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30/07/15 | 19 h 36 min

Pékin « inapte » à organiser les JO de 2022 : le point de vue des minorités ethniques.

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Les minorités ethniques demandent au Comité International Olympique de ne pas accorder les Jeux d’hiver 2022 à Pékin, affirmant que le bilan des droits de l’homme de la Chine avait en fait empiré suite à l’obtention des Jeux d’été par Pékin en 2008.

Pékin, qui sera au coude à coude avec Almaty, la capitale du Kazakhstan, lors du vote du 31 juillet pour le droit d’accueillir les Jeux Olympiques d’hiver, s’est non seulement montrée incapable de tenir les promesses faites lors de sa précédente candidature, mais a en plus introduit une nouvelle série de mesures répressives en lien direct avec les Jeux de 2008, ont déclaré des militants à Radio Free Asia (RFA).

Les minorités ethniques, comme les Tibétains et les Ouïgours turcophones, majoritairement musulmans, auraient été, selon eux, tout particulièrement pris pour cible dans la mesure où Pékin cherchait à s’assurer que personne n’utiliserait les Jeux comme tribune pour mettre en lumière les violations des droits de l’homme.

« La Chine n’a jamais tenu les promesses faites à la communauté internationale, et lui accorder une nouvelle fois les Jeux renforcerait son nationalisme, » a indiqué Dilxat Raxit, porte-parole du Congrès mondial ouïgour, groupe en exil, lors d’un récent entretien.

« Les minorités ethniques ne verront pas la moindre amélioration de leurs conditions de vie élémentaires, et en plus elles devront faire face à des persécutions politiques accrues, » a indiqué Raxit.

Il a déclaré qu’attribuer les Jeux à la Chine irait à l’encontre de l’esprit Olympique étant donné qu’il n’y avait aucune trace d’amélioration dans sa politique à l’égard des minorités ethniques.

« La Chine avait pris des engagements lors de sa candidature pour accueillir les Jeux de 2008, mais c’est le contraire qui s’est produit, et la situation des droits de l’homme s’est sensiblement détériorée par la suite, » selon Raxit.

« Loin d’apporter les changements attendus par la communauté internationale, [Pékin] a instauré à la place toute une série de mesures liberticides, » a-t-il indiqué.

Son point de vue est partagé par Free Tibet Londres, un des groupes qui coordonnent une campagne contre l’attribution des Jeux Olympiques d’hiver à Pékin.

« Les voix des minorités »

Dorothy Hui, porte parole du groupe à Hong-Kong, a déclaré que l’attribution des Jeux à Pékin entraînerait inévitablement d’avantage de persécutions à l’encontre des minorités ethniques opprimées comme les Tibétains, dans la mesure où le Parti Communiste Chinois en place, anticipant l’évènement, met le turbo en ce qui concerne son régime de sécurité « de maintien de la stabilité » à l’échelle nationale .

 » Il y a eu de nombreuses persécutions [des minorités ethniques] autour de la candidature pour les Jeux d’été de 2008 car le gouvernement a eu peur que les étrangers entendent leur voix, » a expliqué Hui à RFA.

« Ils craignaient que les étrangers découvrent la véritable situation. »

Et d’ajouter : « Il est vraisemblable qu’on assistera à un accroissement du nombre des persécutions [de Tibétains] en lien avec la candidature actuelle. »

Elle a déclaré que l’étendue de la pollution et son importance étaient aussi un argument majeur contre l’attribution des Jeux à la Chine, pays sans tradition de sports d’hiver et sans qualité de neige adaptée.

« A chaque fois que la Chine héberge les Jeux Olympiques, cela entraîne un important développement économique, et l’environnement se dégrade considérablement à l’heure actuelle, » a poursuivi Hui, ajoutant que « la Chine ne dispose pas des conditions satisfaisantes pour poser sa candidature aux JO. »

« Pour qu’un pays accueille les Jeux, il faut qu’il ait une solide tradition sportive, mais ce n’est pas du tout le cas en Chine, » a-t-elle déclaré.

Des Jeux politisés ?

Le ministère des Affaires étrangères chinois a affirmé dans une déclaration mardi que cette candidature visait à promouvoir les Jeux Olympiques dans le pays et à donner envie à plus de 300 millions de Chinois de participer à des activités sportives d’hiver.

