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21/05/18 | 14 h 58 min par Zach Dorfman, Traduction France Tibet

« Les Disparus » par Zach Dorfman…

Ti-Anna Wang BingZhang, fille du Dr Wang BingZhang

La campagne globale de kidnapping chinoise se déroule depuis des années. Elle pourrait désormais sévir sur le territoire des Etats-Unis

écrit par ZACH DORFMAN

29 Mars 2018

Avant qu’il ne disparaisse de son luxueux appartement du Four Seasons Hotel de Hong-Kong le 27 janvier 2017, Xiao Jianhua, un millionnaire sino-canadien préférait les femmes garde-du-corps. Le pourquoi n’était pas vraiment clair : peut-être préférait-il tout simplement la compagnie des femmes, peut-être leur faisait-il plus confiance qu’aux hommes.

Quelle qu’en soit la raison, ses gardes-du-corps n’ont pas été d’une grande aide quand un groupe de mystérieux hommes ont forcé la porte de son appartement ce jour de janvier et l’ont enlevé. D’après des sources anonymes ayant visionné les enregistrements vidéo de l’hôtel et ayant parlé au New York Times, Xiao, qui a été sédaté, a été poussé vers la sortie du Four Seasons Hotel avec un fauteuil roulant, un drap couvrant sa tête. Selon des témoignages, il a été ensuite embarqué sur un bateau en direction de la Chine.

Un document initial de police rempli par un membre de la famille avait rapidement disparu et Xiao, plus tard, déclara qu’il n’avait pas été enlevé : scénario devenu familier lors de telles disparitions. Plus d’un an après, il est toujours en Chine et, bien qu’aucune charge ne soit retenue contre lui, son entreprise, sous direction de l’État, devrait vendre pour 24 milliards de dollars d’anciens investissements ce qui remboursera, de sources officielles, les banques publiques.

De tels évènements ne sont pas rares. En octobre 2015, des agents du gouvernement chinois ont kidnappé Gui Minhai, éditeur et libraire basé à Hong-Kong, dans son appartement thaïlandais. Des mois plus tard, M. Gui, citoyen suédois, est réapparu en Chine, déclarant sur la télévision d’État qu’il s’était lui-même rendu pour répondre de sa conduite en état d’ivresse, une faute qu’il avait commise dix ans plus tôt. Son collègue, Lee Bo, à la double nationalité sino-britannique, a aussi été kidnappé à Honk-Kong en décembre 2015 et a été ramené sur le continent.

Au cours des années, les cas ont commencé à s’accumuler. En 2002, Wang Bingzhang, un activiste pro-démocratique de première ligne, s’est fait arrêter au Vietnam et jeter dans une prison en Chine où, à ce jour, il se trouve toujours. Deux ans plus tard, un autre fameux dissident, Peng Ming, a été kidnappé en Birmanie et emprisonné en Chine. Fin 2016, il est mort en prison dans des circonstances suspectes ( https://www.ldh-france.org/wp-content/uploads/2017/01/Lettre-Chine-DECEMBRE-2016.pdf – page 6, NdT ).

A ce jour, Pékin semble accélérer sa politique de rapatriement forcé des personnes qu’il considère de nationalité chinoise – certaines étant en fait de nationalité étrangère. De puissants hommes d’affaires, d’anciens membres officiels du Parti Communiste Chinois, des dissidents et des activistes ont été la cible de ce qui apparaît être, selon les services de renseignements occidentaux, une campagne à grande échelle.

Ces enlèvements sont devenus suffisamment courants pour qu’ils inquiètent le Département d’État des Etats-Unis – pour autant, le sujet n’a pas encore été officiellement soulevé avec Pékin. Ce problème « est constamment au centre des discussions au plus haut niveau », déclare un fonctionnaire, ayant gardé l’anonymat car non autorisé à parler en public sur ce sujet. Il mentionne un récent message interne se centrant exclusivement sur les rapatriements de chinois en Asie du Sud-Est.

