Détention prolongée
pour avoir distribué des tracts

 

Tract résistance

Un exemple de la résistance clandestine tibétaine: un tract
grossièrement imprimé, passé secrètement aux touristes,
reproduit ici en taille réelle.
"A bas l'impérialisme chinois. Amoureux de la paix et de la
liberté, portez secours aux Tibétains. Nous portons allégeance
au seul Dalaï Lama. Le Tibet n'a jamais fait partie de la Chine
excepté par la conquête".  (source: Erlingso)

Accusé d'avoir distribué des tracts réclamant la liberté, Bagdro alias Ngawang Kyonmey, a dû endurer une longue détention et la torture dans deux prisons sous administration chinoise.
Après avoir reçu, d'un ami, 200 tracts pour un "Tibet Libre" le 7 novembre 1998, Bagdro les a distribué dans des endroits stratégiques à l'intérieur et à l'extérieur du Monastère de Drepung, ce qui a finalement entraîné son arrestation. Au bout d'une semaine, deux policiers locaux, tibétains, l'appréhendent et l'emmènent, dans un convoi de cinq voitures de police, au poste de police local. Lors de son interrogatoire, il nie toute connaissance et responsabilité dans la distribution des tracts. Vers midi, le jour suivant, Bagdro est emmené au poste de police de Lhassa où il refuse encore de divulguer des informations et fait semblant d'être malade. Afin de faire parler Bagdro, les policiers le déshabillent près d'un robinet et lui maintiennent la tête sous l'eau. Ils lui cognent le crane impitoyablement, le bourrent de coups de poing dans la poitrine et le jettent, à plusieurs reprises contre un mur. Ils l'enferment ensuite dans une cellule, à l'isolement. Quand l'interrogatoire se poursuit, le lendemain, feignant l'ignorance, Bagdro leur demande de fournir les preuves de leurs allégations. Son angoisse augmente quand on le laisse debout nu, vêtu seulement de son sous-vêtement. Il est menotté de telle façon que tout mouvement est virtuellement impossible, son bras droit, plié par-dessus l'épaule et l'autre tordu dans le dos, au niveau de la ceinture. Incapable de supporter plus longtemps la torture, Bagdro, finalement, avoue le crime. Quand les policiers continuent à insister pour savoir qui lui avait remis les tracts, il ment en disant que c'est un étranger qui les lui a donné, dans un sac. La fouille intensive de sa chambre, au monastère, ne révèle que la photo de Gedhun Choekyi Nyima (le Panchen Lama reconnu par le Dalai Lama) et quelques 100 tracts réclamant la liberté. Après deux jours d'emprisonnement à Lhassa il est transféré au centre de détention de Gutsa ou il est retenu 27 jours et interrogé pendant un total de 9 jours. Sommé de révéler les noms de ses complices dans la distribution des tracts, il est cogné, tabassé et bourré de coups de pied. Il refuse de livrer des informations, il est alors emprisonné au centre de détention de Samye pendant 1 an et 11 mois. Le 18 novembre 2000, Bagdro est relâché, mais on lui interdit de rejoindre son monastère. La police lui ordonne de rapporter tous ses déplacements, ce qui lui donne un sentiment profond d'insécurité et d'étouffement.
Bagdro connaît d'autres prisonniers politiques, qui ont été arrêtés le 16 juin 1999 sous les mêmes accusations de distribution de tracts. Le 6 janvier 2000, après presque 7 mois de détention, ils ont finalement été condamnés à des peines variées.
Nyima Dolma (en religion, Ngawang Dolma) de la nonnerie de Garu, a été condamnée à 3 ans de détention à la prison de Drapchi. Samdup, du monastère de Drepung a été relâché en 1995 après avoir participé à une manifestation en 1993. Il sert une nouvelle peine de quatre ans pour avoir distribué des tracts. Tashi Nyima (en religion Jampal Rinzin), du monastère de Drepung, a été condamné à un an et cinq mois de prison pour avoir imprimé et distribué des tracts indépendantistes.
Lors d'une réunion au village de Nagka, du comté de Dechen, le chef fit part d'un communiqué du gouvernement Central disant que la terre appartient à la Nation et que si un bâtiment se trouve sur les terres du gouvernement, le propriétaire doit déménager, sans compensation. Il annonça aussi qu'un second village serait construit à Dechen dans les 2 ou 3 prochaines années, avec prévision d'une voie ferrée reliant Lhassa.
Moine depuis 1989, Bagdro n'avait reçu que quelques mois d'éducation à l'école du village. Il était fermier et sa famille avait besoin de lui. Son village, Panpo, abritait 80 familles et n'a pas l'électricité.
Bagdro dit qu'il désire fortement continuer son action indépendantiste et s'est retrouvé très démuni quand on lui a interdit de retourner à son monastère, après sa libération. Il a payé 500 yuans pour obtenir un permis de travail et 200 yuans à un guide pour son évasion avec trois autres personnes. Il est arrivé au Centre tibétain le 18 février 2001.

TCHRD, Mai 2001, Traduction France-Tibet

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