Le premier site d'actualité sur le Tibet

www.tibet.fr

08/07/16 | 11 h 32 min

Pema Tseden, célèbre réalisateur tibétain a fait les frais, malgré lui, de ce que la police chinoise inflige à la population tibétaine

Dans la province tibétaine du Qinghai administrée par la Chine, un célèbre réalisateur tibétain primé à de multiples reprises a dû être transporté à l’hôpital alors qu’il se trouvait à la disposition des forces de police en raison d’une ordonnance de détention prise à son encontre du chef de trouble à l’ordre public. Si l’on en croit diverses sources au rang desquelles figure une communication de l’agence chinoise officielle Xinhua News Agency en date du 29 juin, celle-ci aurait été émise à la suite de l’implication de ce réalisateur dans une altercation au sein d’un aéroport le 25 juin dernier. Une organisation de défense des droits des Tibétains établie au Royaume Uni  a cependant accusé la police chinoise d’avoir réagi de manière disproportionnée en raison des origines tibétaines du réalisateur Pema Tseden, ce que d’autres ont également confirmé.

Les informations publiées par Xinhua, s’appuyant sur une déclaration du Bureau de sécurité Publique de l’aéroport, rapportent que l’intéressé aurait pénétré dans une zone d’accès restreint de l’aéroport Caojiapu à Xining. Le réalisateur tentait de retrouver un bagage manquant lorsque pour ce faire, il essaya de pénétrer dans une zone interdite de laquelle il dut être physiquement refoulé par le personnel de sécurité de l’aéroport.

Xinhua fait également état de la surprise éprouvée par les proches de Pema Tseden à l’annonce de sa détention. « Il est toujours amical et heureux » a déclaré Hao Jian de la Beijing Film Academy (Académie Cinématographique de Pékin) où Pema étudiait, avant d’ajouter « Il ne parle même jamais fort ».

Toujours selon l’agence Xinhua, le 27 juin au matin Pema Tseden éprouva des vertiges et fit part d’une sensation d’oppression au niveau de la poitrine. Deux policiers l’ont transporté à l’hôpital où des examens révélèrent une tension artérielle et une glycémie élevées. Des blessures au niveau de sa poitrine étaient également visibles.

٭٭٭

L’association professionnelle chinoise des réalisateurs de film a déclaré, via les médias sociaux, que Pema Tseden avait été sérieusement blessé au cours de sa détention et a appelé « les autorités compétentes à répondre rapidement aux inquiétudes de l’association et à rendre publiques tous les détails de cet incident y compris les motifs ayant conduit la police à recourir à des mesures contraignantes ».

Hao Jian, vivant à Pékin et réalisateur de documentaires, a également dénoncé la réaction excessive des forces de police sans écarter toutefois la possibilité que le réalisateur tibétain ait également pu avoir une attitude disproportionnée tout en la jugeant improbable car, a-t-il précisé, « je le connais très bien ».

« Je pense que la police était en état d’alerte élevé à cause de ses origines tibétaines et la sensibilité et la suspicion des forces de l’ordre sont exagérées [lorsque des Tibétains sont impliqués]  a-t-il déclaré à Radio Free Asia (Washington) le 29 juin.

À ce sujet, Free Tibet, l’association de défense des droits des Tibétains établie à Londres, a déclaré : « Pema Tseden…l’un des rares Tibétains jouissant d’une certaine notoriété en Chine …n’est pas mieux traité que tout autre Tibétain lorsqu’ il s’agit de violences policières et se trouve lui aussi considéré comme un citoyen de seconde zone dans son propre pays ».

« La discrimination et les mauvais traitements à l’égard des Tibétains sont des éléments ancrés dans  la culture des forces de l’ordre chinoises et ce déplorable incident n’aura fait qu’exacerber la colère des Tibétains contre la domination chinoise » a précisé la directrice de Free Tibet, E. Byrne Rosengren.

La version en ligne du journal The Guardian en date du 29 juin a rapporté les propos de Françoise Robin, Professeur d’études tibétaines à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris qui connait Pema Tseden depuis 15 ans, déclarant que les mauvais traitements allégués reflètent la manière avec laquelle la population tibétaine est habituellement traitée par les autorités chinoises.

« J’ai bien peur de devoir dire que ce genre de choses a lieu quotidiennement sur le plateau tibétain. L’avantage pour les autorités c’est qu’habituellement ils s’en sortent parce que personne ne sait rien… Le problème cette fois-ci c’est qu’elles s’en sont prises à quelqu’un de connu et peut être ne le savaient-ils pas » a-t-elle déclaré.

L’agence Reuters a également rapporté les commentaires de personnes informées de l’affaire déclarant qu’ils pensaient que la police n’avait pas reconnu le réalisateur et qu’ils l’avaient arrêté après l’altercation.

Les autorités tibétaines en exil à Dharamsala, en Inde, ont déclaré, par le biais de leur site internet Tibet.net le 30 juin, que « l’on peut supposer que l’incident est à mettre sur le compte d’une réaction démesurée des autorités chinoises causée par les origines tibétaines de l’intéressé ».

٭٭٭

La mise en détention de Pema Tseden a reçu une large couverture dans la presse internationale, incitant ainsi Globaltimes.cn qui est en Chine le porte-parole du Parti à l’international à qualifier tout ceci, le 30 juin, de réaction excessive. « Si le réalisateur avait été d’ethnie Han et moins connu, la détention n’aurait pas suscité autant d’attention » « citant » ainsi un ethnologue et anthropologue s’exprimant « sous le couvert de l’anonymat ».

« Il est irresponsable de la part des médias étrangers de sur-interpréter et de donner tant d’écho à la mise en détention d’un citoyen chinois et de compliquer ainsi la question tibétaine » aurait-il/elle déclaré.

D’autre part, Radio Free Asia, souligne dans son communiqué que la détention de Pema Tseden est intervenue à la suite d’un tollé général provoqué par la mort en garde à vue de l’écologiste Lei Yang après son arrestation par la police de Changping, une banlieue de Pékin, au mois de mai. Les services du procureur général de Pékin ont par la suite mis en examen cinq policiers pour « manquement au devoir » dans le cadre de la mort de Lei, selon des sources chinoises rapportées en date du 29 juin.

La même source rappelait que Pema Tseden, né en 1969, dans la province de Qinghai avait remporté de nombreuses distinctions cinématographiques, tant chinoises qu’internationales, y compris celle du meilleur scénario adapté aux Golden Horse Awards l’année dernière pour son film « Tharlo ».  Il est le premier réalisateur de la République Populaire de Chine à faire des films entièrement en langue tibétaine.

TibetanReview.net  1er juillet 2016.

Traduction Eric Pegorer pour France Tibet

A propos du réalisateur : 

Pema Tseden, cinéaste tibétain célèbre, auteur de « Old Dog » (« Vieux chien ») et de « Tharlo ».

Né en 1969 dans le comté de Gadê [1], Pema Tseden a étudié le cinéma à l’Académie cinématographique de Pékin, à la suite de ses études à l’Université du Nord-Ouest pour les nationalités.

Ses œuvres les plus célèbres sont reconnues par la critique : « Old Dog » (2011), « The Sacred Arrows » (2014) et « Tharlo » (2015). Pema Tseden a reçu le prestigieux prix Coq d’or pour le meilleur premier film, « Le Silence des pierres sacrées » (2005), où il évoque le risque de disparition progressif de la culture tibétaine face à la modernisation du pays.

Source : Phayul, 29 juin 2016 e