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11/10/15 | 19 h 17 min par Gray Tuttle

Les Hans et Les autres

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Yushu, dans la zone tibétaine de la province du Qinghai. Ce jeune nomade tibétain porte sur le visage des mantras bouddhistes apposés par un médecin traditionnel. Photo Kevin Frayer/ Getty Images/AFP

Article publié dans le Courrier international n° 1300 du 1er au 7 octobre 2015

C’est un aspect peu étudié de la politique menée par Pékin à l’encontre des minorités ethniques chinoises. Derrière la répression, derrière les programmes de “développement” économique, se cache une idée enracinée de longue date dans la société : celle que, dans le pays, tous ne sont pas égaux. L’analyse du tibétologue américain Gray Tuttle*. – Foreign Affairs (extraits) New York

*Gray Tuttle est Professeur associé d’études tibétaines modernes au département de langues et civilisations d’Asie de l’Est, université Columbia, New York.

DÉCOUPAGES ETHNIQUES

Les Hans peuvent être définis comme les membres de l’ethnie majoritaire en Chine. Leur carte d’identité porte la mention “Han”, tandis que les membres des minorités sont définis comme Tibétains, Mongols… autant de catégories censées être ethniques. Beaucoup de Hans se prévalent d’origines familiales anciennes dans le bassin du fleuve Jaune, considéré comme le berceau de la civilisation chinoise. Mais les populations hans sont très diverses, ne serait-ce que linguistiquement. En 2009, un chercheur en biologie de l’université de Lanzhou a étudié la population du nordouest de la Chine, interrogeant l’existence d’une ethnie han. Selon l’agence officielle Xinhua, il n’en a pas trouvé la preuve par l’ADN.

Les hans et Les autres

Malgré les énormes changements survenus ces dernières décennies, la Chine a peu progressé dans sa manière de traiter ses minorités ethniques. Or les analyses menées sur les troubles au Tibet et dans d’autres régions [comme le Xinjiang] omettent souvent un facteur crucial : la ligne dure adoptée par Pékin ne reflète pas seulement le désir du gouvernement central de cimenter son autorité sur des territoires éloignés, mais est également l’expression de préjugés ethniques et d’un racisme profondément enracinés dans la société chinoise.

L’incapacité (ou la réticence) de Pékin à s’attaquer à ce problème constitue une menace à long terme pour le gouvernement central. La profonde hostilité et les fortes discriminations qui existent envers les Tibétains et les citoyens non hans vont empêcher la Chine de calmer les fortes vagues d’agitation secouant de nombreuses parties de son territoire. Alors que le pays devient plus prospère et plus puissant de jour en jour, l’exclusion forcée de ses minorités ethniques sape ses efforts pour forger une “société harmonieuse” et se présenter comme un modèle au reste du monde.

Les estimations varient, mais on évalue à près de 120 millions le nombre de citoyens n’appartenant pas au groupe ethnique majoritaire han [sur un total de plus de 1,3 milliard de Chinois]. Des minorités telles que les Kazakhs, les Coréens, les Mongols, les Tibétains ou encore les Ouïgours ne représentent que 8 % de la population, mais leur existence même va à l’encontre de l’image très répandue d’une société homogène. Il faut également noter que les régions où les populations non hans sont majoritaires recouvrent, prises comme un tout, près de la moitié de la surface du territoire chinois.

Bien que les Tibétains ne constituent qu’environ 5 % des citoyens non hans, leur lutte, qui suscite une attention considérable au niveau mondial, révèle bien souvent l’expérience des autres groupes minoritaires. Les Tibétains sont depuis longtemps traités comme des citoyens de seconde classe, privés des perspectives d’avenir, droits de base et protections prévus par la loi et dont bénéficient les Hans (certes dans un pays où la notion d’Etat de droit présente au mieux des contr dictions). Le gouvernement central persiste en outre à dénier aux Tibétains le haut degré d’autonomie promis par la Constitution et par la loi [le Tibet ayant depuis 1965 le statut officiel de région autonome]. L’Etat est censé protéger les traditions culturelles des groupes ethniques minoritaires et encourager toute forme de discrimination positive lors des examens d’admission à l’université et sur le marché du travail. Cependant, ces mesures de protection et ces avantages se concrétisent rarement dans les faits, comme l’illustre la démarche adoptée par l’Etat à propos de la langue tibétaine : bien que Pékin prétende vouloir préserver et respecter le tibétain, en pratique il a cherché à marginaliser son usage en exigeant que tout l’enseignement se fasse en chinois à partir du secondaire et en déconseillant l’emploi du tibétain dans les milieux d’affaires et les sphères gouvernementales.

