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24/01/18 | 12 h 29 min

Portrait : Tenzin Seldon première rappeuse tibétaine

L’exil de la musique tibétaine sur la scène musicale est, à première vue, un cocktail peu convaincant de copies issues de la culture pop actuelle, propulsés par de nouveaux artistes présentés à chaque Kalachakra et Losar pour disparaître peu de temps après ; tandis que les musiciens soi-disant chevronnés gagnent leur vie en donnant des concerts pour n’importe qu’elle réunion respectable de la diaspora tibétaine, que ce soit à Jackson Heights, New York ou en Europe ou encore dans la lointaine Menchuka en l’Arunal Pradesh, niché en sécurité dans un coin éloigné du nord-est de l’Inde. Il n’est pas exagéré de dire que si la musique tibétaine en exil n’est pas dépourvue de talent, elle n’a pas de moyens ou de marché pour soutenir ses talents à long terme.

Les réseaux sociaux et YouTube ont donné une nouvelle plate-forme pour ces artistes tibétains qui leur a permis de montrer leurs talents et d’accéder à la célébrité. De Yeshi Khando à Sonam Topden, de Kunsel à Tenzin Dolma, il y a déjà une mini-industrie du showbizz qui prospère sous notre nez.

Malgré les conditions peu enthousiasmantes pour la musique tibétaine en exil, il souffle tout de même un vent de fraîcheur. Une vague de productions de clips vidéos par de nouveaux artistes est en plein essor, augmentant la présence sur Internet, et de facto sur la scène internationale. Tenzin Seldon ou Tibchik, comme elle aime être appelée, est, en plus d’être la première rappeuse tibétaine, aussi une féministe au cœur de rebelle et de pionnière.

En 2017, elle a sorti 5 nouveaux singles sur sa chaîne YouTube, totalisant plus de 1 100 000 vues et comptant plus de 1 500 abonnés, augmentant de jour en jour. Ses singles énergiques, tels que « Don’t test me » et « Fearless » sont représentatifs de la nouvelle pensée tibétaine qui aspire à des principes tels que « tout est possible », sous-tendu par le poids du réfugié ou de l’immigrant recherchant une forme de normalité dans la société.

En tant que première rappeuse tibétaine, elle se dit fière et heureuse que les gens la remarquent, parce qu’elle est différente. « C’est ce que je voulais apporter, quelque chose de nouveau, frais et unique. Mes chansons et mes paroles sont très différentes de celles des autres rappeurs tibétains » affirme-t-elle au site Phayul.

Bien qu’il n’ y ait pas de rappeuses dans la communauté tibétaine, ce titre de « première rappeuse tibétaine » ne lui a pas été donné sans raison. Tenzin Seldon a passé près de quatre ans à se battre pour construire sa propre musique, un mélange d’anxiété, de complexes et surtout d’une grande exigence. « Je rechignais à regarder mes propres vidéos que je filmais sur mon portable merdique. Il n’ y avait ni montage ni valeur ajouté. Pendant des mois, j’ai essayé d’apprendre à monter des vidéos par le biais de tutoriels sur Internet, mais j’ai eu du mal à m’en servir. Mon but était toujours de faire quelque chose de bien « , confesse-t-elle dans son journal.

Et cela fait vraiment partie du métier de musicien-entrepreneur débutant. Être capable d’être couteau suisse en étant auteur, compositeur, interprète, producteur de vidéo et réalisateur de clip vidéo, c’est tout ce qui fait la différence pour une personne aujourd’hui. « Être capable de faire confiance aux autres est important, savoir accepter l’aide et collaborer avec d’autres peuvent vous aider à combler vos lacunes et à révéler vos qualités », dit-elle.

Être un Tibétain de deuxième génération en exil, dont le seul lien avec ses racines se trouve à travers les récits de ses parents et grands-parents, peut rendre difficile le fait de développer une affinité authentique avec ce qu’ils n’ont jamais vu ou ressenti. Certains de ses homologues masculins, Kunga Norbu, AKA Shabaley et Tenzin Seungyi, semblent avoir trouvé plus facile le fait de s’identifier à l’exploration de l’identité tibétaine, et en ont fait des chansons.

Tenzin Seldon affirme qu’elle a l’intention de faire des chansons qui sont représentatives de ses racines, mais qu’elle craint les réactions brutales que ce style de musique, plus politique, pourrait susciter. « Il y avait eu beaucoup de commentaires négatifs contre le type de Tibétain que je parle et rap. Je veux que les gens regardent au-delà des mots et de l’argot, je veux que les gens comprennent ce que je dis réellement à travers mon rap. Je ne veux pas changer la façon dont je m’exprime pour paraître plus intelligente ou chercher à me sentir acceptée par ma communauté. Au final le plus important, les gens le savent : le Hip-Hop n’a jamais respecté les règles ».

Son honnêteté avec son environnement et ses réalités est cependant évidente à travers les paroles de l’une de ses chansons « Shugu ra doki re », ce qui signifie que  » vous aurez vos papiers – pour la citoyenneté -. Elle-même immigrante, née à Delhi, a déménagé aux Pays-Bas à l’adolescence.  » « Personnellement, je n’ai pas eu de problème avec les papiers ou les documents administratifs parce que ma mère était citoyenne de ce pays. Mais beaucoup de Tibétains souffrent et passent beaucoup de temps à obtenir les documents ou la citoyenneté », dit-elle.

Cependant, le sentiment stérile de ne pas appartenir au pays était quelque chose qu’un morceau de papier ne pouvait pas résoudre. « En tant que Tibétaine venant dans ce pays, je me sentais comme une étrangère. Nous vivions dans un petit village où l’ on ne ne voyait pas de personnes asiatiques, donc je me sentais vraiment différente et déconnectée des autres. » Et en effet, cela se reflète dans sa musique qui appelle à la rédemption comme dans “fearless” et dans la confiance pour obtenir de meilleures choses.

La jeune Tibétaine qui aspire à être créatrice de mode dit qu’il y a de la misogynie enracinée même dans la scène musicale tibétaine. « Si vous êtes une femme et que vous n’êtes pas exceptionnellement bonne, vous ne serez pas remarquée. C’est certainement plus facile pour les hommes, même dans la petite communauté tibétaine », dit-elle. Et fidèle à sa croyance, une de ses chansons qui trouve sa résonance dans l’actualité dit : « Ne me harcèle pas juste parce que je suis une femme »

Depuis un certain temps, la culture hip-hop commence à faire son chemin dans la communauté tibétaine. Avec des chansons originales, débordantes de messages avec des artistes comme Tenzin Seldon, il est alors temps d’ouvrir nos oreilles et d’encourager cette jeune génération créative.

Traduction France Tibet