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08/11/15 | 13 h 02 min

PLANTER OU REPLANTER… La Chine est le pays au monde le plus touché par la désertification…

arbre

En Chine, les arbres font rempart contre le désert

PLANTER OU REPLANTER. La Chine est le pays au monde le plus touché par la désertification… et l’un de ceux qui replantent le plus d’arbres pour s’en protéger.Sous le regard de 150 journalistes, Shang Youfu plonge une grande tige de métal, au bout d’un tuyau, dans le sable chaud du désert mongol. Un petit bouillonnement d’eau, aussitôt absorbée, et son collègue plante une tige dans le sable humidifié. Le paysan au visage brûlé par le soleil ajoute un peu d’eau et recommence la manœuvre un mètre plus loin.

« Ceux-là ne survivront pas, c’est juste pour la démonstration », admet Shang Youfu. Pour replanter le désert, la période la plus propice court en effet d’avril à mai. « À cette période, les boutures survivent dans 90 % des cas », indique l’ouvrier agricole de 58 ans, pour qui la santé des plants est aussi une question d’argent.

Son salaire dépend du nombre d’arbres plantés chaque jour et de leur taux de survie. Shang Youfu est employé par l’entreprise Elion, qui possède 8 000 km2 de terrain cédés gracieusement par la province de Mongolie intérieure en 1988 pour trente ans renouvelables, à condition que l’entreprise restaure ce terrain confronté à la désertification.

Cette année, cette oasis artificielle fourmillait d’experts et de journalistes pour un forum sur la désertification organisé par la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD).

En Chine, le désert progresse vite, menaçant non seulement les zones cultivables, mais aussi les villes. Dans les années 1990, les tempêtes de sable à répétition ont frappé le nord-est du pays. La principale cause de ce phénomène, mais pas la seule, est le « Grand Bond en avant », la tentative de développement accéléré lancée par Mao Zedong en 1958.

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27 % DU TERRITOIRE CHINOIS TOUCHÉ PAR L’EXTENSION DU DÉSERT

À l’époque, pour tenter de devenir le premier pays producteur d’acier au monde, la Chine a encouragé l’abattage des arbres pour faire tourner les hauts-fourneaux. Le surpâturage et le réchauffement climatique se sont ajoutés à la déforestation, et la Chine est désormais le pays du monde le plus touché par l’extension du désert : 27 % du territoire est touché, soit 400 millions de Chinois affectés.

Pour l’économie du pays, le coût de la désertification est estimé à 16 milliards d’euros par an.

Le géant asiatique est aujourd’hui l’un des pays qui plantent le plus d’arbres. Dans sa contribution nationale en vue de la conférence de Paris sur le climat, la Chine est d’ailleurs l’un des rares pays à avoir intégré un paragraphe sur le reboisement, qui a l’avantage d’« augmenter les puits de carbone ».

Dès 1978 avait été lancé le concept de « grande muraille verte » : une immense barrière d’arbres censée d’une part fixer les dunes et empêcher la progression du désert, et d’autre part stopper les tempêtes de sable s’abattant régulièrement sur les grandes villes de l’Est, dont Pékin, en première ligne, mais parfois Tokyo au Japon, ou Séoul en Corée du Sud.

Dans les années 1990, et jusqu’au début des années 2000, de violentes tempêtes de sable ont touché la capitale cinq à dix fois par an, aveuglant la population pendant un ou deux jours et laissant la capitale recouverte d’un fin manteau jaune.

 « DEPUIS LES ANNÉES 2000, LE GOUVERNEMENT PREND CES QUESTIONS AU SÉRIEUX »

Ces tempêtes sont aujourd’hui plus rares et moins violentes, grâce aussi à de meilleures pratiques agricoles. Mais les bonnes intentions se sont heurtées aux objectifs productivistes du pays le plus peuplé au monde.

«Le problème est que la Chine a adopté des politiques contradictoires : si vous êtes un éleveur du Gansu (province aride du Nord), vous pouvez recevoir un jour la visite d’un agent du ministère de l’agriculture qui vous expliquera qu’il faut produire plus, explique Victor Squire, un chercheur australien à la retraite qui a passé sa vie à étudier les déserts chinois. Et le lendemain, la visite d’un agent du ministère de la forêt qui vous expliquera que vous recevrez des subventions si vous acceptez de réduire votre cheptel, pour limiter le surpâturage. »

Dans ces jeux d’injonctions contradictoires, le ministère de la forêt a longtemps été le parent pauvre.

La donne a changé, selon Yang Youlin, le coordinateur pour l’Asie-Pacifique de la CNULCD, et ancien employé du bureau chinois de lutte contre la désertification, dépendant du ministère de la forêt.

« Depuis les années 2000, le gouvernement prend ces questions au sérieux. Quand j’ai rejoint le gouvernement, en 1994, le budget du bureau contre la désertification était ridicule. Depuis, il a été multiplié par 100. 

Des progrès que confirme Victor Squire. « Après beaucoup d’erreurs et de tâtonnements, la formation des acteurs de terrain porte ses fruits. La Chine a acquis une vraie expérience en matière de lutte contre la désertification », assure le chercheur.

Il cite en exemple de nouvelles techniques d’arrosage, la manière de planter autour d’une dune pour la réduire petit à petit ou encore la sélection d’essences adaptées aux différents terrains, après avoir privilégié longtemps des arbres à rendement rapide comme le peuplier, gourmand en eau et fragile. À Kubuqi, un centre de recherche travaille à sélectionner les plantes les plus résistantes.

Le modèle défendu par l’ONU fait cependant débat. À la fin du forum sur la désertification, un jeune journaliste demande ainsi à un représentant d’Elion si un jour la Chine verra pousser une ville comme Las Vegas, aux États-Unis.

Ce dernier n’hésite pas : « Avant, il fallait faire trois jours de chameau pour arriver ici. Grâce au développement, tout le monde a désormais des conditions de vie proches de celles de la ville. Oui, nous pouvons créer un Las Vegas chinois ! », assure-t-il.

Le représentant de l’ONU, Yang Youlin, tient pour sa part à préciser : «Las Vegas ou Dubaï ne sont pas des exemples à suivre. Dans ces villes, également confrontées aux tempêtes de sable, la gestion de la terre est inexistante.»

> (Re)lire : Planter et replanter

SIMON LEPLÂTRE, à Kubuqi (Chine)UN MODÈLE QUI FAIT DÉBAT

NDLR : Voir ou revoir le documentaire d’Antoine Boutet

« SUD EAU NORD DEPLACER »