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24/11/17 | 9 h 32 min par Dechen Palmo

COP 23 : Sommet des Nations Unies sur le Climat : avec ou sans le Tibet …?

Zamlha Tempa Gyaltsen, chercheur en environnement à l’Institut Politique tibétain.

La 23ème Conférence des Parties (COP23) ou « Sommet des Nations-Unies pour le Climat » sera organisée par le Gouvernement des Fidji. Mais à cause de problèmes de logistique pour accueillir des dizaines de délégués des 197 délégations des Etats membres, la Conférence se tiendra à Bonn en Allemagne du 6 au 17 novembre 2017. Cet événement est la plus importante Conférence sur le Climat à laquelle assistent des délégués des Gouvernements, des scientifiques, des chercheurs et des activistes du monde entier.

Les Fidji, pays de plus de 870 000 habitants, sont fréquemment frappées par des cyclones et des inondations, résultats directs du réchauffement climatique. La rapide montée du niveau des eaux menace les îles de ce pays et force les villages à s’installer sur des terrains plus en hauteur.

Loin des îles du Pacifique, le plateau tibétain se trouve lui aussi face à la brutalité du changement climatique. Une petite équipe de délégués tibétains, bien que non reconnue comme membres d’une délégation souveraine, a participé fidèlement à ces sommets depuis 1992 pour donner de la voix face à cette situation désespérée. Sa Sainteté le Dalaï Lama a été le premier de tous les Tibétains à parler de la situation au Tibet lors de l’un de ces sommets.

Pourquoi le Tibet doit être à la COP23

Le Tibet, connu comme le « Toit du Monde » est une aire écologique stratégique et critique pour le santé de la planète. Comme le monde se concentre sur l’action pour le climat à la COP23, le Tibet doit être central dans tous les progrès fait quant au changement climatique. Le Plateau, qui possède une élévation moyenne à plus de 4000 mètres d’altitude et qui couvre plus de 2,5 millions de kilomètres carrés est le plateau le plus haut et le plus étendu de la Planète. Il est aussi le lieu où se trouvent les sources des plus grandes rivières asiatiques qui sont un moyen de subsistance dans 10 des Etats où les concentrations humaines sont les plus importantes, incluant le Pakistan, l’Inde, le Népal, le Bangladesh, le Myanmar, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge, le Vietnam et la Chine.

Après les Continents Arctique et Antarctique, le Plateau tibétain, avec ses quelques 46 000 glaciers est le territoire qui possède la troisième plus grande concentration de glace sur la Terre. C’est ainsi qu’il est appelé le « Troisième Pôle » et que toute modification climatique dans cette région résonnerait dans toute l’Asie et au-delà.

Mais à cause de sa vaste surface et de son élévation extrême, la température monte deux fois plus vite sur le plateau tibétain que la moyenne constatée sur l’ensemble de la Planète. Ceci a conduit à un rapide retrait des glaciers et à une dégradation du permafrost. Selon un rapport du panel intergouvernemental sur le changement climatique (picc), 82% des glaciers du Plateau ont reculé dans les 50 dernières années. Si les choses continuent à cette vitesse, 2/3 des glaciers du Plateau auront disparu en 2050 (Tandong Tao). La rapide décongélation du permafrost provoquerait la libération d’une énorme quantité de gaz carbonés dans  l’atmosphère. Ceci pourrait ensuite exacerber la montée de la température et causer des conditions climatiques extrêmes partout dans le monde. Le plateau n’influence pas seulement le moment et l’intensité des moussons en Asie mais aussi les vagues de chaleurs en Europe qui sont liées à la recrudescence de la fonte glaciers au Tibet.

Leur rapide fonte causerait une poussée rapide des courants des rivières dans les prochaines années ce qui entraînerait des inondations et des glissements de terrain. Leurs volumes pourraient atteindre un pic d’ici 2030 et commenceraient ensuite à décliner ce qui causerait des difficultés inimaginables dans toute l’Asie.

La participation tibétaine au sommet des Nations-Unies sur le climat

Sa Sainteté le Dalaï Lama a été le premier Tibétain à participer à un sommet des Nations-Unies sur le climat lorsqu’il fut invité au sommet pour la Terre de Rio de Janeiro en 1992. Il a alors parlé du problème du Plateau tibétain et de son importance environnementale. À peu près au même moment le Bureau de l’Environnement et du Développement (BED) de l’Administration Centrale Tibétaine fut aussi créé. Depuis, le BED a travaillé sur les problèmes environnementaux du Tibet pour comprendre les conditions environnementales au Tibet, souligner l’importance globale du Plateau et travailler pour la protection de l’environnement.

