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23/07/17 | 18 h 15 min

Comment le Tibet a été transformé en une prison infernale

Une cérémonie marquant le 50ème anniversaire de la fondation de la « Région Autonome du Tibet » qui s’est tenue sur la place du Palais du Potala à Lhassa. Photo: Reuters (2015)

Des milliers et des milliers de personnes ont été conduites en prison comme des moutons, des innocents fauchés comme les blés, roulés comme le papier, tannés comme du cuir, enfermés dans les fosses sombres des donjons. Ils ont été attachés avec des câbles d’acier lorsqu’il n’y avait plus de menottes ou des fers disponibles, leurs chaussettes et leurs ceintures confisquées, obligés de porter des cagoules noires. Ils ont été soumis aux châtiments des battes en bois ou en fer, aux machines électriques ou mécaniques, à un degré de tourments que l’on pourrait voir seulement dans le pire des enfers. Il ne s’agissait pas seulement de les enfermer. Avec une malice délibérée, ils ont frappé les parties génitales de ceux qui enfanteraient la prochaine génération, les laïques, et les organes vitaux de ceux qui ne le feraient pas, les moines.

Les hommes de main du seigneur de la mort crachaient leur bile menaçante : « Nos fusils ont été fabriqués pour vous tuez vous autres Tibétains. Si tu avances d’un seul pas, je t’abats et ton cadavre sera jeté sur un tas d’ordures. » (tels sont les mots du moine Jigmé du Labrang ainsi qu’il ont été rapportés par le service des langues tibétaines du site web Voice of America.)

Détruire la dignité des personnes en les accrochant tête à l’envers depuis le plafond des cellules tout en les frappant sur le front est quelque chose qu’on ne s’attendrait à voir que dans un film sur les atrocités fascistes ou nazies. Sans oublier que : « les prisonniers chinois sont autorisés à apprendre à lire et à écrire mais pas les tibétains… Ceux là n’ont le droit que de se parler les uns aux autres en chinois, pas même dans leur propre langue. Ils ne sont pas autorisés à exprimer leur identité. » – extrait de « Séquence de Tortures  » – A Sequence of Tortures – de Jamyang Kyi. Certains ont même décrit les privations de sommeil durant des jours et des nuits d’interrogatoires pour casser la volonté des prisonniers. Quant aux attaques physiques, aux coups et aux blessures, ils ne sont qu’une toute petite partie des tourments endurés.

Comme on peut le lire dans  » Ecrit en lettres de sang  « – Written in Blood – de Te’urang : « La chose la plus dure à endurer, ce n’est pas la torture physique mais l’invasion jusque dans les pensées. » Jamyang Kyi écrit quant à lui dans Séance de Tortures : « Un jour pendant un interrogatoire, il m’est soudain venu à l’esprit que plutôt que de passer à travers cette épreuve, je préférerais être tué d’une balle dans le crâne. Ma famille et mes proches pourraient être en colère, mais pour moi au moins ce serait fini. » Ce genre de tortures auxquelles on préférerait échapper en mourant plutôt que de les endurer, ces tortures constantes, impensables, ont conduit à la mort de nombreux braves Tibétains, au courage sans limite, à travers des mutilations corporelles et psychologiques.

La torture consistant à priver quelqu’un de nourriture et d’eau, dans le but de le transformer en fantôme affamé, le conduit à la frontière de la vie et de la mort. Et pour ceux qui ne meurent pas de faim, le tourment de la soif a conduit « plus de 60 d’entre nous à boire leur propre urine »  dans « Le courage des empereurs »-  The Courage of the Emperors – de Gartsé Jigmé).

