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20/06/16 | 21 h 44 min par Isabelle Meyer

ONU / André Gattolin, Sénateur : « La société civile doit occuper une place plus importante dans les institutions onusiennes »

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En votre qualité de sénateur, qu’est-ce qui a motivé votre volonté de marquer particulièrement cet anniversaire des 70 ans de l’ONU ?

L’institution a l’âge de ses artères : elle est marquée par la situation née de l’après Seconde guerre mondiale. Or, depuis 1945, les relations interétatiques et la coopération internationale ont connu de grands changements : l’Union européenne avec ses 28 membres n’existait pas. Pourtant, l’ONU a su évoluer et reste malgré tout un outil indispensable dans le maintien de la paix, la protection des droits de l’homme et le développement du progrès social. Ce n’est certes pas l’alpha et l’omega de toute solution, mais on a trop tendance à la désinvestir, alors que nous avons aujourd’hui, grâce à elle, des instruments d’arbitrage forts à l’échelle internationale. L’exemple de la convention Montego Bay sur le droit de la mer montre que, dans beaucoup de domaines, les Etats sont obligés de se plier au droit international institué par l’ONU. À 70 ans, elle fait donc preuve d’une vitalité qu’il faut lui reconnaître ! Qui, en dehors de l’ONU, aurait pu organiser les sommets sur le climat ? Plus que jamais, il était utile de saluer le travail accompli et de lancer des pistes de réfl exion pour l’avenir. Pour cette conférence, vous étiez en grande partie entouré d’intervenants du monde associatif.

Etait-ce un choix délibéré pour montrer que l’institution onusienne, malgré les avancées constatées, doit s’ouvrir encore davantage à la société civile ?

C’était bien sûr un choix délibéré. La société civile doit occuper une place plus importante dans les institutions onusiennes, là où elle semble parfois réduite à la portion congrue. Les ONG appartenant à la catégorie « observateurs permanents », au Conseil économique et social (ECOSOC) produisent un travail dense et sont fréquemment consultées. Face aux entreprises multinationales, ce sont les seules structures à être organisées à un échelon transnational. À ce titre, elles sont des acteurs essentiels tant pour mobiliser les opinions publiques que pour élaborer une expertise dynamique au niveau international. C’est le cas, par exemple, du Parti radical transnational et transparti, dont j’ai été le secrétaire général en 1986. Fortement impliqué dans la promotion des droits de l’homme, il a utilisé si effi cacement cette tribune que la Chine et la Russie ont demandé par trois fois son exclusion, heureusement sans succès ! La France fait partie du Conseil de sécurité, elle y détient un siège permanent comme les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Russie et la Chine.

Quelle est votre position quant à un élargissement du Conseil de sécurité de l’ONU ? Cette réforme vous semble-t-elle prioritaire ?

Cette réforme est à mon sens indispensable. Il me semble anormal que des États émergents, comme l’Inde, n’aient pas de siège permanent au conseil de sécurité. Indispensable, elle l’est aussi au niveau de la prise de décision. Les blocages de résolutions sont généralement à l’initiative de la Chine et de la Russie, tandis que la France est rarement en mesure d’actionner son veto. Une telle réforme doit aussi permettre de tenir compte du nouveau poids géostratégique des grandes nations européennes : l’Allemagne n’a pas de représentation au conseil permanent, la France et la Grande-Bretagne y siègent à titre individuel, mais l’Union européenne n’y est pas représentée. Résolument européen et conscient de nécessité de la mise en œuvre d’une véritable diplomatie à l’échelle européenne, il serait pour moi logique que l’UE soit présente en lieu et place des représentations nationales française et anglaise… si tant est que la Grande-Bretagne demeure dans l’UE ! Actuellement, de nombreux débats soulèvent la question de la démocratisation de l’ONU, de son cadre institutionnel.

Quelle est votre position à ce sujet ? Comment l’institution pourrait-elle évoluer pour mieux répondre aux défis de la planète ?

Je partage complètement l’avis de l’actuel secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon, qui déclarait en 2009 qu’il fallait trouver un système de plus en plus fort impliquant une coopération entre gouvernants, société civile et secteur privé. Et j’ajouterais à cette liste les regroupements qui agrègent les États, comme l’Union africaine ou le Mercosur. Par le passé, les confl its étaient principalement territoriaux. Mais aujourd’hui, les questions environnementales deviennent des enjeux géostratégiques majeurs. Or, prendre une décision à 195 n’est pas simple, compte tenu des éléments de blocage d’aujourd’hui. Entre la prise de conscience du sommet de Rio et la COP 21, il aura fallu 20 ans avant que l’on ne commence à conclure un accord préalable ! Dès lors, les Nations unies doivent envisager de créer un conseil restreint pour traiter des questions relatives à l’état de la planète, à l’instar du conseil de sécurité.

Propos recueillis par Isabelle Meyer (*)

En écho au 70e anniversaire de la création de l’ONU, une conférence sur le thème « Quelles réformes pour les Nations unies ? » s’est tenue au Sénat de la République française (Paris 75006) le 14 avril 2015.

Cette conférence a été organisée conjointement par Marie-Françoise Lamperti, présidente de l’association Agir pour les droits de l’Homme (ADH) et André Gattolin, sénateur des Hauts-deSeine, en partenariat avec les associations : France-Tibet, l’association française pour les Nations Unies (AFNU), Citoyens du monde-France (CDM) et Ensemble Contre la Peine de mort (ECPM).