Après la présence de Sa Sainteté au Sommet de la Terre, c’est en 2009 qu’un large et fort groupe de Tibétains dirigé par le BED s’est rendu à un tel sommet, c’était à Copenhague pour la COP15. Cette présence fut un succès et a conduit le Tibet a participer aux sommets suivants. Les participants tibétains, bien que n’ayant pas de droit de négociation, se sont sincèrement dévouéspour  être présents aux Conférences sur le climat de toutes les manières possibles.

Dix ans après la présence du Dalaï Lama au Sommet de la Terre à Rio, en tant que Tibétain solitaire participant au Sommet de la Terre « Rio+20 de 2012 »,  ce fut  une expérience mémorable pour l’écrivain que voici. Cette expérience a instillé un sens de l’espoir et le désir de faire toutes les petites choses que l’on peut faire pour protéger l’environnement du Tibet et contribuer au succès des négociations des Nations-Unies sur le Climat.

La participation à la COP21 de 2015 à Paris a sans doute été la plus grande et la plus brillante des participations tibétaines. Des séminaires et des évènements ont été tenus en parallèle de la Conférence, les slogans de Tibet Climate Action ont résonnés autour du globe. Sa Sainteté le Dalaï Lama a délivré un discours puissant et passionnant dans un message vidéo diffusé à la COP21. Il y disait : « Cette planète bleue est notre seule demeure et le Tibet est son toit. »

Par conséquent, le monde se doit de réparer le Toit qui fuit, au lieu de jouer à des jeux politiques sur des problèmes non-politiques comme l’écologie.

Le Tibet, la Chine et le Monde devraient être partenaires

L’environnement nous concerne tous. Il ne connaît pas de limites politiques comme le Dalaï Lama l’avait rappelé dans son message à la COP21. Sa Sainteté a aussi souligné que les problèmes climatiques du Tibet concernent non seulement les Tibétains mais plus d’un milliard de vies  humaines en Chine, en Inde, au Pakistan, au Bangladesh et dans d’autres régions au Sud de l’Himalaya. Les Tibétains ont toujours vécu avec la nature et protégé l’environnement dans lequel ils vivent, puisqu’ils ont un grand amour et un respect pour la nature.

Le Tibet a été témoin d’un nombre de catastrophes naturelles sans précèdent en 2016 : avalanches de glace, sécheresse et inondations de boue. Ceci signale un changement climatique drastique et un nouveau schéma météorologique sur le Plateau. Cette année la situation a empiré avec des inondations simultanées à travers la majorité des régions du Sud Est du Tibet, indiquant l’urgent besoin d’action.

Il y a eu quelques changements positifs ces dernières années : le monde a signé unanimement les accords de Paris en 2015 et le Président chinois Xi a donné une grande importance à l’environnement dans son discours d’ouverture du récent 19ème Congrès National du Peuple. Il semble y avoir un désir commun à tous, le peuple tibétain, le Gouvernement chinois et la Communauté internationale de travailler ensemble pour un futur plus vert et plus durable. Ceci est possible et nécessaire.

Il est temps pour le Gouvernement chinois et pour le Monde d’être à la hauteur de leurs promesses en combattant le réchauffement climatique et en protégeant l’environnement. Pour un réel effort de lutte contre le réchauffement, la protection du plateau tibétain est de première importance. Selon V. Ramanathan, scientifique spécialiste de l’atmosphère, « notre compréhension du réchauffement climatique serait incomplète si nous  ne prenions pas en considération ce qui se passe sur le Plateau tibétain. »

L’environnement devrait être considéré comme un problème apolitique sur lequel le Peuple tibétain et le Gouvernement chinois peuvent travailler ensemble. Nous devons respecter et consulter chacune des deux parties sur tous les problèmes environnementaux concernant le Plateau tibétain.

La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) devrait :

  • lancer une étude scientifique pour mieux comprendre les impacts du changement climatique sur le Plateau ainsi que le rôle critique du Plateau sur la possibilité de contrecarrer les effets de cette transformation. De telles études informeraient et permettraient aux Tibétains, au Gouvernement chinois et à la Communauté internationale de protéger, atténuer et de s’adapter aux changements climatiques sur le Plateau tibétain.
  • Reconnaître l’importance du plateau tibétain et le leaders du monde qui se rassemblent à Bonn doivent mettre le Tibet au centre de leurs discussions sur le climat.

Pour éviter une catastrophe socio-environnementale, le monde doit mettre de côté les jeux politiques et agir maintenant pour protéger le fragile écosystème du Plateau tibétain. C’est ainsi que la participation et la voix des Tibétains à ces sommets est nécessaire.

Traduction France Tibet

article du 3 novembre 2017

TIBET: Environment and Development