Cette brutalité inhumaine consistant à torturer des gens par la faim et la soif n’est pas différente de celle traversée dans les époques passées. Non seulement un nombre incalculable de personnes sont mortes de faim, mais les vivants aussi devaient faire face à la douleur : « À travers les flammes brûlantes de la souffrance de la faim, même le Bacha [un gâteau fabriqué à partir des restes des graines pressées pour faire de l’huile] et le Pukma [la balle des grains récoltés] que l’on donnait habituellement aux chevaux, aux ânes et au bétail se transformaient en mets nutritifs et devenaient durs à obtenir. Pour augmenter la quantité de nourriture disponible et soulager la faim, ceux qui tenaient des cuisines communautaires utilisaient non seulement des herbes comestibles mais aussi des écorces d’arbres, des feuilles, des racines et des grains non comestibles, les préparaient, les mixaient avec quelques céréales pour en faire une bouillie immonde mais nourrissante. Finalement, même ceci fut limité, il n’y en eu plus assez pour que l’on mange à satiété. » (Pétition en 70 000 caractère)

Ainsi quand les tourments de la faim dépassaient toutes limites, on disait de ceux qui étaient en prison qu’une « queue leur était poussée » (c’est à dire qu’ils étaient devenus comme du bétail herbivore, un terme tiré de  » Vent Rouge Enragé  » – Raging Red Wind – de Tsering Dondrup. Des choses bien pire arrivaient même : « Pendant la famine de 1958, puisqu’il était taxé de « réactionnaire », on lui a donné comme travail de débarrasser les corps. Un jour, un de ses amis qui était sur le point de mourir de faim lui demanda de lui apporter de la chair humaine. Il essaya une ou deux fois mais ne trouva pas de chair à lui rapporter car les morts étaient tous morts de faim et leurs corps n’avaient que la peau sur les os, aucune chair. Un jour il en trouva un peu et la ramena. Le jour suivant son ami lui dit : « Cette viande que tu m’as apportée hier, je l’ai cuisinée avec de l’écorce de saule et j’ai bu la soupe, et j’ai particulièrement bien dormi la nuit dernière. »  » Le courage des empereurs ».

Ou encore : « Les prisonniers affamés allaient jusqu’à manger de la viande découpée sur des cadavres. » « Ma Patrie et la Libération Pacifique »- My Homeland and the Peaceful Liberation- de Jamdo Rinsang.

Alors n’est-ce pas comme revivre les années où sous l’effet de la faim nous n’hésitions pas à manger de la viande humaine ? Tout au long de l’histoire du peuple tibétain, loin de devoir boire sa propre urine ou manger de la chair humaine, on ne trouve aucune trace d’une famine qui aurait conduit les gens à mourir de faim. Cette horreur totale de l’histoire récente est seulement due à ceux qui clament haut et fort qu’ils ont toujours « servi le peuple. »

La cour des châtiments en enfer

usqu’à présent, les Tibétains célèbres, savants, courageux et clairvoyants ont été faussement accusés par les dictateurs et punis par la privation de libertés. Par exemple, le 10ème Panchen Lama qui leur exprimait des louanges et des flatteries sans limites, disant des choses comme : « dans le cas de notre propre région du Tibet, nous sommes sur le point de transformer l’ancienne société en une nouvelle, de passer des ténèbres à la lumière éclatante, de la souffrance au bonheur, de l’exploitation à l’égalité et de la pauvreté au progrès. Nous avons entamé un âge d’or de notre histoire. » (Pétition en 70 000 caractères), fut lui-même enfermé pendant près d’une décennie.

De même, on ne voit pas finir les sentences et les emprisonnement injustes de gens capables, en cette année aussi, au nom de la Révolution pacifique, plus de 200 personnes ont déjà été condamnées, comme on a pu le voir sur les rapports non officiels publiés sur Internet. Puisqu’il s’agissait de contourner des lois édictées par les dictateurs avec l’unique intention de préserver la mainmise sur le pouvoir, on peut y voir une continuation des pratiques de persécutions légales en violation des principes moraux. De temps en temps, les régimes autocratiques font passer divers édits légaux, dans le but de consolider leur pouvoir, qui violent les valeurs universelles. Ces édits qu’ils tiennent pour vitaux sont précisément infernaux pour ceux qui chérissent la liberté, l’égalité et la démocratie.

