Témoignage de voyage

 

La Chine tolère les touristes au Tibet... à la condition qu'ils rejoignent des groupes, plus faciles à contrôler que des voyageurs individuels, et surtout qu'ils y mettent le prix : des prix artificiels équivalents à des mois voire des années de salaire local. Voilà le témoignage d'une voyageuse occidentale qui a tenté d'éviter ce racket.

 


Une des versions de la lettre de confession.
Cette version a été refusée.

Lhassa, la ville interdite, inaccessible aux voyageurs…tel le veut le mythe autour du Tibet. Mais, de nos jours, le Tibet est tout à fait accessible… moyennant une certaine somme d'argent ; surtout lorsqu'il s'agit d'accéder à la "Région Autonome du Tibet".
Parmi les différents chemins d'accès à la "R.A.T", construits par les Chinois afin de "libérer" les Tibétains de leur "oppression", seul trois sont ouverts aux visiteurs étrangers: la route de Kathmandou ou "Friendship Highway", une route en terre battue, qu'il faut franchir en jeep ; les voies aériennes de Kathmandou et de Chengdu , 3600 Yuan (~2700FF) pour les étrangers au lieu de 1600 Yuan (~1200FF) pour les natifs ; et la route de Xining à Lhassa via Golmud, desservie par des bus locaux. Il existe toutefois des restrictions supplémentaires qui ne permettent pas aux voyageurs individuels d'emprunter ces routes (ce serait trop difficile de les contrôler!), Il faut former un groupe d'au moins quatre personnes pour se procurer un permis de voyage, le fameux Alien's Travel Permit, que l'on obtient en achetant un "circuit" à l'agence de voyage gouvernementale, le CITS (Chinese International Travel Service).
Lors de mon arrivée en train à Xining en 1999, j'ai donc essayé de me procurer un permis au CITS qui était fermé. Une personne toutefois présente (il s'agissait d'un hôtel), n'était pas au courant du permis et m'a gentiment indiqué la station de bus en direction de Lhassa. Environ six bus, gouvernementaux et privés, étaient garés dans l'attente de charger leurs passagers. Connaissant le règlement officieux du permis, j'ai donc décidé d'acheter d'abord un ticket via Golmud, pour ensuite me le procurer. Un Néo-zélandais, empruntant le même bus, avait toutefois acheté son ticket de bus pour Lhassa, en discutant un prix "intéressant", 700 yuan (~525 FF) au lieu du prix local 300 yuan. Arrivée à Golmud, le CITS se trouvant loin de la station de bus, j'ai donc décidé de continuer mon trajet dans le même véhicule, moyennant la somme marchandée par le Néo-zélandais. Après avoir quitté la station qui était infestée d'étranges "hommes aux lunettes noires", le bus s'est arrêté de nouveau pour nous montrer la manœuvre prévue: il fallait se cacher sur le toit, une cachette qui était toutefois bien organisée et tout à fait confortable. Ainsi, nous, les seuls touristes occidentaux, avons traversé le poste de contrôle pour rejoindre au bout de 20 min nos places réservées dans le bus. Tout le monde était satisfait du coup et les passagers chinois contents pour nous. A 1h30 de Golmud, un véhicule blanc nous a soudainement arrêtés, à la manière de "Starsky et Hutch" et le rêve était terminé. Nos passeports et ceux des deux chauffeurs, un Chinois et un Tibétain embarqués, ils nous ont laissé à notre sort au milieu de nulle part. Après avoir fait de l'autostop pour revenir sur nos pas, nous sommes donc arrivés au Kermo hôtel où on nous attendait dans un "Tourist Office" (non pas le CITS). Là, une Chinoise a entrepris de nous expliquer la situation sitôt rejointe par les deux hommes aux lunettes noires munis de nos passeports.
Nous traitant comme des lycéens ayant commis une grande bêtise, elle a crié que nous n'avions pas respecté le règlement chinois en voyageant sans permis. Sachant que nos deux chauffeurs risquaient beaucoup plus que nous-mêmes, nous avons essayé de rester diplomates et avons présenté des excuses pour notre comportement. Elle a donc changé de ton et nous expliqua qu'enfreindre la loi chinoise pouvait nous coûter une amende de 900 Yuan (~675 FF). Tout en restant courtois, nous avons pu nous mettre d'accord sur la somme de 300 Yuan. Toutefois, elle a ajouté que pour nous rendre nos passeports, il fallait que nous signions un papier stipulant que nous étions punis pour infraction à la loi chinoise (voir cf.). Nous étions d'accord, mais nous avons demandé de voir cette loi. Aussitôt, elle a changé de ton en insistant que ce papier était la manière pour nous de récupérer nos passeports. Elle a donc commencé à crier en chinois sur les deux chauffeurs, assis au fond de la pièce. Pour détendre l'atmosphère, nous avons alors écrit une première lettre d'excuses tout en stipulant l'impossibilité de vérifier l'existence de cette loi. Elle refusa cette remarque ainsi que d'autres points. Il fallait ajouter que nous avions été punis pour non-respect de la loi et elle raya une grande partie de cette première version. Rebelotte, nous avons écrit une deuxième lettre, mais ce n'était toujours pas ça… il ne fallait pas mentionner que nos passeports nous avaient été confisqués. Et le même scénario s'est répété: lors des pauses dans notre "discussion", elle a profité pour s'en prendre à nouveau aux deux malheureux chauffeurs, jusqu'à ce que nous ayons fini par écrire la lettre voulue (dictée)…
L'histoire s'est toutefois bien terminée, le "bureau touristique" enrichi de quelques centaines de yuan (les chauffeurs ayant laissé également leur argent), nous avons été envoyés au bureau du CITS, l'étage au-dessus, pour nous procurer un voyage "organisé" (qui inclut le trajet vers Lhassa et quelques excursions sans les frais d'entrée, ni l'hôtel!) à 1600 yuan. Après avoir passé la nuit au même hôtel et en bonne sécurité, le service de chambre a fait un tour de routine vers 6h le matin, nous sommes donc allés acheter notre voyage au premier étage où nous avons eu l'honneur de rencontrer la même dame chinoise, ainsi que son service de surveillance… nous n'avons pas vu la police (le Public Security Bureau) et celle-ci prétend (d'après le témoignage d'un touriste) être en désaccord avec les méthodes du CITS de Golmud.
Mais cela n'est qu'une anecdote d'une touriste, ce sont les citoyens qui doivent subir ces méthodes au quotidien…

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