La Chine n’est pas la seule à appliquer cette politique. Après le 11 septembre, dans ce qui sera connu comme « le rapatriement extraordinaire », les Etats-Unis ont appréhendé nombre de ressortissants étrangers, dont beaucoup ont été envoyés dans un pays tiers vers de rudes traitements, voire la torture – une politique qui allait vite déclencher une vive critique intérieure et internationale. Mais les kidnappings de la Chine apparaissent ne toucher presque exclusivement que d’actuels ou d’anciens citoyens chinois vivant à l’étranger, suspectés de corruption ou de délits politiques fort flous.

Pour autant, ces cas de rapatriements forcés montrent avec quel sérieux le Parti Communiste prend sa déclaration tel que toute personne perçue comme citoyen – qu’importe où elle vit, travaille ou étudie – est sous son autorité.

En parallèle, les services de renseignements occidentaux s’inquiètent que les kidnappings commencent à avoir lieu sur le territoire des alliés des Etats-Unis, y compris parmi l’alliance des Cinq Yeux, partenaires internationaux du renseignement ( Etats-Unis, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande et Royaume-Uni ). De hauts-fonctionnaires états-uniens craignent que la Chine tentera bientôt un kidnapping sur son sol américain. En fait, il a peut-être déjà eu lieu.

Il est difficile de dire avec précision à quel moment la Chine a commencé son programme de rapatriement, principalement parce que les victimes et leur famille ont gardé profil bas. L’un des premiers cas à faire débat date de 2005 quand Chen Yonglin, un diplomate chinois qui avait fuit en Australie accusa les forces de sécurité d’avoir drogué et kidnappé Lang Meng, le fils de l’ancien maire de Xiamen, cinq ans plus tôt. Lan aurait été drogué et embarqué sur un bateau appartenant à l’état chinois pour être emmené en Chine.

M. Chen, qui était assigné au consulat chinois de Sydney au temps de sa défection, affirme que des officiels chinois ont enlevé M. Lan dans le but de forcer son père, Lan Fu, à revenir en Chine pour faire face à une accusation de corruption. (Lan Fu est retourné en Chine en 2 000 et sert une peine de prison à vie.) Les officiels australiens ont nié la déclaration de M. Chen et la victime supposée, comme de nombreuses autres, a apparemment réfutée la version de l’ex-diplomate devant la police fédérale d’Australie.

Mais M. Chen maintient sa position. Joint par téléphone, il confirme sa version du rapatriement de Lan Meng, citant de nombreuses conversations sur de tels enlèvements avec les militaires, les espions et les diplomates chinois lors de son mandat au Ministère des Affaires Etrangères. Il dit qu’alors qu’il était en fonction, il a entendu parler d’au moins un autre enlèvement en Australie, ainsi qu’un autre en Nouvelle-Zélande. Il rapporte que des agents chinois ont également procédé, dans la même période, à de semblables kidnappings au Vanuatu et aux Fidji -M. Chen affirme que le cas néo-zélandais implique une femme nommée Xie Li, kidnappée à Auckland en 2004 et retournée en Chine via un bateau appartenant à l’état chinois.

Bien que les officiels australiens mettent en doute les paroles de M. Chen proférées il y a une dizaine d’années, les rapatriements chinois de plus en plus agressifs et parfois publiques les rendent de plus en plus crédibles. En 2014, Pékin annonçait officiellement qu’elle étendait sa campagne anti-corruption, connue sous le nom Skynet ou Fox Hunt (la chasse au renard, Skynet n’étant pas un substantif, voyez la page wikipedia à ce sujet, NdT ), pour cibler des officiels vivant à l’étranger. Dans le cadre de ses efforts, la Chine déclare avoir rapatrier plus de 3 000 personnes depuis la fin des années 2012.

 

Des critiques contestent le gouvernement chinois déclarant que certaines de ces personnes sont revenues de leur plein gré. « Aucun fugitif ne s’est porté volontaire pour revenir, » a déclaré Huang Ciping, un dissident de premier ordre et directeur de la fondation Wei Jingshen basée aux Etats-Unis, association à but non lucratif pour une Chine démocratique respectant les droits de l’Homme.