Il y a quelques années, le 11ème Panchen Lama, alors âgé de 5 ans, a été placé en résidence surveillée. Photo: AP

Alors que les détenus arrêtés pendant la révolution pacifique étaient soumis à une discipline brutale et de terrifiantes intimidations, on les interrogeait quant à l’organisation à laquelle ils appartenaient, quels étaient leurs plans, qui les supportaient, qui étaient leurs collaborateurs… Et quand ces investigations ne portaient pas leurs fruits, des innocents étaient et continuent d’être inculpés sous des chefs d’accusation quelconques issus des édits infernaux et persécutés en secret. Du début à la fin, leurs crimes étaient définis simplement comme : « cherche à diviser le pays », « cherche à renverser l’autorité de l’état », « fuite de secret d’État » et ainsi de suite. Les dictatures sont généralement très sensibles à tout ce qui concerne « l’État » et « l’autorité de l’État », vus comme vitaux. Et quiconque tenterait de les mettre en péril serait puni d’une peine de prison allant de quelques années à l’exécution. Comme le dit le dicton chinois : « si la tête est attachée, le corps tremblera » (de peur). Les dictatures ont toujours et avec grand respect combiné leurs intérêts propres avec ceux de « l’État » et de « l’autorité de l’État » et usent constamment de ces termes pour renforcer leur pouvoir sur les peuples. Pour eux, les problèmes rencontrées en cette année de Révolution pacifique n’avait rien à voir avec « des problèmes de nationalités, des problèmes religieux ou liés aux droits de l’homme mais avec des problèmes liés à l’autorité de l’État. » Et quiconque se retrouve inculpé pour s’être opposé à un principe de base de leurs lois, comme « l’autorité de l’État », devient ce que l’on pourrait appeler un « prisonnier politique. » Lorsque l’on se retrouve accusé « de menacer l’État et l’autorité de l’État » cela veut dire en réalité que l’accusé est suspecté d’être une menace pour le pouvoir des dictateurs.

Dans un État totalitaire, il y a de nombreux exemples de crimes qui ne seraient jamais considérés comme tels dans le reste du monde, comme les attaques politiques pour lesquelles un garçon de 5 ans et un vieillard de 81 ans ont été emprisonnés. Il y a quelques années le Panchen Lama, âgé de 5 ans, a été placé en résidence surveillée et cette année l’imprimeur de livres religieux Peljor Norbu, âgé de 81 ans, a été condamné à sept années de prison. Non content de voler la jeunesse, à ceux qui ont juste commencé à expérimenter les joies et les peines de la vie, de la liberté, cet État totalitaire recours à procédés juridiques aussi barbares que de poursuivre avec insistance un homme de 81 ans en violation de toutes les normes morales, naturelles et humaines ? Le plus jeune et le plus vieux prisonnier politique du monde peuvent être trouvés au Tibet. C’est parce que le peuple tibétain est du bétail humain qu’il a à endurer le fardeau d’un tel emprisonnement. Et c’est parce que les têtes des Tibétains sont faites en pierre qu’ils doivent être étiquetés avec de fausses accusations.

Le champ de bataille terrifiant.

Depuis que la Révolution pacifique a éclaté, toutes les plaques tournantes et les carrefours ont été transformés en places armées, des armes à feu et de l’artillerie ont été mises en place, une atmosphère qui vous fait dresser les cheveux sur la tête. La police patrouille dans les villes et les monastères qui sont remplis d’informateurs, la peur et la terreur sont partout, des tireurs d’élite sont dissimulés, couchés sur les toits, et au coin des rues des espions attendent, la peau se hérisse et les os tremblent.