Il existe également d’autres formes de discrimination plus flagrantes, comme le profilage ethnique. Les forces politiques et de sécurité ciblent souvent les Tibétains en voyage, qui font l’objet d’une attention particulière, voire d’interrogatoires, surtout depuis la vague de manifestations qui a parcouru le Tibet en 2008 [une série d’émeutes à Lhassa et dans tout le Tibet a fait 19 morts selon Pékin, 209 selon le gouvernement tibétain en exil]. Les hôtels des villes chinoises refusent régulièrement d’héberger des Tibétains dès lors que leur carte d’identité les désigne comme tels.

Andrew Fischer, spécialiste de  l’économie tibétaine, a montré, statistiques gouvernementales à l’appui, que les Tibétains avaient beaucoup moins de chances d’obtenir un bon emploi que leurs homologues hans, à cause d’une offre éducative limitée pour eux. Et même dans les régions à majorité tibétaine, où les Tibétains devraient être avantagés, ils gagnent moins que les Hans.

Il est difficile de savoir dans quelle mesure le racisme et les préjugés ethniques alimentent ces inégalités. Notamment parce qu’il est difficile de généraliser les jugements des Hans à propos des Tibétains et des autres minorités. Comme en Occident, l’avis du public sur les questions identitaires en Chine est déformé du fait de l’ambiguïté et de l’imprécision de concepts tels que l’appartenance ethnique et la race. Disons tout de même que la plupart des Chinois hans considèrent les Tibétains et les autres minorités comme étant ethniquement et même peut-être racialement différents.

Cela n’a pas toujours été le cas : au début du XXème siècle, les intellectuels et responsables gouvernementaux affirmaient que Tibétains comme Chinois appartenaient à la “race jaune”. Dans les années 1950, cependant, le gouvernement de Mao Tsé-toung a procédé à une catégorisation de la myriade de groupes ethniques, dans le but de réduire le nombre de minorités officiellement reconnues – moins elles seraient nombreuses, plus elles seraient faciles à administrer, espérait le gouvernement. Cela a eu pour effet de tracer des lignes plus claires entre les divers groupes, mais aussi d’encourager une attitude paternaliste vis-à-vis des minorités. Les élites hans en sont venues à considérer celles-ci au mieux comme des partenaires mineurs dans la construction de la nation chinoise.

Mais ce qui frappe le plus dans ce racisme et ces préjugés ethniques, c’est leur continuité avec le passé. Au fil des nombreuses convulsions que la Chine a connues au cours du siècle dernier, il n’y a jamais eu de véritable rupture ou tournant dans la pensée chinoise au sujet de la race et de l’appartenance ethnique. Car, indépendamment de la soi-disant insensibilité du communisme à la couleur de peau, l’identité raciale et ethnique était déjà, avant l’ère maoïste, au cœur des premières versions du nationalisme chinois, qui influencent encore aujourd’hui la culture politique du pays.

« les Tibétains ont beaucoup moins de chances d’obtenir un bon emploi que leurs homologues hans »

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Certes, même si la pensée chinoise traditionnelle partait du postulat de la supériorité de la culture chinoise, elle n’était pas explicitement raciste. Mais, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les intellectuels chinois partis étudier au Japon – lequel, à l’époque, s’était mis à embrasser de nombreuses idées occidentales, dont celles relatives à la race – ont commencé à rapporter chez eux de nouvelles notions, plus essentialistes, sur la race et l’ethnicité. Les intellectuels chinois ont alors adopté l’expression japonaise minzoku-shugi, mi zu zhuyi en chinois, utilisée aujourd’hui comme un équivalent de “nationalisme”. Toutefois, comme le souligne l’historien Frank Dikötter, minzu zhuyi “signifiait littéralement ‘racisme’ et traduisait une vision nationaliste de la race” [le mot minzu (de min : “peuple” et zu : “clan, lignage”), ici traduit par “nation”, renvoie précisément à une appartenance généalogique à la nation ; un autre mot, zhongzu, rend plus directement l’idée de race, on le retrouve dans l’expression zhongzu qishi : “discrimination raciale”].

