LE TIBET OCCUPE AUJOURD'HUI :
LES TEMOIGNAGES DE VOYAGEURS

Scène ordinaire dans une petite ville du Tibet...

Le témoignage d'une voyageuse qui a préféré rester anonyme
Lors de notre séjour au Tibet mi-août 98, mon fils et moi, nous avons eu l'occasion de visiter en rentrant sur Lhassa, le monastère de Gyantsé et la ville. Après avoir admiré le monastère et le Kumbum - lieux magnifiques, imprégnés de l'histoire de ce pays magique et depuis si longtemps martyr, lieux profondément respectés des tibétains et à juste titre, - notre groupe a pu se promener un moment dans la ville. Juste à la sortie du monastère, nous avons été attirés par un bruit que nous ne nous expliquions pas tout d'abord. Cela rappelait les annonces que font les cirques quand ils installent un chapiteau et qu'ils veulent attirer la population.

Camion de prisonniers

Il s'agissait de haut-parleurs, tonitruants, à travers le quartier où nous nous trouvions, regardant les tibétains vaquer à leurs occupations, consistant essentiellement en travaux de réfection des rues, à la pelle et à la pioche. Soudain, tout le monde s'est arrêté et a regardé en direction du haut de la longue rue qui mène au monastère. Pourtant personne n'a bougé, sauf nous, les touristes. Nous nous sommes rapprochés et nous avons assisté à un spectacle édifiant : il s'agissait bien de haut-parleurs, mais maniés par des soldats chinois, à partir de jeeps militaires. Il y avait tout d'abord deux jeeps, avec ce qui semblait être des officiers, puis suivaient alternativement un camion bleu, une jeep, un camion, etc.., avec un haut-parleur au début et un à la fin du convoi. En tout une quinzaine de véhicules. Dans les camions se trouvaient des soldats chinois encadrant de jeunes garçons (tous avaient environ une vingtaine d'années, voire moins). Nous avons immédiatement compris qu'il s'agissait de prisonniers qu'on exposait à la foule. Chaque prisonnier , car c'est de cela qu'il s'agissait, avait le crâne rasé, et portait une pancarte autour du cou, avec des inscriptions en chinois, donc incompréhensibles pour nous. J'ai vu des soldats obliger les jeunes gens à baisser la tête, comme mécaniquement, d'un revers de main, quand ils regardaient le peuple qui les observait en silence. Ce silence surtout était terrible, par opposition aux cris proférés dans les haut-parleurs ! Les Tibétains regardaient, visage fermé, sans bouger d'un pouce. Figés. Nous étions tous sidérés. Quand ils sont arrivés à notre hauteur, j'ai eu le réflexe de faire des photos. Je me suis juchée sur les marches de notre autocar, près duquel je me trouvais. J'en en fait deux ; la première était complètement ratée, car je tremblais d'émotion, mais pour la seconde, j'ai réussi à me maîtriser suffisamment pour la réussir. Un autre touriste a filmé la scène, mais nous avons vu après coup sur son caméscope que les images étaient illisibles, tant il tremblait lui aussi. Il faut dire que la situation était impressionnante. Nous étions directement confrontés à ce qui est pour les Tibétains, je l'ai su après, presque quotidien !! Le convoi a fini par disparaître dans les rues proches, toujours hurlant des imprécations en chinois ! Je n'oublierai jamais cette scène et je comprends mieux l'immense souffrance que peuvent vivre les tibétains, chaque jour. 
J'ai demandé autour de moi ce qui se passait exactement. Un groupe de moines, que j'avais croisés dans le monastère a, tant bien que mal, pu me dire en anglais et avec des gestes très clairs, qu'il s'agissait des jeunes gens qui avaient manifesté dans les rues de Gyantsé quelques jours auparavant et qu'on exhibait aux Tibétains, à titre dissuasif, bien évidemment. Quelques touristes de notre groupe nous ont dit plus tard qu'il avaient vu au moins deux prisonniers avec le visage tuméfié. J'ai demandé aux moines ce qui allait arriver à ces jeunes et ils m'ont fait comprendre que, sur les pancartes, ils étaient désignés comme des voleurs ayant été pris sur le fait et qu'on les emmenait dans une prison proche du monastère.

