Une évasion du Tibet

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Migmar en Juillet 2001 (Photo France-Tibet)

Interview réalisée au Village des Enfants Tibétains à Dharamsala

 

Le nombre des enfants tibétains contraints de partir pour l'exil, dans des conditions terribles, est en augmentation constante. 1500 enfants de moins de 13 ans sont arrivés en Inde en quatre mois début 2001, soit trois fois plus que les années précédentes.
Parmi eux Migmar, un enfant tibétain dont l'évasion du Tibet en 1993 a bien failli tourner mal... En montagne, lors de la traversée de cols enneigés de plus de 6000 mètres, le passeur du petit groupe dont il fait partie ouvre sans scrupules les veines d'une petite fille qui a le malheur de pleurer, et abandonne à leur sort plusieurs enfants dont Migmar et son cousin. Par miracle, eux sont sauvés in extrémis par deux tibétains qui les emmenent à l'hôpital de Kunde près du Solu Kumbu. Dans cet hôpital, le Docteur Murdoch, un Néo-Zélandais est contraint d'amputer les pieds des deux garçons... Ces enfants sont redescendus à l'hôpital de Patan pour la convalescence, et plus tard dirigés vers un camp de transit à Kathmandou.
Au camp de transit, ils retrouvent le passeur qui, par la suite, tente de les supprimer en les empoisonnant, pour qu'ils ne témoignent pas contre lui. La mort continue donc de roder autour d'eux dans ce camp...
Ils rencontrent là un membre français de la Maison des Himalayas, qui avec l'accord de Tashi Namgyal, représentant du Dalaï Lama au Népal, décide de les emmener loin du danger à Dharamsala, où ils tentent maintenant de se recontruire une vie au Village des Enfants Tibétains.

 

 

Question : Pourquoi as-tu quitté le Tibet ?

Réponse : C'est ma famille qui m'a dit de quitter le Tibet. On vivait à Lhassa; ma mère était déjà partie et m'a envoyé une lettre. Mon père vit encore à Lhassa.

 

Q : Comment est-ce que la fuite a été organisée?

R : Ma tante l'a organisée avec un guide, il m'a pris moi et mon frère, et nous sommes allés à pied du Tibet jusqu'en Inde.
Nous étions 30 adultes et 7 enfants avec deux guides. De Lhassa à Diaray nous avons pris un camion, puis nous avons marché jusqu'à la frontière népalaise pendant 2 mois. Ensuite nous sommes allés dans un hôpital près de la frontière, pendant plusieurs mois. Nous étions 7 enfants et 2 adultes. Puis un hélicoptère du centre de réfugiés nous a amenés à Kathmandou, à l'hôpital encore pour 2 mois. Puis avec mon frère et ma mère nous avons logé dans une famille à Kathmandou. Après deux jours, nous avons rencontré Francis qui nous a aidé à aller à Dharamsala.
Jusqu'en 98 j'ai habité au bas de Dharamsala, puis je suis venu ici.

 


Sans commentaire. (Photo France-Tibet)

Q : Comment s'est passée la traversée?

R : Le jour, on dormait, et la nuit on marchait, pour ne pas se faire attraper par les Chinois. On dormait par terre... A Kathmandou, la police nous a demandé de l'argent... puis Francis est arrivé. J'avais 7 ans. Nous avions de très mauvaises chaussures. J'ai eu des gelures aux pieds. Ils m'ont amputé, et mon frère aussi. En 95, grâce au Norbulinka, j'ai pu avoir des prothèses.

 

Q : Peux-tu en dire plus sur les raisons de ta fuite?

R : J'allais à l'école à Lhassa, mais je me suis échappé de l'école pour rentrer dans mon village, parce que je ne voulais pas parler chinois. Tous les professeurs étaient Chinois, sauf un Tibétain, et nous n'apprenions presque pas le Tibétain. Ma mère était en Inde. Après quelques mois je suis allé à une autre école, mais un an après je me suis encore échappé.

 

Q : Comment fais-tu pour marcher?

R : Il y a une coquille rigide qui tient mes jambes. Si je marche normalement, ça va. Si je marche longtemps, ça me fait très mal...

Interview réalisée par France-Tibet en Juillet 2001

 

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