La Chine semble aller de plus en plus vers une prise de conscience.

Elle semble s'éveiller peu à peu, en dépis de la volonté toujours aussi forte du gouvernement chinois de contrôler et de manipuler coûte que coûte sa population et ce à n'importe quel prix.



Par Teng Biao (Washington Post, 7/25/09)


Pékin - Le 17 Juillet :
Des Agents du Bureau des Affaires Civiles de Pékin ont perquisitionné et fermé le Bureau de l’Initiative pour une Constitution Ouverte, une organisation locale non gouvernementale.
Ce centre a été le principal lieu de rencontre pour le mouvement émergeant d’ « Avocats des Droits» en Chine, dans laquelle j'ai été un participant actif. Il n'y en n’a pas tant que ça. La Chine a 140 000 avocats, mais seulement quelques dizaines d'avocats se concentrent sur les droits des citoyens.


Notre travail est frustrant et parfois dangereux, mais nous avons eu un succès considérable dans la protection des droits des individus et nous avons souligné des affaires qui ont suscité une prise de conscience à l’égard du droit au sein de la population partout en Chine. C'est ce qui s'est passé l'année dernière lorsque nous avons défendu les familles de victimes de la préparation toxique pour bébé produite par Sanlu Milk Co. Cette année encore, lorsque nous avons défendu Deng Yujiao, une serveuse qui a poignardé un agent alors qu'il tentait de la violer, et de nouveau lorsque nous nous sommes opposés à la tentative du gouvernement chinois d'exiger un "Barrage vert", une censure d'Internet installée sur le logiciel de chaque ordinateur vendu en Chine.
Nous avons également défendu Liu Xiaobo, l'écrivain qui risquait de faire de la prison pour avoir signé la Charte 08, un manifeste qui appelle à la démocratie et aux droits de l'homme.

Nous pouvons faire de telles choses non pas parce que les dirigeants chinois sont devenus plus tolérants (ils ne le sont pas), mais parce que, pour plusieurs raisons, ils estiment qu'ils ont besoin d'un système juridique pour gouverner.
Il ya quelques décennies des problèmes tels que les litiges relatifs à la propriété, à la violence domestique et même des affaires de meurtre ont été traitées par les fonctionnaires du Parti communiste dans les communes ou directement dans les «unités de travail". Mais maintenant, parce que les communes et la plupart des unités de travail appartiennent au passé, le rôle des avocats et des tribunaux doit se développer. L'entreprise moderne a également besoin du droit. Et, peut-être ce qu’il y a de plus important pour nous qui pratiquons le droit et les droits, est que le gouvernement a besoin, pour des raisons de prestige à l’intérieur même de son pays et à l'étranger, de prétendre qu'il respecte strictement la loi. Les Fonctionnaires continuent de violer la loi, en particulier dans les affaires politiques, qu’ils étouffent. Mais ils ont toujours prétendu que ce qu'ils font est en conformité avec la loi, parce que leur aspiration à la légitimité en dépend.


Cette divergence entre la pratique et le faux semblant est ce qui donne de l'espace pour les avocats qui défendent les droits. Lorsque nous insistons sur la primauté du droit et que nous en somme le public (à cause d’Internet, des millions de personnes pourraient être vues), nous pouvons au moins gêner les fonctionnaires pour leurs actions illégales et leur hypocrisie. Mais ils n'aiment pas cela, et parfois nous en payons le prix.

Presque tous ceux d’entre nous, au cours des dernières années, ont subi des menaces. Nous avons aussi perdu des livres, des comptes bancaires et des ordinateurs lors de raids menés dans nos maisons. Je fais parti de ceux qui ont été expulsés de force de la salle d'audience, d'autres ont eu les yeux bandés, enlevés ou battus alors qu’ils rendaient visite à des clients.

En 2007, mon collègue, Li Heping a été battu par des brutes qui ont utilisé des bouteilles et des matraques électriques, ils lui ont dit de "quitter Pékin ou nous te battrons à chaque fois que nous te verrons."
Notre collègue Gao Zhisheng, qui a défendu des pratiquants de Falun Gong, a été emprisonné et torturé. Il y a plus de cinq mois, il a «disparu». Personne, ni ses collègues ni sa famille, ne savent où il est détenu.

Ce qui entrave le plus notre travail, c'est la révocation de nos licences sans lesquelles il ne nous ait plus possible d’exercer.
Les villes et les provinces Chinoises ont "des associations d'avocats" qui semblent être le modèle même de l'ordre des avocats des pays occidentaux, ces groupes décident chaque année qui est apte à exercer.

C'est un bon exemple qui montre bien que dans le monde judiciaire chinois la réalité diverge des sois disant prétentions. Les associations d’avocats sont, en fait, les marionnettes du gouvernement à chaque fois qu’une question politique fait surface. L'année dernière ma licence professionnelle a été révoquée. L'Université chinoise de la politique et du droit, où j’enseigne, a contribué à la révocation. Récemment, les résultats de 2009 concernant les "révisions" de qualification ont été annoncées, et il en est ressorti qu’une douzaine d'avocats se sont vu retirer leur licence.

Pourtant, quelque part, les Avocats défenseurs des droits en tant que groupe, n'ont pas perdu la partie. La lettre de la loi reste en notre faveur. En outre, l'appétit grandissant du peuple chinois vers l'idée de «droits» est facilement visible sur Internet ainsi que lors des nombreuses manifestations, grandes et petites, qui se produisent presque chaque jour dans une partie ou une autre de la Chine ou de l'autre.
Nous avons le sentiment que l'histoire est de notre côté, et nous avons mis toute notre foi dans le proverbe qui dit, "l'heure la plus sombre est juste avant l'aube."


L'écrivain, ancien avocat, est professeur à l'Université chinoise de la politique et de droit. Il vit à Pékin.



SOURCES :
ITSN : Réseau international de Soutient au Tibet
Voir www.tibetnetwork.org pour plus d'informations.



The Law On Trial In China (op-ed)
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/07/24/AR2009072402940.html