Zoom

Mais leur moue prouvait leur doute. Ils ont eu un geste pour me montrer que cette prison n'était pas très loin derrière le monastère, mais qu'on ne pouvait pas la voir d'où nous nous trouvions. Ils m'ont découragée d'aller voir, car pour s'y rendre, il faut traverser une zone où personne n'est autorisé à aller, et que, de ce fait, j'aurais eu des ennuis. Je me suis donc sagement rangée à leurs recommandations.

J'ai demandé ce qui allait arriver à ces jeunes et ils m'ont dit que, dans le meilleur des cas, ils auraient la main tranchée mais qu'ils allaient plutôt disparaître dans la prison où nul ne pourrait leur rendre visite, qu'ils n'étaient pas les premiers et qu'on ne savait pas ce qui se passait après !! J'ai demandé enfin aux moines de m'indiquer un endroit où je serais à l'abri pour faire des photos si le convoi revenait, ce qui arrivait parfois. Ils se sont alors spontanément rapprochés les uns des autres et ont fait un rempart derrière lequel j'aurais pu photographier sans risque car ils étaient tous bien plus grands que moi. Je n'ai pas honte de dire que j'en ai eu les larmes aux yeux. Je me suis donc préparée, mais malgré une attente assez longue, ils ne sont pas revenus. Je ne peux m'empêcher de penser que c'est dû au fait qu'il y avait quelques cars de touristes en visite cet après-midi là.
Nous n'avons rien pu savoir de plus, car notre chauffeur et notre guide, accompagné en permanence par un tibétain parlant chinois, nous ont fait rapidement monter dans le car et nous sommes repartis aussitôt. Tout le groupe est resté longtemps silencieux. Nous étions tous sous le choc. Le guide n'a voulu à aucun moment évoquer la scène et sans doute a-t-il eu raison. Il a manifesté là une prudence fort justifiée et personne n'a insisté, compte tenu des circonstances !! 
Après avoir fait développer les photos, nous les avons regardées en détail, à la loupe, mon fils et moi, et il m'a fait fort justement remarquer que les crânes de ces jeunes étaient visiblement rasés depuis plus longtemps que quelques jours. On peut en déduire sans trop de risque de se tromper qu'il s'agissait en fait de moines ! Pas un seul n'avait de cheveux, sur aucun des camions.
Durant ce voyage, je dois dire que j'ai été bousculée par des jeunes chinoises, sur un trottoir où étaient exposés, à même le sol, des bijoux et souvenirs, vendus par des tibétains. Elles sont arrivées à trois de front et n'ont pas fait le moindre geste pour m'éviter. J'ai failli marcher sur les marchandises étalées sur le sol, ce qu'elles auraient voulu, à l'évidence. Elles sont passées sans un regard, hautaines et manifestant le plus possible leur mépris. C'était à Lhassa, l'avant-veille de notre départ.

Témoignage : «Le Tibet se meurt»

Lhassa aujourd'hui
Lhassa, nouveau visage (300000 habitants)

Un autre voyageur français, qui a voulu garder l'anonymat, a tenu lui aussi à témoigner.
Il rentre d'un voyage dans un Tibet sinisé par la force, qui perd son identité, sa culture et son âme. Dans l'indifférence des nations du monde, le Tibet est à l'agonie.
Et les jeunes qui sont prêts à parler, attendent une solution qui ne peut être que politique. Car, selon eux, «L'engouement pour le bouddhisme et pour le folklore qui s'y rattache ne peut pas conduire à une solution viable.»
(Novembre 2000)

