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18/04/16 | 21 h 55 min par Sarah Margono; Razali Samsudin

Le Tibet sous le poids des barrages chinois

Tsangpo

Rien n’est trop grand pour la Chine. Et quand les provinces chinoises ne suffisent plus, Pékin poursuit ses projets pharaoniques jusqu’aux contreforts du pays. En témoignent, les projets de construction de grands barrages dans la Région autonome du Tibet. Une manière de rassasier les mégalopoles chinoises boulimiques en énergie, mais aussi de maintenir la vitalité de la croissance économique. Une « croissance verte », promet le plus grand pollueur au monde, oficiellement résolu à réduire ses émissions de CO² par unité de PIB de 60 % à 65 % par rapport à 2005, et à les plafonner d’ici 2030.
Comment la Chine compte-t-elle procéder ? En réduisant sa consommation d’énergies fossiles et en augmentant la part d’énergies renouvelables – en l’occurrence, l’énergie hydraulique. L’enjeu est de taille : Il s’agit rien de moins pour Pékin que de multiplier par plus de 2,5 ses capacités hydroélectriques d’ici à 2030, pour parvenir à 568 GW.
Sur le papier, la « croissance est verte » et les sources d’énergies sont« propres » comme les neiges éternelles des monts sacrés des plateaux tibétains. Après tout, la Chine n’est-elle pas déjà la championne des énergies renouvelables, avec plus de 80 000 barrages sur son territoire (dont 22 000 « grands » barrages) ? La multiplication des centrales hydroélectriques comme solution à la pollution qui fait tousser les grandes villes de l’Ouest chinois, l’eau pour produire de l’électricité et éliminer progressivement le charbon, est un projet séduisant.
Mais attention, disent les spécialistes : 80 % des rivières et des lacs en Chine sont en voie de tarissement ! Pékin manque d’eau pour ses barrages, et pour y remédier, les autorités communistes visent désormais les fleuves du Tibet, à l’écosystème particulièrement fragile. Question : le « toit du monde » va-t-il s’écrouler sur une Chine en perpétuelle quête d’énergies, et cela avant que le « rêve chinois » ne se réalise ?

Photo non datée du Canyon Jiacha sur le fleuve Yarlung Tsangpo au Tibet, où le projet de barrage hydroélectrique est en train d’être construit par la Chine. (Crédit : Shui xiaojie / Imaginechina / via AFP)