Quiconque se rend en ville ou visite un monastère est fouillé, questionné et enregistré sous la menace d’un canon, on tremble et on s’agite. Les moines sont le plus souvent forcés de retourner dans leurs villages, les villageois confinés dans leurs maisons, les lignes téléphoniques et Internet sont sur écoute et surveillés, de près ou de loin tous ont été réduits à la paralysie et au désespoir. Le jour, ils rôdent comme des chacals et des loups, la nuit, ils se meuvent en cachette comme des voleurs, faisant des raids soudain dans les monastères et les maisons, recherchant de la cour aux étages et des étages à la cour des photos du Dalaï Lama, des armes cachées, de l’argent ou des objets de valeur pendant qu’ils y sont. Ils jettent les photos du Lama par terre et les foules au pied.

Ils l’appellent la « bête au visage humain » et le « loup en robe de moine. » Ils montrent les signes à la fois de l’intoxication et de l’affliction (venant des soldats de l’Armée Rouge avec des têtes mais sans cerveaux, abreuvés à l’eau de vie de la « Mère-Patrie » et de la « Grande Chine », ce n’est pas tellement surprenant.) Quand ils voient les outils des Dharmapala (les divinités courroucées du bouddhisme tantrique, ndt) dans les chapelles des protecteurs, ils parlent de preuves d’armes cachées et les confisquent. Ils montrent tous les signes de l’idiotie et de la stupidité, ils persistent dans leurs allégations invraisemblables qu’ils savent être fausses. Ils croient ce qui est vrai et ce qui est faux, mangeant les momos (raviolis cuits à la vapeur, ndt) à moitié cuits directement dans la casserole comme des gangs de bandits et de voleurs, oeuvrant tous ensemble.

Et voilà que plus aucun Tibétain n’a le droit de réserver une chambre d’hôtel dans les villes chinoises, et on les accueille aux aéroports avec l’ordre d’enlever leurs chaussures et leurs chapeaux. On ne leur donne pas leurs tickets et on n’accepte pas leur argent. Sous l’influence d’une propagande fallacieuse, on les regarde avec un mélange de peur et de dégoût et tout le monde est dans un état de suspicion prudente. Pour faire simple, les Tibétains dans leur ensemble sont vus comme des terroristes et sous la pression cela inclut même les enfants trop jeunes pour comprendre.

En fait, ce n’est pas la première fois que le Tibet est transformé en un champ de bataille terrifiant. Depuis toujours, sous la coupe des régimes dictatoriaux, les attaques, les luttes, les arrestations et les détentions qui accompagnent chaque campagne politique rend les êtres humains incapables de bouger, de parler ou de penser et, dans la peur constante, ils deviennent pareils à des morts-vivants. C’est ce qui est arrivé il y a 50 ans à travers les moyens les plus inhumains comme on peut le constater dans ces différents témoignages que l’ont dirait tirées de films : « Plus de dix jours plus tard, la vallée entière était couverte de corps d’hommes et de chevaux tués dans les combat à Kyépur Nakdzup ainsi des enfants orphelins et des anciens incapables de partir ailleurs. De nombreuses visions d’horreur terrifiantes étaient visibles, les blessés se tordaient de douleur parmi les morts, les bébés continuaient de téter le sein de leurs mères mortes » (Ma Patrie et la Libération Pacifique, Jamdo Rinsang)

Ceux que l’on disait « rebelles » étaient conduits dans des prisons infernales où ils étaient traités bien pire que des animaux, comme en témoignent des Tibétains dont il est impensable qu’ils aient pu inventer de pareilles horreurs : « le jour d’après on nous a attachés suspendus aux feux arrières d’un camion pour que nos pieds ne touchent pas le sol. Ils nous ont emmenés comme ça jusqu’à Chabcha. » Ou encore : « ils nous ont fait traverser Troka. Sur la route trois personnes dans notre camion sont mortes. Alors que le véhicule roulait à grande vitesse, les cadavres furent jetés au sol. »(Écoutant ma patrie ( en : Listening to my Homeland), Jamdo Rinsang).