A lire sur Buddhaline

La veille, j'étais avec mon fils dans les rues proches du Jokhang et je faisais des photos. Quand j'ai voulu accompagner les tibétains qui circumbulaient autour de ce lieu sacré, un chinois (on ne peut se tromper quand on observe et c'est ce que j'ai fait !), voulait visiblement que je marche dans le sens contraire des tibétains. Il me souriait gentiment (!) et n'a pas insisté quand j'ai refusé sèchement. A ma façon, j'ai voulu marquer le coup, même par un simple regard désapprobateur. Nous avons également vu beaucoup de chinois, en civil, postés un peu partout, qui ne bougeaient pas et observaient les mouvements de la rue. Il y avait quelques chinoises, dans le quartier du marché, en habit traditionnel ou non, assises sur les marches de salons de coiffure, très souriantes et qui se moquaient visiblement des passants, y compris les touristes bien sûr. Mais quand ils s'approchaient d'elles, elles rentraient dans le salon et faisaient glisser le rideau de tissu, pour qu'on ne les voie plus. Certains touristes m'ont dit qu'elles refusaient de se laisser filmer ou photographier. Nous avons vu plusieurs mendiants tibétains, dans un état physique affreux, certains étaient ivres, couchés par terre, dans la rue. Les magasins les moins vétustes sont presque tous tenus par des chinois. Seuls les marchés m'ont paru occupés par des marchands tibétains.
Avec mon fils, nous sommes allés dans les rues derrière le Jokhang, pas touristiques, elles. Nous avons remarqué que de nombreux immeubles étaient en construction. Les ouvriers décoraient les façades à la manière tibétaine. La pauvreté transpire dans ces rues insalubres et nous n'avons pu approcher aucun tibétain, pas même les enfants. Ils partaient dès qu'ils nous voyaient faire mine de leur parler. Troublant. 
Je sais que tout cela peut paraître anecdotique, voire exotique à certains occidentaux, mais je souhaite témoigner de ce que j'ai vu et qui m'a fait prendre la mesure de l'anéantissement d'un peuple, méthodiquement, au quotidien, dans l'indifférence d'un monde nanti. J'ai ressenti là-bas l'impression écoeurante que les chinois s'organisent de mieux en mieux pour diluer un peuple qu'ils méprisent, et qu'ils font du Tibet une réserve à touristes. En effet, en y réfléchissant, il est évident qu'ils reconstruisent un "Tibet de cinéma", où les spectateurs voient des lieux, bien ciblés, plutôt agréables, avec de larges avenues goudronnées (où d'ailleurs il n'y a que très peu de véhicules à moteur !), des grandes places vides où on parque les cars à touristes pour qu'ils puissent photographier les monuments, restaurés pour la plupart, même s'il ne s'agit désormais que de copies.
J'ai acquis la certitude qu'il faut oser s'aventurer hors des sentiers battus, même si c'est difficile, tant on est en permanence encadrés (pardon : accompagnés !). Sinon, nous, les touristes benoîtement obéissants, ne pourrons guère mesurer le bien-fondé de la lutte de ce peuple et de ceux qui savent ... qui savent que, derrière les décors tous neufs, il y a le néant (comme dans les westerns !), puisque la réalité leur est très soigneusement cachée, alors qu'elle est pourtant bien présente et cruelle, à quelques mètres seulement.
C'est ainsi qu'à l'hôtel, j'ai entendu une femme dire que finalement, "ils" n'ont pas l'air si malheureux que ça. Je l'imagine, spoliée de tous ses précieux biens, sous la menace permanente d'un envahisseur omniprésent, dans un quartier "réservé" à Paris, crevant de faim et dans l'angoisse pour les siens, tandis que les touristes étrangers admirent la tour Eiffel, dans un Paris exclusivement réorganisé autour du mensonge et de la haine. J'ai compris, en l'entendant, l'immense habileté des chinois qui nous manipulent et se gaussent ouvertement de nous, puisqu'ils savent qu'à terme, tout le monde pensera (?) comme elle. Ils auront alors vraiment gagné, grâce à une stratégie machiavélique, dont le but ultime est l'anéantissement irréversible de tout un peuple, digne d'admiration... et de compassion agissante !

Tibet: nouvelle destination touristique du monde

En 1999, le Tibet a reçu 448 000 touristes, ce qui a rapporté 36,3 millions de dollars, soit respectivement une augmentation de 16 et de 9,9 % sur l'année précédente. (...)
Selon les prévisions de l'Office de Tourisme du Tibet, le "Toit du Monde" deviendra une destination préférée du tourisme mondial au nouveau siècle.
Au cours du premier semestre de cette année, le Tibet a accueilli 185 000 touristes chinois et étrangers, soit une augmentation de 57% par rapport à la même période de 1999.