Dans les années 1920, la question de l’identité raciale et ethnique a commencé à prendre une plus grande importance, tandis que le dirigeant révolutionnaire Sun Yat-sen [premier président de la république de Chine, en 1912] cherchait à transformer l’empire chinois chancelant en un Etat moderne. En 1921, il a déclaré que la Chine devait se débarrasser complètement de l’idée de races distinctes. “Nous devons faciliter la disparition progressive des noms de tous les peuples habitant la Chine, comme les Mandchous ou les Tibétains”, afin de “satisfaire les demandes et revendications de toutes les races [minzu] et les unir en un seul ensemble culturel et politique pour former une seule nation [chinoise, zhonghua minzu].”

Il n’est guère surprenant que les jugements des Hans sur les Tibétains soient empreints de préjugés et d’un paternalisme sous-jacent, car c’est par la conquête que le Tibet est tombé sous la domination de Pékin. Un des principaux défis que les forces communistes de Mao ont eu à affronter après leur triomphe dans la guerre civile a en effet été de consolider le contrôle du gouvernement central sur les provincesfrontières. De 1949 à 1951, les communistes chinois se sont servis de la menace de leur écrasante force militaire pour incorporer le Tibet à la Chine. Jusque-là, et depuis trois décennies, le Tibet jouissait d’une indépendance totale – à défaut d’avoir un statut international d’Etat.

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Eté 2015. A Matö, village de sédentarisation de nomades tibétains dans la province du Qinghai. Une femme montre sa machine à laver devant sa maison. Des drapeaux de prière sont accrochés à l’entrée du village. Photos Kevin Frayer/Getty Images/AFP

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« Les HaNs trouveNt Les tibétaiNs peu recoNNaissaNts Des Largesses De L’état ceNtraL »

En 1954, l’Etat chinois a officiellement reconnu l’existence de 38 groupes ethniques [sur 400 étudiés], dont les Tibétains. Durant les trente ans qui ont suivi, Pékin a ajouté 18 autres ethnies à cette liste [sur 183 étudiés]. Beaucoup de ces 56 groupes étaient bien sûr majoritaires à l’intérieur de leur propre territoire. Pékin aime à présenter cette reconnaissance comme un signe de respect de la Chine envers ses minorités. En réalité, cela a juste été une étape vers une inégalité codifiée. Le Parti communiste chinois (PCC) considérait les Tibétains et la plupart des autres minorités ethniques comme incapables d’assumer des rôles dirigeants. De fait, en 1958, les autorités ont assigné à résidence Phuntsok Wangyal, une figure majeure du communisme tibétain, l’accusant du crime de “nationalisme local” ; celui-ci allait passer les vingt années suivantes derrière les barreaux. Et, même si les Tibétains et les autres groupes minoritaires ont eux aussi été concernés par les réformes radicales et la violence révolutionnaire du Grand Bond en avant [1958] et de la Révolution culturelle [1966-1976] (voire y ont parfois volontairement pris part), ils ne se sont jamais vu proposer de postes au sein de la direction du Parti.

 

Dans le même temps, le PCC a commencé à éduquer la majorité han à une nouvelle forme de racisme officiel. Dix “films de minorités”, produits par le gouvernement entre 1953 et 1966 et diffusés largement dans tout le pays, ont montré comment les minorités ethniques vivaient supposément dans des conditions très difficiles et primitives avant leur “libération” par les communistes chinois. L’un de ces films, Les Serfs (1963), est encore diffusé aujourd’hui. Parmi les autres efforts des autorités pour inculquer une vision raciste, on trouvait des musées qui déformaient l’histoire du Tibet, le dépeignant comme un “enfer sur terre” et ses habitants comme un peuple sauvage et arriéré, ayant grand besoin d’être civilisé.

