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07/11/17 | 17 h 14 min par Tom Phillips à Pékin

Xi Jinping affirme son intention de rester au pouvoir en annonçant un bureau politique inchangé

Le président chinois dévoile la composition d’un cabinet ministériel 100% masculin, mais à la base, aucun membre du parti n’est assez jeune pour succéder à Xi Jinping à l’issue de son second mandat.

Xi Jinping a entamé son second mandat en tant que dirigeant de la deuxième puissance économique mondiale en s’engageant à promouvoir « la grande régénérescence de la nation chinoise » et en affirmant son intention de dominer la politique chinoise pour les décennies à venir.

Sous les flashes des caméras, juste avant midi mercredi dernier, Xi, à la tête d’une délégation rassemblant 6 camarades au Palais de l’Assemblée du Peuple, a dévoilé la nouvelle ligne du haut conseil qui régit la Chine – à savoir le comité permanent du bureau politique du Parti Communiste Chinois.

Les sept omnipotents : voici les hommes qui composent le nouveau bureau politique chinois

« C’est ici, au nom du comité central nouvellement élu, que je veux adresser mes sincères remerciements à tous les autres membres du parti pour la confiance qu’ils ont placée en nous. Nous travaillerons diligemment pour accomplir notre devoir, remplir notre mission et être dignes de leur confiance, » a déclaré Xi dans un discours de 21 minutes qui marque le début officiel de son second mandat.

Il est important de constater que ce groupe essentiellement masculin ne comprend aucun successeur potentiel – puisque cinq de ses membres âgés de 60 à 67 ans – n’est assez jeune pour prendre la succession de Xi à la fin de son second mandat, en 2022, et par conséquent de gouverner pendant la décennie d’usage.

Le Parti Communiste Chinois intègre l’idéologie de Xi Jinping dans la constitution.

Le mystère qui enveloppe la politique chinoise est tel que les identités des nouveaux membres du comité permanent n’ont été révélées qu’au moment où Xi Jinping les escortait jusqu’à une estrade recouverte d’un tapis rouge.

Parmi les membres du comité d’élite, aux côtés de Xi et du Premier Ministre Li Keqiang, on peut citer : Li Zhanshu, 67 ans, Han Zheng, 63 ans, Zao Leji, 60 ans, Wang Yang, 62 ans et Wang Huning, 62 ans.
« Je n’arrive pas encore à admettre que la seconde économie de la planète, qui vient d’affirmer son rôle en tant que leader mondial, soit pratiquement aussi opaque que le système politique Nord-Coréen, » a déclaré Jude Blanchette, expert en politique chinoise auprès du groupe de recherche du Conference Board de New York.

« Je trouve cela absolument frappant et d’une certaine manière presque inacceptable de la part d’un système qui veut jouer un rôle aussi fondamental dans la guidance et les orientations du 21ème siècle ».
L’appareil de propagande chinois a pourtant présenté le show politique de la semaine dernière comme un modèle de transparence et de démocratie.

Pourtant, un grand nombre de media occidentaux chargés de couvrir les évènements ont irrité Pékin et ont été exclus des manifestations de mercredi dernier sans aucune explication ; parmi ceux-ci la BBC, le Financial Times, The Economist, le New York Times et le Guardian.

Avec cette modification de la constitution, Xi Jinping devient le leader chinois le plus puissant depuis Mao

Dans son discours, Xi Jinping a esquissé sa vision de ce qu’il appelle une « nouvelle ère » pour la Chine, une ère durant laquelle un Parti Communiste renforcé er purifié jouerait un rôle de plus en plus important dans la restitution au pays de ses gloires anciennes.

« Je suis convaincu que la grande régénérescence de la nation chinoise deviendra réalité, » a-t-il déclaré, exhortant son parti à devenir la « colonne vertébrale  de notre nation.»

« Nous ne devrions jamais envisager l’idée de reprendre souffle ou de faire une pause. A l’inverse, nous devons continuer à nous débarrasser de tout virus érodant le tissu du parti, faire des efforts importants pour renforcer un environnement politique intègre et générer des ondes d’énergie positive dans notre parti afin de pouvoir construire une force nationale puissante qui puisse mener la Chine vers le développement et le progrès. »

Xi s’est aussi engagé à opérer une avancée radicale « pour éradiquer la pauvreté », « pour ouvrir encore plus la Chine au monde » et a évoqué le rôle plus affirmé et plus actif que Pékin devrait jouer sur la scène mondiale dans les années à venir.

« Avec confiance et fierté, le peuple chinois sera inébranlable dans sa volonté de promouvoir la souveraineté, la sécurité et les intérêts du développement » a –t-il affirmé.
La révélation du nouveau conseil politique chinois est survenue un jour après la fin du 19ème congrès du parti, un sommet politique d’une semaine au cours duquel Xi s’est posé en tant que leader le plus important du pays depuis son fondateur révolutionnaire Mao Zedong.

