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17/05/15 | 23 h 05 min

Matthieu Ricard: « Au Népal, il faudrait 5 milliards de dollars et on en est très très loin » – La Libre.be

MR

Matthieu Ricard: « Au Népal, il faudrait 5 milliards de dollars et on en est très très loin »

International Le célèbre moine bouddhiste français Matthieu Ricard passe une grande partie de l’année au Népal, au sein du monastère de Séchèn, à Katmandou. Il réside au Népal depuis 1972 mais il était de passage en Belgique à l’Université de Liège, ces derniers jours, et il a répondu à nos questions, au lendemain d’un nouveau séisme qui a secoué le pays, après le tremblement de terre meurtrier du 25 avril (8000 morts). Le moine, fils du philosophe et académicien Jean-François Revel et qui est aussi docteur en génétique cellulaire, a créé Karuna-Shechen (Compassion en action), une association qui construit (notamment) des hôpitaux et des écoles au Népal, en Inde et au Tibet. Que pensez-vous de la réaction de la communauté internationale après le séisme au Népal ? Je suis très touché par l’élan des citoyens et des ONG. Surtout quand je vois la tiédeur institutionnelle, des Etats, quand je pense – ce n’est pas une critique, mais…- que des Etats comme les Etats-Unis ont donné dix millions de dollars… Pour eux, c’est “que dalle”. Ils dépensent un milliard par jour pour la guerre en Irak et en Afghanistan ! Et nous avec notre petite association, en gros un groupe de copains, on a récolté déjà un million d’euros ! Cela montre la force de la solidarité des personnes. D’ici, on a l’impression que tous les acteurs se sont rués au Népal comme un seul homme, sans parfois beaucoup d’organisation…Nous, nous connaissons bien le terrain, nous sommes là depuis quinze ans. Mais c’est vrai qu’au début, certaines associations étaient un peu déconcertées, j’ai entendu des médecins polonais qui ne savaient pas où aller. Au début c’est un peu désordre, surtout que le gouvernement est assez incapable. Donc par exemple, ces médecins polonais auraient dû être aiguillés tout de suite dans des endroits précis, pour éviter les duplications, et d’être là à ne rien faire. Mais Médecins du monde les a aidés à trouver des camions à aller dans les villages, etc. Le problème, c’est que c’est un peu comme au Pakistan, ces organisations repartent vite. Pour les pompiers qui viennent avec les chiens ( NdlR : chercher les personnes vivantes sous les décombres), c’est normal. Il y a aussi des associations comme Oxfam, Unicef, ou Save the Children, qui ont déjà des bureaux, et travaillent à long terme. Mais il y en a aussi qui font ce qui peuvent sur le moment, et puis qui s’en vont. Nous notre rôle, avec Karuna-Shechen, ça va être de travailler sur le moyen terme et le long terme.
Certains critiquent aussi l’objectif “coup de communication” de certains acteurs occidentaux qui se sont rendus au Népal. Qu’en pensez-vous ?Moi, je trouve cet élan encourageant. Evidemment, on peut se dire que c’est dommage qu’il faille un séisme, pour réveiller la motivation. Quant au coup de com, ça peut arriver, mais franchement, pour ceux que je connais qui se sont mobilisés, c’est toujours sincèrement. Par exemple, beaucoup de réseaux se sont redirigés vers nous, parce qu’ils nous faisaient confiance (parce qu’on a 0 % de frais de fonctionnement, et qu’ils savent donc que les dons seront complètement utilisés sur le terrain). Ils ne se sont donc pas lancés dans un projet eux-mêmes. Et puis, il peut y avoir des motivations diverses à venir et même celle de faire mousser, il faut voir les aspects concrets : s’il y a trois tonnes de riz qui arrivent dans un village, c’est trois tonnes de riz et les habitants seront contents !Evidemment, il faut éviter le gaspillage. J’ai ainsi entendu parler de kilos et kilos de moutarde qui ont été envoyés ! Mais de façon générale, toutes les formes de contribution sont bienvenues. Au Népal, il faudrait 5 milliards de dollars, et on en est très très loin. On a donc besoin de ce mouvement mondial. Il y a des centaines de millions de dollars mobilisés, il en faut 50 fois plus. Dans le pays, c’est la dévastation ! Le Népal porte là un lourd fardeau. Il y a tellement à reconstruire ! Nous, on ne va pas pouvoir reconstuire des maisons. Il y en a trop qui sont détruites ! On va se concentrer sur les projets communautaires : on va construire par exemple une école, un dispensaire, des réserves d’eau…

Personnellement, avez-vous eu des dégâts dans votre monastère ?

Les ondes sismiques, c’est comme des creux et des crêtes, des hauts et des bas dans un lac ou une piscine. Et nous, on était dans un creux ! Donc, le monastère principal sera sans doute inutilisable, mais il ne s’est pas écroulé. Il n’y a pas eu de morts, ni de blessés. Il y a un mur qui s’est écroulé dans la cour des enfants, mais ils n’étaient pas là, ils suivaient un enseignement dans le monastère. Mais après le séisme, on a accueilli 5000 personnes dans le jardin de notre monastère, on leur a donné à manger et à boire, pendant dix jours. Finalement, en fait, dans les catastrophes, c’est les habitants eux-mêmes qui aident les autres en premier. Ceux qui déblayent, qui cherchent les victimes, c’est d’abord les voisins ! C’est quasiment la règle : avec une catastrophe naturelle, il y a un mouvement de panique, et puis rapidement c’est le calme et cela fait place à un mouvement de solidarité. Cela a été étudié. C’est scientifiquement prouvé !

Infos : www.karuna-shechen.org