Pour Mao, instituer une forme officielle de racisme n’était pas seulement une façon de justifier une domination quasi coloniale sur le Tibet et ailleurs, mais aussi un moyen de consolider l’identité nationale chinoise, qui aurait pu sans cela se fissurer le long d’un certain nombre de lignes de fracture potentielles : entre riches et pauvres, entre citadins et ruraux, entre les zones côtières et de l’intérieur du pays. De même que la Chine avait besoin de se liguer contre d’“autres” de l’extérieur – les Britanniques, les Japonais, les Coréens –, de même elle avait besoin d’“autres” de l’intérieurpour détourner sur eux l’attention qui aurait pu être portée sur la domination et l’exploitation de la population chinoise par le Parti.

Les tensions au Tibet sont aujourd’hui aussi vives qu’à la fin des années 1950, quand les communistes chinois ont imposé à la région des changements économiques, religieux et sociaux qu’elle ne souhaitait pas. Les tentatives d’alors de repousser les Chinois ont été écrasées par la force, mais Pékin n’a jamais pu éradiquer la résistance à son contrôle. Cependant, les troubles de 2008 apparaissent comme un instant d’égarement par rapport à ce qui constitue la norme de nos jours, à savoir un ferme contrôle du plateau tibétain par le gouvernement central, qui y fait régner sa loi par une forte présence militaire, policière et bureaucratique. Et, au lieu d’instiller des doutes sur le bien-fondé de la politique de Pékin au Tibet, l’agitation a au contraire poussé certains Chinois hans, y compris au sein des élites instruites, à adhérer à l’idée d’une différence raciale fondamentale entre eux et les Tibétains, que de nombreux Hans ont fini par considérer comme intrinsèquement dangereux.

Si les attitudes à propos de la race et de l’appartenance ethnique ont si peu évolué en Chine, c’est en grande partie parce que l’Etat bloque toute discussion à ce sujet en contrôlant les universités et les instituts de recherche, et en surveillant et censurant de manière obsessionnelle la presse et les communications électroniques. Il arrive certes que les idéologues du Parti et les organes de presse officiels reconnaissent l’existence de racisme en le désignant sous l’euphémisme de “chauvinisme han”. Mais de tels aveux ne sont en général lâchés que lors de mouvements de répression de dissidents dans les régions peuplées majoritairement de minorités.

Les critiques qui ont percé de temps en temps à l’intérieur du PCC ont eu peu d’effets. Ainsi, dans un discours prononcé à Lhassa en 1980, le secrétaire du Parti d’alors, Hu Yaobang [figure du réformisme destitué en 1987 et décédé en 1989], a comparé explicitement la politique tibétaine de Pékin à du colonialisme, affirmant qu’elle n’était pas fidèle aux idéaux communistes. “Depuis trente ans que nous y travaillons, la vie des Tibétains ne s’est pas améliorée de manière notable”, a-t-il regretté. Il a appelé l’Etat à rendre effectives ses promesses d’autonomie et proposé une série de mesures concrètes : obliger des hauts fonctionnaires hans à apprendre le tibétain, remplacer les dirigeants hans par des personnes d’origine tibétaine à la tête du Parti au Tibet, ou encore faciliter l’accès à l’enseignement supérieur au Tibet même. Mais ses propositions ont été ignorées. Cet accès d’autocritique a été sans conséquence.
Les dirigeants du PCC prétendent depuis longtemps que la campagne officielle pour le “développement de l’Ouest”, visant à stimuler la croissance et à créer des opportunités économiques dans les provinces frontalières, est la meilleure solution pour remédier aux inégalités ethniques. “Le développement est la clé pour résoudre les problèmes du Tibet”, a ainsi déclaré l’ancien président Hu Jintao en 2006. Cependant, selon

Andrew Fischer, Pékin a affecté à l’administration et à de gros projets d’infrastructures la plupart des fonds destinés au développement, ce qui permet sans aucun doute aux autorités centrales de mieux contrôler la situation, mais les bénéfices pour les Tibétains sont beaucoup moins évidents. En dehors des rares Tibétains qui travaillent dans l’appareil du PCC, très peu peuvent tirer avantage d’un tel mode de financement et de développement, leur niveau d’instruction et leur maîtrise du chinois étant en général bien en deçà de ceux des travailleurs hans venus d’autres provinces. Il en résulte ce qu’Andrew Fischer appelle un “développement dépossédant”, qui marginalise les Tibétains dans leur propre région autonome.