Mardi dernier, la philosophie politique éponyme de Xi a été inscrite dans la constitution du parti aux côtés de celles de Mao et Deng Xiaoping, l’architecte de l’ouverture au monde de l’économie chinoise. Les experts considèrent que cette avancée capitale et hautement symbolique place Xi dans une position virtuellement imprenable au pinacle de l’organisation qui ne compte pas moins de 89 millions de membres. Ayant échoué à désigner un successeur, il est susceptible de tenir les rênes de la politique chinoise jusque dans les années 2030.

Xi étant à l’orée de son second, et peut-être plus dernier mandat de 5 ans, on peut s’interroger sur ce que réserve la prochaine étape de l’ère Xi.
Ses partisans prétendent qu’ayant mené une féroce campagne anti-corruption à l’encontre de ses rivaux et ayant consolidé son emprise sur le parti durant son premier mandat, Xi va maintenant se consacrer à des réformes plus étendues de l’économie chinoise.

« Je pense que les vraies réformes viennent de commencer » a déclaré Wang Wen, un intellectuel pro-establishment, membre d’un thinktank associé à l’université de Renmin.
Wang a affirmé que Xi entamerait son second mandat avec « beaucoup plus d’autorité » et une plus grande capacité à mettre en œuvre son projet pour la Chine.

Cet optimisme a été relayé par l’organe du parti mercredi dernier, alors que les cadres se pressaient pour couvrir d’éloges leur leader tout-puissant. « Nous sommes convaincus que si le peuple, à travers le pays, se retrousse les manches sous la guidance de la Pensée de Xi…., nous entrerons de plain pied dans l’avenir avec la puissance irrésistible d’un train à grande vitesse, » a déclaré Chen Meifang, fonctionnaire aux chemins de fer de Shanghaï, et cité dans le Beijing Daily.

Cependant, un tel optimisme est largement contesté.
Blanchette a déclaré qu’il s’attendait à une « version extra-large » de la politique menée par Xi au cours de son premier mandat pendant le second, le leader chinois visant ce qu’il envisage comme son programme « pour la grandeur de la Chine ».

Ceci se traduirait par des efforts pour construire une armée moderne, prête au combat, qui pourrait commencer à pousser les Etats Unis de plus en plus loin hors de ce que la Chine appelle son arrière-cours dans le Pacifique; une politique étrangère de plus en plus ferme dans des zones telles que les mers du Sud et de l’Est de la Chine ; et des efforts constants pour promouvoir une révolution économique hi-tech en soutenant d’énormes entreprises qui sont soit contrôlées, soit fortement alignées sur l’état.

Cela signifierait aussi que le Parti Communiste – et seulement le Parti Communiste – continuerait à faire la loi, dans tous les domaines de la société chinoise.
Dans un éditorial célébrant le début de la « nouvelle ère » de Xi mercredi dernier, le Quotidien du Peuple, organe du Parti, déclarait : « L’histoire a démontré et continue de démontrer que sans la guidance du Parti Communiste Chinois, l’idée de régénérescence nationale n’est qu’un fantasme. »

« Nous devrions nous préparer à un long hiver de contrôle politique sévère, » a prédit Blanquette.
Jude Blanchette

Elizabeth Economy, Directrice des Études Asiatiques au Conseil sur les Relations Étrangères, affirme qu’elle a vu le congrès de cette semaine « comme l‘affirmation de la direction dans laquelle Xi a déjà engagé le parti en contradiction avec le point auquel le vrai visage de Xi Jinping et sa vraie réforme vont émerger. »

Elle ajoute : « Je crois que ce à quoi nous allons assister est une intensification selon les mêmes lignes. »

Economy rejette l’idée selon laquelle Xi – dont le premier mandat a connu une répression étonnamment féroce à l’encontre des opposants au parti et des droits humains – pourrait soudainement se révéler être un réformateur.

« Je ne crois pas qu’un crypto-libéral ferait ce qu’il n’a cessé de faire au cours des cinq années passées. Je ne crois pas qu’un crypto-libéral laisserait Liu Xiaobo mourir en prison, et les arrestations ainsi que la multiplication des atteintes à l’encontre des défenseurs des droits humains. Ce n’est pas ainsi qu’agit un crypto-libéral. »

Blanchette affirme que Xi a fait preuve d’une remarquable « maîtrise de l’appareil politique » en Chine durant son premier mandat. « La question suivante, cependant, est de savoir si cela signifie qu’il est omniscient ou omnipotent pour faire face à tous les défis auxquels la Chine est confrontée. »

« Il y a une longue liste de défis que Xi doit relever, » a-t-il ajouté, faisant en cela référence à une économie en perte de vitesse, à une crise de la dette imminente et à la possibilité d’une conflagration nucléaire à ses frontières.

« Il a dorénavant le pouvoir de le faire. Mais la manière dont il relèvera ces défis se révèlera être l’un des plus puissants indicateurs de son aptitude ou de son inaptitude à aller jusqu’au bout du mandat qu’il est convaincu de mériter. »

Traduction France Tibet