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19/01/17 | 13 h 35 min par Claude Arpi

Les têtes des « Tigres » du Tibet tombent

Le General Wang Jianping au Tibet en 2014

L’agence Reuters signale que le Général Wang Jianping est « sujet à une enquête pour corruption. »

Selon Reuters, c’est le premier militaire haut gradé toujours en poste, à être la cible de la campagne chinoise visant à réduire la corruption.

L’information a ensuite été confirmée par le porte-parole du Ministère de la Défense chinois.

Avant qu’il soit démis de ses fonctions, le Général Wang était le directeur-adjoint du département d’état-major inter-armées sous l’autorité de la Commission Centrale Militaire. C’est au cours de la Conférence mensuelle du Ministère de la Défense que Yang Yujun, son porte-parole, – récemment promu « Sénior Colonel » – a annoncé que Wang était « mis en examen par des procureurs des armées ».

Cette nouvelle avait déjà été mentionnée lors d’un article en août 2016 – une fuite était parvenue au journal The South China Morning Post -, Wang est donc le premier Général haut gradé à être pris pour cible par Xi Jinping depuis le début de sa campagne contre la corruption lancée en 2012.

Au cours de sa carrière Wang a été le commandant de la Police armée du peuple, une police chinoise à statut militaire forte de 1.2 millions d’hommes avant d’avoir un poste au Tibet durant quelques années.

Le retour du Général Wang au Tibet en 2014

En juin 2014, il avait été mentionné dans un article qu’il avait visité Lhassa qui fut son fief en tant que Chef de la police armée.

Wang avait alors inspecté le camp d’entraînement de la Police Armée dans la Région Autonome du Tibet, une unité de police de contrôle du trafic, la police forestière armée tibétaine, la division de police n°117 et une unité de la police de Ngari. Selon le journal The Tibet Daily il voulait alors avoir une compréhension profonde de la situation.

La presse chinoise avait rapporté que le Général Wang avait fait état des réussites de la police armée Tibétaine ainsi que des autres forces policières armées. Il avait également attiré l’attention des forces policières sur la complexité de la situation au Tibet ainsi que sur la nécessité de renforcer la police armée en préparation d’une guerre.

Le Général avait enfin demandé qu’une attention particulière soit accordée aux tâches contribuant à la stabilité du Tibet. Il avait alors évoqué que chaque unité de police devait comprendre profondément le rôle qui lui était assigné.

D’autres têtes tombent

Il fut également annoncé, il y a peu, qu’une autre enquête allait être ouverte, concernant un ancien membre de la police anti-espionnage : “Ma Jian, qui fut autrefois un ministre délégué au Ministère de la Sécurité de l’État, est le plus haut responsable mis en examen depuis que l’ex-chef de la Sécurité Intérieure Zhou Yongkang surpris dans un scandale de corruption et qu’il écopa alors d’une peine à perpétuité l’année dernière. »

Le Dake, qui dirigeât le Département de Sécurité de l’État du Tibet de 2004 à 2013, a également été reconnu coupable de corruption. Cette nouvelle fut annoncée par le microblog officiel du Tribunal Populaire de Zhengzhou. L’agence Reuters avait alors tenté de joindre « le » ou un officiel pour obtenir un commentaire, sans succès. Le Dake eut alors à payer une amende de 2 millions de yuan (290 000 $) et « tous ses gains illégaux seront saisis et rendus au trésor national. » Le Dake était également membre du comité permanent de l’assemblée nationale populaire du Tibet. « Il tira avantage de plusieurs postes officiels qu’il occupa de 2005 à 2014 en agissant sur la passation de marchés, de projets, des promotions officielles ainsi que des réaffectations.» Le montant qu’il aurait perçu serait aux alentours de 18.7 millions de yuan (2.7 million de dollars). La Cour se montra toutefois bienveillante à son égard dans le sens où il a avoué ses fraudes et a décidé de rendre l’argent  perçue.