Sur le sol chinois, l’utilisation du kidnapping et de la détention illégale est à ce point devenu partie prenante des procédures disciplinaires du Parti Communiste qu’elle porte un nom : shaunggui. Pour isoler les suspects dans une affaire de corruption – qui est souvent intimement mêlée avec les luttes de factions au sein du parti – les agents de sécurité les appréhendent, les détiennent en un lieu non divulgué et les torturent pour obtenir rapidement une confession. L’usage du shuanggui a drastiquement augmenté depuis le lancement de la campagne anti-corruption par le Président chinois Xi Jinping.

Ces techniques sont désormais appliquées à l’étranger et chez les alliés des Etats-Unis. Parmi ceux-ci l’Australie semble prendre de plein fouet les efforts actifs de la Chine. D’après un ancien membre des renseignements états-uniens, les kidnappings suspects dans ce pays approchent le nombre à deux chiffres et inclus de multiples affaires où les personnes ont été battues ou droguées puis emmenées sur un bateau en partance pour la Chine.

Dans d’autres cas, selon un ancien membre du renseignement australien, les agents chinois détiennent des personnes sur le sol australien et utilisent la menace pour les forcer à quitter volontairement le pays. Il précise que le nombre de personnes forcées à retourner en Chine est largement supérieur à la dizaine.

Le programme de rapatriement chinois s’est également étendu aux pays occidentaux. D’après un ancien agent du renseignement canadien, deux cas d’ « extrême coercition » ont été repérés dans la région de Vancouver. « S’il ne s’agissait pas de kidnappings, ils ont été très, très proches de l’être, » affirme le fonctionnaire canadien. Les agents de la sécurité ou du renseignement chinois sont apparus en personne et ont menacé d’user de violence contre la famille et les amis de la victime si il ou elle ne coopérait pas. « Ils ont empoigné quelqu’un et l’ont fait monté dans un avion, » ajoute l’ancien agent du renseignement.

Il décrit les agents chinois comme utilisant l’approche du « bâton ou de la carotte » : les personnes se voient promettre la clémence si elles acceptent de coopérer et de revenir en Chine, tandis que ceux qui résistent sont sujets à des menaces croissantes. L’officiel canadien estime que le Canada compte moins de deux douzaines d’affaires de la sorte, notamment sur la région de Vancouver.

Les supposées offenses commises sur les victimes et leur identité restent quelque peu opaques. Selon un ancien membre du renseignement des Etats-Unis, les personnés kidnappées en Australie ont été accusées de corruption. Mais un autre de ses collègues souligne que la Chine emploie souvent une telle accusation comme moyen pour cibler un dissident ou tout autre ennemi de l’État. Ajoutons que la motivation politique est claire dans au moins certaines affaires. Début 2016, par exemple, Li Xin, une journaliste pro-démocratie, a été kidnappée en Thaïlande et ramenée en Chine pour une enquête au motif non spécifié.

M. Chen, l’ancien diplomate chinois dit que le gouvernement chinois usera de « tous les moyens » afin de ramener les personnes recherchées pour corruption. « Ils menaceront et terroriseront des personnes pour y parvenir. Ils pourraient tenter le kidnapping. »

Toutefois, la question qui attire le plus les renseignements états-uniens est à quelles extrémités le gouvernement chinois est prêt à aller pour rapatrier des personnes hors des Etats-Unis où un kidnapping pourrait provoquer un sérieux incident international. D’après quelques anciens fonctionnaires, cela est déjà arrivé.


Il y a environ cinq ans, les agents du renseignement états-unien ont commencé à remarquer un schéma : des ressortissants chinois vivant aux Etats-Unis disparaissaient aussi. A l’époque, le nombre de disparitions suspectes était faible, moins de six selon un ancien agent.

La Chine possède des canaux légaux pour extrader les « fugitifs économiques. » D’après un ancien haut fonctionnaire des forces de l’ordre états-uniennes, des fonctionnaires chinois ont approché, il y a environ trois ans, leurs homologues américains pour leur donner une liste d’invidus vivant aux Etats-Unis qu’ils voulaient voir extrader vers la Chine. Le fonctionnaire rapporte que la liste, qui comportait non moins de 200 noms et incluait 15 à 20 personnes sur la seule région de Los Angeles, avait tendance, dans la plupart des cas, à « fabriquer » les accusations. Il n’y a pas de traité d’extradition entre la Chine et les Etats-Unis mais, en 2015, le Département de sécurité intérieure a accepté de renforcer une coopération pour le rapatriement vers la Chine de fugitifs installés au Etats-Unis.

