu comme « Sikyong » (Premier ministre) pour diriger les réfugiés tibétains au cours des cinq prochaines années. Dans les temps anciens, l’Oracle d’État parlait au «chef spirituel» le Dalaï Lama et lui donnait des instructions sur la façon de mener les affaires de l’Etat.

Maintenant, les temps ont changé, et bien que certains puissent regretter l’ancien temps, la démocratie, décidée par le Dalaï Lama en mars 2011, est plus appropriée pour un Etat moderne.

La démocratie

Le leader incontesté du Tibet a pensé que le temps était venu pour le Tibet de devenir une démocratie dirigée par un chef choisi par le peuple, au lieu d’une incarnation divine régnant en vertu de son droit imprescriptible. Ce fut une des grandes mesures du Dalaï Lama, et cela a fortement irrité Pékin.

La direction chinoise actuelle ne croit pas à la démocratie. Bien que le Parti communiste gouverne au nom du «Peuple», la participation des masses est absolument injustifiée.

La Commission électorale tibétaine en exil ne dévoilera les résultats officiels que le 27 avril prochain. Mais des sites web privés donnent Lobsang Sangay vainqueur avec 33 234 votes, tandis que son adversaire Penpa Tsering arriverait seulement à 24 752 votes en sa faveur, sur environ 90 000 électeurs enregistrés.

La beauté de la démocratie est souvent le facteur anti-titularisation contre les politiciens au pouvoir. Mais les choses sont différentes au Tibet, où il y a un immense respect pour la hiérarchie établie. En fait, beaucoup pensent que le Dalaï Lama a dû forcer vers la voie de la démocratie face aux réticents.

Au cours de la récente campagne, les Tibétains ont compris les aspects du processus. Ceci explique sans doute la réaction du Professeur Samdhong Rinpoche, le premier élu directement  dans cette fonction de Premier ministre élu. Il a indiqué à un journal de Delhi, qu’il avait boycotté le processus électoral parce que cette  dernière campagne s’était éloignée des idéaux.

« Le Gouvernement en exil a été fondé sur les principes de Swaraj du Mahatma Gandhi. Il ne portait pas sur la concurrence où l’opposition », a-t-il déclaré.

Eh bien, la démocratie est la démocratie, avec ses bons et mauvais côtés. Le Dalaï Lama a ri quand il a demandé aux deux candidats au cours d’une audience: « Comment se déroule le match de boxe? »

A la fin de la campagne, de façon impromptue, Dicki Chhoyang, la ministre de l’information et des relations internationales, oeriginaire du au Canada, avait démissionné et déclarait son intention de voter pour Tsering.

Dans sa déclaration, elle a énuméré « quelques traits de caractères personnels » qu’elle jugeait important pour le Sikyong. Sa liste était intéressante: la motivation et le dévouement à l’intérêt collectif, la capacité de penser de manière globale et avec une vision à long terme, être honnête, avoir l’esprit d’équipe, etc.

Qualités

Le Premier ministre en exercice manquait-il de ces qualités ? Maintenant que les gens ont parlé, on ne peut qu’espérer que toute la Communauté va s’unir autour du nouveau Sikyong.

Certes, tout n’est pas parfait dans la société tibétaine en exil, mais est-ce qu’une société parfaite existe ? Quelques jours après le vote final, le Dalaï Lama a parlé des conditions de santé déplorables dans certains établissements tibétains en Inde, et a demandé à la nouvelle administration de fournir de meilleurs soins et services.

«  Les bonnes apparences de bien-être ne vont pas aider. Ce sera la gloire vide », a-t-il ajouté.

Avenir

Un autre domaine auquel le Sikyong devra se pencher sérieusement sur les événements au Tibet.

Les dissensions sont apparues récemment dans la direction chinoise. Le South China Morning Post a rapporté que Zhu Weiqun, l’interlocuteur des Envoyés spéciaux du Dalaï Lama et un autre, intransigeant sur les affaires du Tibet, ont été accusés d’avoir pris des pots de vin énormes « pour accorder des homologations à des personnes pour devenir Bouddhas vivants.»

Le Hong Kong Daily cite quotidiennement un site chinois à l’étranger, Bowen Press, qui croit que Zhu est sous enquête pour avoir prétendument accordé le statut de « Bouddha vivant » – de « lama réincarné »- en échange d’argent.

Si cela est avéré, ce serait un énorme changement ; Zhu, après tout, avait préconisé que le Parti Communiste était le seul habilité à décider de la réincarnation du Dalaï Lama et a promis de suivre strictement les politiques.

Dans de nombreux domaines, la direction chinoise à quelques pas d’avance sur Dharamsala. Prenez l’exemple de la véritable marée de touristes continentaux, qui en envahissant le Plateau du Tibet a changé de manière irréversible le « Toit du Monde ». Plus de 50 millions de visiteurs annuels ont été le prétexte pour étendre l’infrastructure frontalière, construire à la hâte des lignes de chemins de fer, des routes et des aéroports … tous menant en Inde.

Le nouveau chef devra être en mesure de prendre en compte ces questions en relation avec New Delhi et Pékin. Le fait que le Dalaï Lama ait « imposé » un système démocratique est important pour l’Inde.  Ce système correspond au système de valeurs de l’Inde. Il devrait définitivement être encouragé par Delhi, et avec le Dalaï Lama qui vieillit, il est crucial d’avoir un interlocuteur solide, quelqu’un qui peut parler au nom de la Communauté tibétaine et avoir de l’influence au Tibet.

Est-ce que Lobsang Sangay sera à la hauteur ? Seul l’avenir nous le dira.

Traduction Laetitia Fromenteau pour France Tibet