La réputation de Le Dake s’est faite lorsqu’il organisa une répression à grande échelle suite à des troubles sur le plateau tibétain au printemps 2008 – au cours des Jeux Olympiques de Beijing -. « The Epoch Times », une publication du groupe Falun Gong datant de Juillet 2015 nous disait : «  Un officiel haut placé dans l’administration de la Région Autonome du Tibet, qui y fut un temps l’homme le plus important d’un organisme de sécurité avant de devenir membre d’un comité de législature, a été évincé récemment. » Le journal rapportait également que le comité central d’inspection disciplinaire « n’avait pas fouillé les détails du casier de Le Dake… Mais les sites Internet chinois d’informations à l’étranger conscients des subtilités de la lutte politique en Chine, ont noté les liens profonds et durables de Le Dake avec le notoire Zeng Qinghong, l’homme de main de l’ancien leader du parti : Jiang Zemin. »

L’affaire Le Dake aurait des liens avec le Général Yang Jinshan, un ancien commandant des forces militaires chinoises au Tibet – et qui fut par la suite sous-commandant de la zone militaire de Chengdu – : « Yang était à son tour un client de [Général] Xu Caihou, autrefois l’un des hommes les plus puissants dans l’armée qui fut victime de la première purge et mourut l’année dernière. »

Duowei, une agence d’informations chinoise, a fait remarquer : « Les actions à l’encontre de Le Dake semblent soudaines car il était encore occupé à sa routine quotidienne seulement deux jours avant que les enquêteurs anti-corruption ne se mettent en action. Le Dake a fait toute sa carrière dans des institutions gouvernementales liées à la sécurité. Il a débuté en tant qu’agent de sécurité publique dans la zone provinciale de Jiangxi pour, au final, diriger le département de la Sécurité publique du Tibet jusqu’en 2012. »

Le Dake est originaire d’un village de la province de Jiangxi, proche du village dont Zeng Qinghong est lui même originaire, ce qui explique le début de carrière de LeDake, sous le patronage de Zeng. Selon Bowen Press, une agence d’informations indépendante basée au Texas : « La répression du mouvement d’indépendance tibétain par les forces de sécurité locales  fut la plus féroce lorsque Le  Dake y était aux commandes. »

Mais une question subsiste : qu’est-il arrivé au Lieutenant Général Yang Jinshan, l’un des « Tigres »ayant opprimé le Tibet et qui a également été poursuivi ?

Le sort des Généraux

Il y a exactement un an, Claude Arpi – l’auteur de l’article en anglais dont ce texte est une traduction -, écrivait « Le destin est un être bien capricieux et d’humeur changeante. Il l’est encore plus dans la Chine communiste. En 2014, le Lieutenant Général Yang Jinshan, anciennement commandant du Département Militaire du Tibet de la zone de Chengdu, était une étoile montante dans le Parti et l’Administration. Il a été promu membre du Comité Central du parti, ce qui n’a pas été le cas de son supérieur direct le Général Li Zuocheng, le commandant de la Région de Chengdu. Yang est donc devenu le « sénior » de son supérieur direct Li Zuocheng dans la hiérarchie du Parti.

Aujourd’hui Yang Jingshan croupit en prison alors qu’il est soumis à une « enquête » et son supérieur Li Zuocheng est pressenti pour prendre le commandement d’une nouvelle force policière ou militaire.

Quel renversement de situation !

Les tribunaux n’ont toujours pas rendu leur verdict concernant le General Yang tandis que le Général Wang et Le Dake savent d’ores et déjà qu’ils auront une décennie carcérale pour repenser à leurs actions.

Le cas Pema Thinley

Accessoirement, deux cadres supérieurs tibétains ont été démis de leurs fonctions lors du remaniement du Comité Permanent de la Région Autonome du Tibet. Pema Thinley – ou Choeling – le doyen tibétain du Parti et membre solitaire tibétain du Comité Central n’est plus secrétaire adjoint de la Région Autonome du Tibet, bien qu’il reste président du Congrès régional.

Le second tibétain à tomber est Gonpo Tashi, un tibétain de poids, puisqu’il était directeur du Département du Front Uni – organisme dépendant directement du Comité Central du Parti Communiste Chinois dont l’objectif est gérer les relations avec les personnes de poids, influentes ou les élites ou les groupes d’influence hors du Parti Communiste en Chine et à l’étranger, créé en 1942-. Les détails de la situation ne nous sont pas parvenus.

Comme Claude Arpi l’avait mentionné dans un article précédent les officiers issus de l’Armée Populaire de Libération ne sont plus les bienvenus dans le Comité Permanent Régional du Tibet.

Une révolution en somme !

Traduction France Tibet