Parmi les prisonniers, ceux qu’on a conduits à la mort par maltraitance, passage à tabac ou famine sont en nombre incalculable et la façon dont on les a torturés et terrorisés peut être vue dans ce témoignage : « Beaucoup ont eu les membres paralysés, leurs jambes attachées à leurs hanches et les bras à leur poitrine. On leur demandait de redresser leurs membres, les soldats attachaient des cordes autour de leurs bras et de leurs jambes pour les écarteler et beaucoup sont morts de douleur. » (Ma Patrie et la Libération Pacifique).

Une vieille femme disait : « On m’a tiré dans la cuisse droite (considéré comme un centre de vitalité) et je ne peux plus me lever et marcher. Mais ils m’ont emportée sur un brancard. Je me suis battue » et ce combat a duré jusqu’à ce que « la chute soit près d’arriver. » « Aku Kalden-tsang voulait récupérer les os de sa mère décédée et a demandé à les avoir. Les soldats de l’Armée Populaire de Libération lui ont dit : « Si on te mettait les os de ta mère dans ta bouche, les mangerais-tu ? Pourquoi veux tu les garder ? » et ils l’ont battue. » (Vent Rouge Enragé, de Tséring Dondrup).

Ils ont montré une cruauté complète et épouvantable, il est difficile d’en entendre parler, encore moins d’en être témoin, le ciel lui même ne peut pas en contenir autant . En prison : « Les lamas ont été obligés de porter les cadavres des prisonniers morts, qu’ils jetaient depuis un ravin un peu plus loin. La façon qu’ils avaient de jeter les corps était la même que l’on utilise dans les grandes villes de nos jours pour compresser les ordures. Le ravin s’est retrouvé presque rempli. Ils ont été amoncelés les uns sur les autres. Une moyenne de quatre personnes mourrait dans chaque équipe de travail chaque jour et il y avait vingt équipes. Un jour, alors que la ravin était presque plein, une sorte de bulldozer est venu, a creusé la terre et a complètement enterré les piles de cadavre. L’excavation laissée par la terre utilisée était en elle-même un petit ravin et ils l’ont alors utilisée pour jeter aussi des cadavres mais ils l’ont remplie en seulement deux ou trois jours. Alors ils en ont creusé une autre juste à côté qu’ils ont aussi remplie. Je sais qu’il y a eu au moins 15 autres de ces petits ravins dans chacun desquels il devait y avoir au moins 250 corps. »

Rien ne pourrait être pire que tout cela, mais prenez la question des armes : la communauté internationale a réussi à bannir, pour des questions humanitaires, l’utilisation de certaines catégories d’armes pendant les conflits à travers des traités comme le balle Dum-dum (munition à expansion, ndt) ou les armes chimiques. Pourtant l’armée nationale du régime autocratique a utilisé et testé de telles armes au Tibet, qui s’est transformé un champ de bataille terrifiant : [parlant de balles tirées sur des civils] « pendant le soi-disant « soulèvement » [de 1958] si vous pressiez la plaie laissée par les balles, il n’y avait rien de plus qu’une petite dépression, car elles avaient traversées le corps et étaient ressorties de l’autre côté. » « Un jour, que ce soit à cause de la famine ou à cause d’un nuage de vapeur chimique, je ne sais pas, les sens et les perceptions des hommes et du bétail devinrent émoussés. Certains disent que c’est le genre de poison utilisé lors des conflits armés. » S’ils utilisent même des armes bannies internationalement et des armes toxiques, qui pourra encore nier qu’ils ont et continuent de transformer le Tibet en un champ de bataille terrifiant ? Depuis l’extérieur on peut voir qu’il n’y a pas de terroristes plus grands qu’un régime totalitaire.

Qu’est-ce que le terrorisme si ce n’est forcer et tuer le peuple, le tromper et le stupéfier, infliger douleur, mépris et tourments dans une intention cruelle et sans pitié tout en le laissant sans arrêt dans la peur ? Tout ce qu’il y a dans le totalitarisme se retrouve dans le terrorisme. En particulier l’horreur qui est celle d’enterrer les corps de Tibétains ordinaires, de faire taire les plus éminents d’entre eux, de sceller l’esprit de la population… Les méthodes du terrorisme d’État ont été pratiquées depuis plus de cinquante ans, comment peut-on nier, alors, qu’elles en sont le terreau ? Si l’hypocrisie méprisable consistant à tendre une brique de thé, un sac de farine et quelques Yuan rouges comme « assistance » au pauvre en façade n’a jamais acheté le sens inné du courage guerrier et de la solidarité montagnarde des Tibétains, comment les choses changeraient-elles maintenant ?