Pourtant, certaines victimes possibles aux Etats-Unis ne correspondaient pas aux cibles fixées par Skynet ou Fox Hunt : ils sont des fugitifs économiques aisés et plein d’entregent. « Ils n’étaient pas des gens de haute importance, » précise un ancien agent du renseignement.

Des preuves ont émergé de la rudesse subie par les disparus forcés de quitter le territoire des Etats-Unis. « Il y a eu de multiples témoignages de personnes ayant observé des agents du renseignement chinois en activité autour d’écoles, de domicile des personnes disparues, » informe l’un des anciens membres du renseignement américain. «Une théorie était qu’ils les brutalisaient en personne, leur disant qu’ils étaient là, que leur avion à destination de la Chine partait le lendemain. »

Les affaires de supposés kidnappings aux Etats-Unis n’ont jamais été aussi claires que celles qui se seraient passées en Australie. Au sein du gouvernement des Etats-Unis, les hauts-fonctionnaires argumentent sur l’étendue des activités de la Chine, au point de se demander si elles devraient être définies comme des « rapatriements extraordinaires ». Des affaires qui ont alimenté, cinq ans auparavant, des débats houleux parmi les hauts-fonctionnaires du contre-renseignement jusqu’au directeur du F.B.I. de l’époque, Robert Mueller.

 

Interrogée, l’ambassade de Chine à Washington a émis une fin de non recevoir, tout comme les gouvernements des pays qui auraient été le théâtre de rapatriements opérés par la Chine. Un porte-parole de la Police fédérale australienne n’a pas répondu au sujet des rapatriements mais souligna une enquête antérieure sur l’affaire des années 2 000 qui concluaient sur la non possiblité de prouver les accusations.

La C.I.A. et le Département d’Etat ont soumis des questions au Département de Justice sur les supposés cas de rapatriements forcés. Un porte-parole de ce dernier déclina de répondre de manière spécifique mais produit une déclaration généraliste qui apparaît reconnaître le problème.

THE DEPARTMENT WILL ASSIST OTHER COUNTRIES IF EVIDENCE OF CRIMINALITY IS PRESENTED, BUT WILL NOT ACCEPT UNILATERAL LAW ENFORCEMENT ACTIVITY BY ANOTHER COUNTRY ON OUR TERRITORY.”

«  Le Département de Justice américain ne permettra pas que les Etats-Unis deviennent le toit de criminels, » a écrit le porte-parole dans un courriel à destination du Ministère des Affaires Etrangères. « Le Département assistera les pays si la preuve du crime est présentée mais n’acceptera pas une loi unilatérale soutenant les activités d’un autre pays sur notre territoire. »

Un ancien haut-fonctionnaire du renseignement américain pense que la preuve de pressions importantes sur des personnes vivant aux Etats-Unis est « nette et convainquante ». Les pressions incluaient des menaces de violence envers les familles vivant en Chine afin que la victime cède au rapatriement. . « Des cas étaient en partie volontaires, d’autres étaient non voulus, » dit un fonctionnaire.

Le débat se frotte à l’épineuse question de la définition du kidnapping. Est-ce droguer et s’emparer de quelqu’un ou est-ce que cela pourrait inclure la simple menace de violences physiques envers la famille ? « Il y a des situations où vous en avez des exemples clairs aux Etats-Unis, où il s’agit d’un comportement qui sent la capitulation, » déclare un autre fonctionnaire.

 

Mais l’un des hauts-fonctionnaires du renseignement argumente qu’il ne s’agit pas de vraie capitulation – comme les kidnappings avérés, par exemple en Australie. « Il y a une grosse différence entre un kidnapping et faire pression, » dit l’ancien fonctionnaire, entre « donner un coup de pied dans une porte et emmené par la force un mec ou dire : « Viens avec nous ou nous tuerons ta famille résidant en Mongolie Intérieure. » ».