« Tandis que les Chinois attendent de tout cœur d’accueillir avec succès de magnifiques Jeux Olympiques d’hiver, quelques uns, aux motifs cachés, les politisent, ce qui n’est pas conforme à l’esprit olympique et ne sera pas populaire, » indiquait la déclaration.

La semaine dernière, le cinéaste et militant tibétain en fuite Golog Jigme signait une lettre adressée au CIO, l’incitant vivement à ne pas accorder les Jeux à la Chine.

Golog Jigme s’est enfuit en 2014 après avoir été détenu en raison de son travail sur un documentaire concernant le traitement des nomades tibétains sous le régime de Pékin.

« Nous avons constaté une répression accrue depuis 2008. On s’acharne à faire disparaître les intellectuels tibétains et il y a une situation d’urgence de plus en plus grande au Tibet, » a-t-il déclaré à Associated Press.
Suite à une série de soulèvements au niveau régional en mars 2008, les Tibétains sont sous le coup de la loi martiale. Des forces de sécurité et des représentants du gouvernement sont installés dans les monastères et les écoles, et imposent des restrictions sévères à leur liberté de déplacement, même en zone rurale.

Le Parti Communiste Chinois au pouvoir gouverne le Tibet depuis l’occupation de cette région de l’Himalaya par l’Armée Populaire de Libération (APL) en 1950.

Mesures de répression et arrestations.

Le gouvernement chinois est aussi en train de procéder à des arrestations massives d’avocats et de militants des droits de l’homme. Il met également en place des mesures de répression contre les organisations non gouvernementales et limite toujours d’avantage la liberté d’expression sur Internet, ce qui déclenche des objections de la part des groupes de défense des droits de l’homme dans tout le pays quant à l’attribution des JO.

Chinese Human Rights Defenders (CHRD), organisation basée à l’étranger qui collabore et traduit les rapports des associations de défense des droits de l’homme et des informateurs en Chine, déclare que les promesses de Pékin sur les droits de l’homme manquent totalement de crédibilité.

 » Les conditions abyssales des droits de l’homme en Chine … se sont rapidement détériorées depuis les JO d’été de 2008, » a expliqué le groupe dans une lettre ouverte au CIO postée sur son site.

« Ces problèmes sont particulièrement évidents dans l’intensification des mesures répressives du gouvernement à l’encontre des ONG anti-discrimination et de celles qui défendent les droits des travailleurs, des défenseurs des droits de l’homme y compris les avocats, ainsi que dans la répression discriminatoire meurtrière dont sont victimes les régions à minorités ethniques tibétaines et ouïgour, » indiquait cette lettre.

« Pékin n’a aucune crédibilité en matière de respect de ses promesses et de conformité aux règles, [et] est clairement inapte à organiser les Jeux d’hiver, » a affirmé le CHRD.

L’ONG explique avoir rassemblé des preuves de violations graves des droits de l’homme résultant directement des préparatifs pour les Jeux de 2008. Elle a fait état de pratiques illégales en matière de droit du travail, d’expulsions, de renforcement du contrôle des médias, sans compter les voix dissidentes réduites au silence.

Une parade militaire

Hu Jia, militant des droits de l’homme à Pékin, emprisonné pendant trois ans et demi pour « incitation à la subversion » après avoir écrit sur internet des articles critiques sur l’accueil des Jeux d’été de 2008 par Pékin, s’en est pris à la propagande officielle entourant une candidature décrite comme un effort en faveur du peuple chinois.

« Les Jeux Olympiques représentent-ils vraiment un mouvement Olympique en faveur du peuple ? En réalité, ceux qui font de leur mieux pour politiser les Jeux sont les membres du Parti Communiste eux-mêmes, » a-t-il déclaré.

« Cela s’apparente d’avantage à une terreur rouge, ou à une parade militaire, et il n’y aura aucun impact sur le développement des activités sportives proposées au grand public, » selon lui.

CHRD a ajouté que la police avait aussi restreint les déplacements d’au moins 300 activistes et pétitionnaires au cours des Jeux Olympiques d’Été de la Jeunesse à Nankin en les mettant en résidence surveillée, en les obligeant à « voyager », en les retenant dans des « prisons noires » [lieux de détention secrets et illégaux NDLT], et en les soumettant à des interrogatoires de police.

Traduction France Tibet