Quels que soient les progrès économiques que cette campagne a pu générer, elle a eu aussi un contrecoup négatif sur la vision qu’ont les Hans des Tibétains. Les Hans décrivent souvent les Tibétains comme des personnes peu reconnaissantes des largesses accordées par l’Etat central. Comme le fait valoir Emily Yeh, une spécialiste du développement du Tibet, de nombreux Chinois hans ont tendance à considérer les projets économiques comme un “cadeau” fait aux Tibétains plutôt que comme un instrument utilisé par Pékin pour assurer son pouvoir. Une telle façon de voir nourrit l’image du Tibétain fainéant, improductif et dépendant de l’Etat central.

Dans le contexte politique actuel, il est difficile d’imaginer une amélioration de la condition des minorités ethniques. Les autorités traitent tout activisme ou dissidence au Tibet et dans les autres régions de minorités ethniques comme de l’incitation au séparatisme, ou même comme du terrorisme. De plus, les citoyens hansbénéficiant eux-mêmes de peu de droits politiques ou civiques, il paraît irréaliste d’espérer une avancée en la matière pour les minorités.
Néanmoins, il y a quand même des dirigeants au sein du PCC et de l’administration pour reconnaître la nécessité d’un changement. Ce dont la Chine a besoin, peut-être, c’est d’un processus “vérité et réconciliation”, qui permettrait aux Tibétains et aux autres minorités d’exprimer publiquement leurs griefs sans risque et qui conduirait l’Etat chinois à reconnaître les abus passés. Bien sûr, cela ne se fera pas tant que la Chine demeurera un système autoritaire à parti unique. Mais le PCC pourrait déjà reconnaître sans grand dommage son échec à convaincre les minorités de prendre leur place dans l’Etat chinois. Ce serait un premier pas vers une amélioration des relations et la base d’une société plus stable.

Cependant, le meilleur espoir de changement est entre les mains des Chinois hans ordinaires. Si ceux-ci parviennent à percer à jour les tentatives du Parti de diviser pour dominer, ils pourraient finir par comprendre

que tous les citoyens chinois partagent le même désir d’être libérés de l’oppression gouvernementale. Un tournant aussi radical pourrait bien avoir comme catalyseur la multiplication des contacts entre Hans et Tibétains. Grâce à la campagne de “développement de l’Ouest”, les travailleurs migrants (hans) se rendent en grand nombre au Tibet. De plus, depuis l’inauguration, en 2006, d’une ligne ferroviaire reliant Lhassa à la ville de Xining, dans la province du Qinghai (la première voie ferrée à raccorder le Tibet à une autre région chinoise), les touristes hans affluent ; cette année, 15 millions d’entre eux y sont attendus. Par ailleurs, même si les jugements portés par la majorité des Hans sur les Tibétains se sont durcis ces dernières années, un nombre croissant de Hans – surtout parmi les jeunes – commencent à manifester un intérêt réel et respectueux pour la société, la culture et la religion tibétaines.

Ces dernières évolutions ne suffisent pas à retrouver l’optimisme. A moins de changements majeurs dans la politique de Pékin, les préjugés ethniques et raciaux contre les minorités risquent de rester un gros point faible du tissu social chinois.

Gray Tuttle

Article publié dans le FOREIGN AFFAIRS New York, Etats-Unis Bimestriel www.foreignaffairs.org Publié à New York depuis 1922, ce magazine est une référence mondiale en matière de relations internationales. Organe du Council on Foreign Relations, un influent think tank américain, il contribue à confronter analyses de chercheurs et de politiciens, et à définir la politique étrangère menée par Washington.