Ce même homme ayant travaillé pour le renseignement est catégorique sur l’inexistence de preuves aux Etats-Unis de tels rapatriements hors du commun. Ce serait un « énorme bond » pour les renseignements chinois de passer de tactiques employant des pressions extrêmes à opérer des kidnappings aux Etats-Unis. « Vous voulez entrer dans ce pays et commencez à kidnapper et tuer des gens ? Faîtes vos jeux. »

 

Il y a toutefois un plus grand consensus au sein du renseignement américain sur les campagnes d’extrême mise sous pression. Ceci inclut des menaces directes à l’encontre des personnes ou de leur famille, dans le but de forcer ces citoyens chinois vivant aux Etats-Unis à retourner en Chine. L’une de ces affaires, selon un ancien membre du renseignement, impliquait un étudiant chinois de l’Université de Californie, Berkeley, du temps de sa disparition cinq ans en arrière. Il y avait « preuve d’une personne emmenée contre son gré », intervient l’un des anciens fonctionnaires (une autre victime vivait dans le Pacific Northwest et une troisième dans la région de Boston, d’après des sources).

« Nous pensions qu’il se pouvait que des membres de leur famille étaient pris en otage… c’était notre théorie, » relate un autre fonctionnaire du renseignement au sujet de l’étudiant de Berkeley. « Nous n’avons pas même confirmé cela. Il y avait une omerta autour de cette question au sein de la communauté chinoise. »

Un autre chinois, parlant de son expérience et de celles d’autres à FP, a été forcé de retourner en Chine en 2013. Il résidait alors dans la région de la baie de San Francisco et a accepté de revenir en partie à cause de menaces faites à l’encontre de sa famille, dont un parent qui a été torturé en Chine. Après son retour, le parent en question est encore resté deux ans en résidence surveillée.

 

Leur histoire n’est pas unique, affirme cet homme. Depuis le début des purges anti-corruptions en Chine, les autorités s’en sont prises aux épouses et aux enfants des cibles vivant à l’étranger. « Ils opéraient une triangulation entre la mère, le père et l’enfant, » continue-t-il, lui qui a obtenu une nationalisation dans un pays occidental. « La plupart du temps, vous ne pouvez pas joindre vos parents, vous êtes donc seul, complètement isolé. »

 

Le gouvernement chinois alterne entre de vagues menaces et des références à la famille. « Le langage qu’ils utilisent – aussi bien pour revenir ou pour obtenir des informations lors de votre retour – est : « ce serait mieux pour ton père si tu faisais cela » ou « Ne désires-tu pas le meilleur pour ton père ? » », précise la personne. Souvent, les agents du gouvernement chinois essaieront également de toucher la fibre patriotique. « Ils diront : « Tu es Chinois, ne veux-tu pas aider ta mère patrie ? » et quand ils veulent t’intimider ou te malmener, ils disent : « Tu es trop américain, tu ne comprends pas comment marchent les choses en Chine. » ».

 

Si cela ne fonctionne pas, qu’à cela ne tienne, le gouvernement passera à des tactiques plus rudes. « Avec la plupart des gens, menaces et incarcération étaient suffisantes, » dit la source, « mais avec des hommes vraiment forts, ils torturent ou menacent de torturer femmes et parents. »

 

Selon Mme. Huang, une dissidente chinoise basée aux Etats-Unis, sur la dernière décennie, la Chine a augmenté son utilisation des kidnappings. « Ils ont été très agressifs, » dit-elle. La peur s’est répandue dans le cercle de la dissidence, ainsi Mme Huang décrit l’un de ses contacts, dissident émigré aux Etats-Unis, qui a été victime d’une campagne de coercition. Cette personne, dont le mari a déjà été incarcéré en Chine, refuse de parler avec FP, même sous le couvert de l’anonymat.