Plusieurs raisons pourraient expliquer ce boom touristique de la plus haute région chinoise. D'abord, les jours de vacances des Chinois sont plus nombreux, ils ont ainsi plus de possibilité de voyager dans des régions aussi lointaines que le Tibet.
Et puis, l'ouverture sur l'extérieur du Tibet attire toujours davantage de touristes étrangers. Le Tibet compte une cinquantaine de monts d'une hauteur supérieure à 7 000 m et 7 d'une hauteur de plus de 8 000 m, ainsi que le premier grand canyon du monde, celui de la rivière de Yaluzangbu. Il peut montrer au public sa faune et sa flore riche et unique, son palais du Potala de renommée internationale et ses centaines de temples et constructions religieuses.
Pour répondre aux besoins de ce rapide développement du tourisme, la région tibétaine consent de grands efforts dans l'ouverture de nouveaux itinéraires et la mise en place de nouvelles installations.
Le Tibet possède aujourd'hui 42 agences du voyage et 66 hôtels destinés à recevoir les étrangers. On prévoit que cette année, le nombre de touristes chinois et étrangers dépasserait 500 000 y compris 118 000 touristes d'outre-mer.
(Source: Ambassade de Chine en France, mi 2000)

Et oui : 532 000 touristes ont voyagé dans la Région Autonome du Tibet au cours des 10 premiers mois de l'année 2000, soit une augmentation de 41% par rapport à la même période de l'année dernière. 128 000 seulement sont des touristes étrangers occidentaux. De Janvier à Octobre, l'industrie touristique a rapporté un total de 620 millions de yuan, soit une augmentation de 29,8%.
D'après l'agence chinoise Xinhua et Alpes-Tibet - 23/11/2000

D'après un site internet chinois, "les mystères du tourisme au Tibet tendent à perdre de leur piquant, avec le développement rapide du tourisme et le nombre grandissant de touristes. Alors, pour chercher et profiter de ce qui reste de mystère, les touristes devraient venir au Tibet le plus tôt possible". Logique.

 

Affiche dans les hôtels de LHASSA

Mesdames, Messieurs,

Soyez les bienvenus à LHASSA. Dans le but de rendre vos déplacements sûrs et agréables, nous aimerions vous informer des dispositions gouvernementales suivantes :

1 - Les voyageurs voyageant en CHINE doivent respecter la loi chinoise et ne doivent pas mettre en danger la sécurité nationale de la CHINE, porter préjudice à ses intérêts publics, perturber l'ordre public, ou s'impliquer dans toute activité incompatible avec le statut de touriste.

2 - Lorsque des citoyens chinois se réunissent ou manifestent, il est strictement interdit aux étrangers d'y participer, de les accompagner, de prendre des photos ou films vidéo d'une quelconque de ces manifestations. Les étrangers n'ont pas le droit d'interférer dans des causes chinoises internes.

3 - Les étrangers n'ont pas le droit de distribuer du matériel de propagande et de se joindre à une quelconque activité religieuse.

4 - Conformément à la loi, les touristes étrangers doivent se soumettre à toutes les formalités d'enregistrement et doivent rester uniquement dans un hôtel désigné. Sans autorisation préalable, il leur est interdit de se déplacer dans les régions dont l'accès n'est pas autorisé, d'utiliser des moyens de transport non désignés, de faire des affaires à titre individuel ou de commencer une occupation à titre privé.

5 - Il est interdit de visiter et de photographier les sites de sépultures célestes, conformément aux lois gouvernementales locales relatives aux us et coutumes de la nationalité minoritaire. Le touriste qui enfreint cette réglementation sera sévèrement puni.

6 - Pour des raisons de sécurité, il est strictement interdit aux touristes étrangers de voyager par tracteur ou par d'autres moyens de transport opérés à titre privé. En cas d'accident dans ces circonstances, vous seriez responsable de vos propres actions et des suites qui en résulteraient.

7 - Les objets de valeur doivent être déposés dans des consignes, sinon l'hôtel ne sera pas responsable de leur perte.

Le Bureau des déplacements d'étrangers de LHASSA

 

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