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19/09/16 | 13 h 34 min

Tibet : Omerta sur la mort d’une jeune femme

Tsering_Tso_Lhadhey

La grand-mère et la mère de Tsering Tso

Tsering tso était une femme douce et travailleuse qui subvenait aux besoins de sa famille en élevant des yaks et en récoltant des champignons chenille dans les hautes prairies du Tibet (“yartsa gunbu” en tibétain, très prisés en médecine chinoise).

Âgée de 26 ans, elle a été retrouvée en Octobre de l’année dernière pendue à un pont d’une petite ville près de chez elle.

Elle avait été dernièrement aperçue avec un moine bouddhiste local et deux policiers. Sa famille et les villageois ce sont immédiatement rendus au poste de police de Chalong pour obtenir d’avantage d’information. Les autorités leur ont affirmé qu’il s’agissait d’un suicide. Incrédules et devant le refus de la police d’enquêter sur la mort de la jeune femme, la foule en colère a occupé le poste de police toute la nuit, enfonçant les portes et brisant les fenêtres.

La réaction des autorités fut brutale, montrant à quel point la répression dans les régions tibétaines est importante et comme la moindre protestation y est perçue comme une menace.

Le 10 Octobre, 5 jours après la découverte du corps, des centaines de soldats armés ont débarqué à l’enterrement de Tsering Tso dans le hameau reculé de Raghya,province Ouest du Sichuan.

Les témoins déclarent que plus de 40 personnes ont été ligotées, battues avec des matraques en métal et jetées “comme des cadavres” dans un camion pour être mis en détention. Une lettre ouverte de la communauté au président chinois décrit la scène en disant qu’il y avait tellement de sang que “même une meute de chiens sauvage n’aurait pu tout laper”.

La plupart des détenus ont été libérés dans les semaines et mois suivants, et même si il n’y avait aucun mort à déplorer, beaucoup ont dû être hospitalisés.

Le 20 Mai de cette année 5 membres et proches de la famille ont été condamnés à 20 ans de prison, apparemment pour avoir refusé de signer une déclaration qui affranchissait la police de toute responsabilité concernant la mort de Tsering Tso.

Cette version des faits a été contestée par le bureau de sécurité publique du comté de Garza qui a déclaré que les condamnés étaient armés de couteaux, tuyau en métal et pierres et avait causé plus de 10 000 dollars de dégâts. Les seuls preuves fournies de ce qu’ils qualifient “d’attaque en groupe sur organisme d’Etat” étant des photos montrant des hommes grimpant par dessus la porte et seulement deux fenêtres cassées.

Les proches de la famille interviewés par le Washington post doutent de la véracité de l’investigation, si elle a eu lieu. Personne ne nie que quelques pierres ont été jetées sur les voitures et le poste de police. Mais cet acte a valu à la communauté entière d’être accusée de séparatisme; un crime sévèrement puni qui implique un soutien au Dalaï Lama et l’indépendance du Tibet.

Depuis la connexion internet a été coupée dans le canton, et la famille de Tsering menacée de davantage de poursuite si elle communiquait avec des étrangers. Le village, quelques tentes plantées sur une prairie où paîtrent des yaks, s’est vu refuser les aides du gouvernement pour bâtir des routes et des maisons pour les trois ans à venir en raison de son “mauvais comportement”.

La famille insiste que sa motivation n’est ni politique ni ethnique , elle n’a aucun grief contre l’administration centrale. Tout ce qu’elle souhaite c’est connaître la vérité sur la mort de la jeune fille et la liberté pour les 5 personnes emprisonnées.

“Ma fille était heureuse et en pleine forme, elle ne se serait pas suicidée” déclare sa mère âgée de 48 ans Adhey, assise sur l’herbe et retenant ses larmes avec sa mère de 82 ans et ses deux jeunes fils.

“Ma fille adorée a été assassinée et au lieu de rendre justice à une innocente, le gouvernement en a envoyé d’autres en prison.”

Golog Jigme réalisateur et ancien prisonnier politique maintenant exilé en Suisse, voit dans l’incident de Chalong la symptomatique de l’instabilité du Tibet : »Ce n’est pas le Dalaï Lama ou des étrangers qui cherchent à créer des problèmes, les problèmes viennent vraiment de la situation sociale”.

Le soir du 4 Octobre la jeune fille avait reçu un appel de son petit copain le moine qui lui disait qu’il se sentait malade et qu’il voulait qu’elle le rejoigne. Son père l’avait ensuite conduite et laissée en compagnie du moine en train de boire et des deux policiers.

Bien que l’autopsie conclut à un suicide, les habitant sont sceptiques. Certains disent avoir vu des bleus sur son corps et un docteur aurait rapporté une plaie à la tête ainsi que son cou brisé. Ils disent aussi que ses vêtements semblaient avoir été remis post mortem. Le moine, ayant pour réputation d’être un homme à femmes, a depuis disparu.

Le rapport officiel affirme que les deux policiers ne peuvent être mêlés à l’affaire puisqu’ils étaient en service au moment des faits, mais les villageois insistent qu’ils étaient bien en train de boire avec le moine et suspectent qu’ils ont été couverts par leurs supérieurs.

Au lieu d’enquêter la police a appelé l’armée.

Alors qu’ils arrêtaient les suspects, les soldats ont saccagé les maisons des parents, « ils ont tout cassé et éventré les sacs de riz et de beurre », a déclaré un parent. « Nous n’avions vu ce genre de brutalité que dans les documentaires télévisés sur l’occupation japonaises. »

Les autorités ont confisqué les photos de Tsering Tso – vérifiant même les téléphones mobiles. Un membre de la famille a montré les cicatrices d’un passage à tabac sur sa tête. Libéré des semaines après, il avait été averti par les autorités de ne pas parler à personne, mais il refuse de se taire.

Il dit qu’un autre parent marche en boitant après avoir été battu; un troisième, un moine bouddhiste, a été battu si fort sur la tête qu’il saignait d’une oreille et n’arrive plus à marcher aujourd’hui. Les membres de la famille qui travaillaient pour le gouvernement ont perdu leur emploi.

La déclaration officiel de la police se contente de dire que 44 personnes ont été invitées à comparaître.

De nombreux Tibétains ont trop peur de dénoncer publiquement ces injustices, mais les communautés autour de Chalong ce sont réunis pour écrire une lettre ouverte sur l’incident. La lettre, d’abord obtenu par Golog Jigme, a été écrite au nom de 700 habitants dans 13 communautés de la région.

Cette lettre commence ainsi: « Ces jours-ci le parti communiste chinois déclarent fièrement qu’ils construisent un Tibet parfait à quel point les tibétains sont libres et heureux en Chine, mais nous n’avons maintenant pas d’autre choix que de montrer au monde un exemple concret de la réalité, des souffrances endurées par le peuple des trois régions du Tibet sous l’oppression chinoise.  »

La lettre se poursuit en expliquant comment les responsables locaux du Parti utilisent la force pour intimider les habitants et se termine par un appel au président chinois d’enquêter et de réparer les injustices.

La campagne internationale pour le Tibet pense que l’incident révèle l’ampleur de l’impunité des fonctionnaires et de la police au Tibet, et le fait qu’il ait fallu si longtemps pour que l’information parvienne au monde extérieur montre à quel point la circulation de l’information est limitée. L’organisation Free Tibet dit qu’il « illustre clairement non seulement la brutalité de la vie sous l’occupation chinoise mais aussi sa nature arbitraire et illogique. »

Traduit par Maxime Belhache pour France Tibet