Les minorités religieuses et ethniques sont aussi des cibles. D’après Ilshat Hassan, un activiste Ouïghour ayant fuit la Chine en 2003 pour s’installer dans l’état de Virginie, un officier de police l’a appellé à de mutiples reprises depuis la Chine entre 2009 et 2010, offrant des flatteries – et des menaces à peine voilées – en échange du retour en Chine de M. Hassan. Il refusa, menaçant d’appeler le F.BI. (D’après un parent de M. Hassan, dans une autre affaire, un ouïghour étudiant la théologie islamique en Egypte s’est vu forcé par les fonctionnaires, en 2016, à revenir en Chine avec sa femme. Une fois revenus en Chine, ils ont tous deux été arrêtés et mis sous détention.)

Comment définir ces affaires – comme des cas de rapatriement extra-judiciaire, de coercition extrême ou, parfois, comme une capitulation extraordinaire – est débattu ouvertement mais les fonctionnaires du renseignement observant le problème disent que ces actions laissent supposer un futur où la Chine est ragaillardie à relâcher son appareil sécuritaire à l’étranger, même sur le sol des Etats-Unis.

En janvier, Jerry Chun Shing Lee, un ancien agent de la C.I.A. avec une profonde expérience à Pékin, a été arrêté à son atterrissage sur New York. M. Lee, qui a quitté l’agence en 2007, a été accusé de divulgation de documents classifiés. Bien qu’il n’ait été accusé d’espionnage, M. Lee est suspecté d’avoir fourni au gouvernement de Pékin des informations sur le réseau de la C.I.A. en Chine, l’une des pires fuite du renseignement américain depuis des décennies.

Mais le supposé recrutement de M. Lee pourrait aussi avoir mené les agents de Pékin vers les chinois vivant aux Etats-Unis. D’après trois anciens agents, la communauté du renseignement cherche à savoir si les indiscrétions de M. Lee ont conduit à l’arrestion et la possible exécution d’un collaborateur d’une agence de renseignement états-unienne qui a quité la baie de San Francisco pour retourner volontairement en Chine. Et, dans une autre affaire,selon un ancien haut-fonctionnaire, un individu ,vivant aux Etats-Unis qui avait été contacté par la C.I.A. lorsqu’il vivait en Chine, a été forcé de retourner dans son pays.

Les citoyens poursuivis par la Chine en Occident montrent une politique plus vaste qui ne semble pas s’arrêter aux frontières des Etats-Unis. Lors d’une déclaration au Congrès National du Parti, le président Xi mit en avant le contrôle par le gouvernement de la diaspora chinoise. « Nous maintiendrons une fréquence de contacts soutenue avec les citoyens chinois d’outre-mer, les Chinois de retour et leur famille, et les réunirons afin qu’ils puissent rejoindre notre élan de revitalisation de la nation chinoise. »

Si prouvés, ces capitulations ou ces rapatriements forcés sont « exactement le genre de comportements que les observateurs considèrent comme pouvant générer une réaction contre les activités de la Chine, » explique Peter Mattis, un membre du programme Chine de la fondation Jamestown. « Cela n’a pas été le cas. Et les gouvernements occidentaux détournent le regard. »

La véritable question pourrait être de se demander ce qu’il arrivera quand les assertions de la juridiction extra-territoriale de la Chine se confronteront avec les notions américaines de souveraineté territoriale. Un ancien haut-fonctionnaire du renseignement, sceptique que les affaires aux Etats-Unis s’élèvent au niveau des reditions extraordinaires, est néanmoins méfiant. Que les agents opérationnels chinois n’aient pas tenté des kidnappings aux Etats-Unis « ne signifie pas que cela ne pourrait pas se produire, » dit-il.

Pour M. Chen, l’ancien diplomate chinois en Australie, le sujet se résume à Pékin voulant nier les conventions internationales quand cela l’arrange.

« Tel est le régime, » dit-il. « Vous ne savez pas ce qu’il pourrait arriver d’autre. »

 

L’équipe du FP, dont Martin de Bourmont, a contribué à cette article. Illustrations include images via Getty Images and AP.

Zach Dorfman est un reporter, membre spécial du Carnegie Council for Ethics in International Affairs . Il est sur Twitter: @zachsdorfman.

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Traduction France Tibet