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12/05/17 | 13 h 00 min

Le silence chinois sur la disparition du Panchen Lama

Gedhun Choekyi Nyima, le 11ème Panchen Lama du Tibet

Le silence chinois sur la disparition du Panchen Lama alors que le Centre Tibétain pour les Droits Humains et la Démocratie (CTDHD) dénonce les 22 ans d’emprisonnement du Panchen Lama avec un nouveau rapport sur les prisonniers de conscience au Tibet.

Le 25 avril 2017 le Panchen Lama a eu 28 ans : Gedhun Choeky Nyima, a été, porté disparu avec ses parents il y a 22 ans après qu’ils aient été détenus par les autorités chinoises au Tibet. Le cas du Panchen Lama est devenu l’une des disparitions forcées les plus longues du monde et l’un des secret d’État les plus importants pour le gouvernement chinois.

La dernière information dont nous disposons à propos du Panchen Lama remonte au 6 septembre 2015 quand Norby Dhondup, un fonctionnaire du United Front Work Department de la Région Autonome du Tibet (RAT), a répondu aux questions des médias concernant le maître spirituel en disant qu’il « vivait une vie normale et heureuse », qu’il recevait « une bonne éducation culturelle » et qu’il « ne voulait pas être dérangé. » Cette courte et vague réponse était similaire aux communiqués précédents des leaders chinois. Le fait est qu’aucune preuve n’existe pour corroborer cette information qui n’existe que pour détourner les questions de la communauté internationale quant à la disparition d’un des plus important leader spirituel du Tibet.

La détention secrète et continue du Panchen Lama est un acte de disparition forcée : un crime sérieux qui viole de multiples droits humains et libertés fondamentales inscrites dans la Déclaration Universelle des Droits Humains. Dans le cadre d’une disparition forcée, la personne disparue est potentiellement sujette à des arrestations arbitraires, des détentions extra-judiciaires, des tortures et autres traitements inhumains pouvant aller jusqu’à l’exécution illégale. À partir du moment où elle est détenue, la victime est gardée au secret pendant des jours, des semaines ou même des années, sans aucun contact ou communication avec les membres de sa famille ou ses proches. Le fait qu’elle soit complètement isolée du monde extérieur et détenue en dehors du système judiciaire pendant tout le temps de sa « disparition » caractérise l’acte et le processus de la disparition forcée comme un crime selon les lois internationales. L’article 34 de la Constitution Chinoise garantit les droits humains fondamentaux incluant le droit de vote et de représentation aux élections à tous les citoyens de plus de 18 ans. Le Panchen Lama a maintenant 28 ans et n’a pas besoin de la protection chinoise pour vivre une vie normale.

La détention du Panchen Lama fait partie de la politique minutieusement mise en place par le Parti Communiste Chinois pour contrôler et gérer la religion tibétaine à des fins politiques favorables au gouvernement chinois. Depuis les « mesures de gestion sur la réincarnation des Bouddhas Vivants dans le bouddhisme tibétain » de 2007 jusqu’à l’esquisse de « régulations des affaires religieuses » de 2016, la Chine a systématiquement contrôlé le système de réincarnation tibétain en interférant directement dans les affaires religieuses tibétaines, ce qui est une violation du droit collectif des tibétains à la culture et à la religion. En janvier 2016, la Chine a rendu publique le « Système d’Enregistrement des Bouddhas Vivants », une base de données des lamas réincarnés approuvés par le gouvernement chinois avec leurs numéros de certification et leurs biographies. Ces lamas doivent porter une identification délivrée et strictement contrôlée par le gouvernement. Le but étant pour la Chine de surveiller et de contrôler les personnalités religieuses tibétaines importantes et influentes  dans l’idée de transformer les institutions religieuses tibétaines en lieux d’éducation politique chinoise et ainsi imposer de grandes restrictions à la liberté religieuse des tibétains.

Le CTDHD appelle le gouvernement chinois à mettre fin à la disparition forcée du Panchen Lama et de lui permettre de vivre comme un être humain « normal » disposant de ses droits fondamentaux. Cette déclaration s’étend à tous les prisonniers politiques tibétains incarcérés dans de nombreux camps de détentions chinois officiels ou non. Tous les prisonniers de conscience libérés doivent être autorisés à quitter le pays afin de recevoir des traitements médicaux, pour continuer leur éducation et leurs carrières, sans que ne leur soit enlevé leurs droits fondamentaux au nom de la « privation de droits politiques. »

Rapport spécial sur les prisonniers de conscience

Considérant l’augmentation du nombre de prisonniers de conscience au Tibet, le CTDHD a compilé un rapport spécial qui peut être lu comme une mise à jour du rapport de 2006. Lus ensemble ils peuvent donner un aperçu de la crise des prisonniers politiques au Tibet depuis l’occupation chinoise.