En bref, il y a deux sortes de raisons pour moi d’être triste : la première est que jusqu’à maintenant les Tibétains n’ont pas développé la croyance universelle du respect envers les valeurs de liberté, d’égalité et de démocratie. Et sans cette vue universaliste, cette façon de penser, cette conscience et son application pratique qui sont les racines, la fondation et la condition de ces valeurs, ils n’auront accès qu’aux vues des Bouddhas et des Bodhisattvas, pas celles des vivants de ce monde. Ils auront des pensées pour l’ensemble des êtres vivants, mais pas pour leur peuple et leur lignée. Ils n’auront conscience que des royaumes spirituels mais pas de leur territoire. Ils n’auront que les pratiques de la prise de refuge et de prosternations devant les éveillés, pas celles visant à acquérir la liberté et l’égalité Ils n’auront le sens que de l’autorité royale, pas celui de leurs droits et de leurs valeurs propres. Ils n’auront d’inclination qu’envers les mondes des dieux et des esprits et pas vers celui des êtres humains et du monde séculier. Faisant face à ces choses qu’ils ont et qu’ils n’ont pas, qui s’excluent les unes et les autres, ils ont dû souffrir les conséquences dont nous avons parlé. Deuxièmement le résultat karmique de cela a été que les totalitaires ont transformé le Tibet en abattoir du seigneur de la mort, en prison infernale, en cour des châtiments infernaux et en un champ de bataille terrifiant en suivant la politique monopartite, la suppression des sociétés individuelle et civile, la politique de restriction de l’expression publique et en trompant les masses, en tenant le pouvoir par la force et à l’extrême en supprimant certaines personnes et ce non seulement maintenant ,mais depuis plus de 50 ans.

« Qu’est ce qu’il me reste ? Pas même le droit de vivre une vie simple en toute liberté. Je dois faire attention à ceux qui veulent tuer, à ceux qu’ ils veulent arrêter. Ils font ce qu’ils veulent de nous, nous qui n’avons aucune liberté… En aucune façon nos vies ne seront épargnées… Nous qui n’avons pas la moindre petite liberté, ni un semblant d’égalité. C’est ainsi que les Tibétains croupissant en prison appellent. » Ce sont les mots du jeune poète Yung Lhundrup : « Je me considère comme un chanteur qui met les sentiments des Tibétains en chanson », les sentiments de ceux qui sont morts et qui laissent derrière eux beaucoup « de lamentations d’une valeur inestimable » comme : « Liberté, liberté recherchée/tu veilles sur nous, advienne que pourra… » tiré de  » Tibétains croupissant en prison »( Tibetans Languishing in Jail).

Tout le Tibet a été transformé en prison, la brutalité des massacres pour éliminer toute la population, les tourments de l’emprisonnement auxquels ne survivent que dix pour cent des prisonniers. « Sur les 1000 enfants et les 600 anciens, à part quelques uns qui ont trouvé refuge chez des parents, il ne restait que 50 enfants dans les trois équipes de travail et quelques 10 anciens. Tous les autres étaient morts en moins de six mois, ou pour être plus précis en l’espace de deux ou trois mois » (Le destin d’un enfant de Naktsang ( en : Fortunes of a Naktsang Kid) de Naktsang Nulo) le joug du système judiciaire injuste et immoral, l’agonie des fantômes affamés réduits à manger des excréments et de la viande humaine, la continuation de telles horreurs dignes des enfers de nos jours, sont autant de causes de ma tristesse intense.

(Extraits cités avec la permission de Speaking Tiger Books.)

Traduction France Tibet