Ce rapport se concentre sur les mauvais traitements des prisonniers politiques au Tibet. La RPC maintient qu’elle n’a jamais arrêté de prisonniers politiques mais a seulement arrêté des criminels. Le CTDHD rejette l’étiquette de criminel pour définir les tibétains arrêtés pour avoir exercé leur liberté de conscience. Basé sur les raisons données pour les arrestations, on pourrait décrire plus précisément les prisonniers comme des prisonniers politiques ou des défenseurs des droits humains. Un défenseur des droits humains peut être un individu ou un groupe d’individus, oeuvrant pacifiquement pour promouvoir les droits humains dans leurs communautés, pays, à l’international et partout dans le monde. Le spectre de ces défenseurs des droits fondamentaux s’étend de l’individu isolé aux ONG internationales et aux organisations gouvernementales. Les défenseurs des droits humains ont été privés de leur liberté à travers la détention pour avoir simplement manifesté leur croyance ou avoir oeuvré pacifiquement pour leurs droits et leurs libertés garantis par le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques (PIDCP). Pour faire simple, un prisonnier politique est un défenseur des droits humains incarcéré. Les prisonniers arrêtés pour avoir seulement exprimé leurs droits humains peuvent être groupés dans une sous-catégorie des prisonniers politiques : les prisonniers de conscience. Ils sont dans le viseur de beaucoup d’ONG et sont la catégorie de prisonniers pour laquelle de nombreuses organisations réclament la liberté sans condition. L’arrêt de ces personnes et leur détention violent le droit international.

Les tibétains sont détenus pour de nombreuses raisons. Les plus communes sont : manifester leur gratitude ou posséder des images du Dalai Lama, posséder un drapeau tibétain ou des dessins de celui-ci, émettre des avis sur les problèmes environnementaux, suspicion d’incitation à l’homicide, suspicion de planification d’une auto-immolation, violation de secrets d’État et défense des droits des autres tibétains. Les raisons de détention sont très souvent politiques et visent à oppresser les tibétains, elles incluent la participation aux manifestations et la distribution de brochures ou d’affiches critiquant le gouvernement.

Contexte

Le 14 mai 1995, Sa Sainteté le Dalai Lama a annoncé que Gedhun Choekyi Nyima avait été reconnu comme la réincarnation du précédent Panchen Lama. Le 15 mai, le gouvernement chinois a édité une déclaration rejetant l’avis du Dalai Lama suivi le 17 mai par l’enlèvement du Panchen Lama et de ses parents dans le conté de Lhari. Personne ne les a vu ou entendu depuis. Le 29 novembre, stimulé par des motifs politiques, le gouvernement chinois a nommé Gyaltsen Norbu, en tant que 11ème Panchen Lama.

La nomination chinoise d’un Panchen Lama rival afin d’annuler le choix du Dalai Lama a suscité un ressentiment profond et répandu parmi les tibétains qui continuent à protester et appellent à la libération de Gedhun Choekyi Nyima. La pression soutenue de la communauté internationale a conduit le gouvernement chinois à admettre le 14 mai 1996 qu’il tenait Gedhun Choekyi Nyima, pour assurer la sécurité du « garçon ordinaire contre les tentatives suspectes de groupes séparatistes de l’enlever. » De nombreux membres de la communauté internationale ont demandé au gouvernement chinois de rendre compte de la disparition forcée du Panchen Lama et de ses parents. Jusqu’à présent, le gouvernement chinois n’a fourni aucune preuve quant à la sécurité et le bien-être du Panchen Lama et de ses parents.

Le système tibétain de réincarnation n’est pas défini par des nominations politiques, des élections populaires, un nom ou un statut politique. Il est déterminé par la nécessité spirituelle de continuer la lignée spécifique afin de mener à bien les enseignements de l’ancien porteur du lignage. La reconnaissance de la réincarnation à travers le système tibétain traditionnel implique des manifestations de signes particuliers, des prophéties et des tests qui suivent des principes et des rituels religieux complexes. Le système de réincarnation politisé de la Chine a supprimé effectivement le rôle des pratiques religieuses tibétaines traditionnelles et menace la survie de l’identité tibétaine en détruisant sa religion, sa culture, ses coutumes et ses traditions. Malgré la propagande de la Chine selon laquelle le Tibet possède la liberté religieuse, on assiste a une démolition et une expulsion forcée des praticiens religieux à l’institut bouddhiste de Larung Gar qui a commencé au début de l’année 2016. Larung Gar est un exemple de la politique de la Chine d’anéantir les milliers d’années de religions tibétaines et les moeurs culturelles. Que Larung Gar soit autorisé à exister, bien que privé de la liberté de pratiquer de véritables enseignements religieux, révèle la nécessité du Parti d’utiliser l’autorité religieuse pour contrôler et subjuguer les masses tibétaines.

Le rapport spécial sur les prisonniers politiques tibétains peut être télécharger (en anglais) : ici.

L’article original traduit pour France Tibet est disponible ici.