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21/03/15 | 18 h 26 min

Les Tibétains survivant à leur immolation par le feu subissent répression, disparition …

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ICT Logo A Special Report by the International Campaign for Tibet
 Traduction France Tibet

« Quand nous entendons parler d’une auto-immolation, nous prions pour la mort de la personne car les survivants devront faire face à d’insupportables souffrances physiques et psychologiques. »

– Un Tibétain en exil originaire de l’Amdo

Depuis 2009, plus de 130 tibétains se sont immolés par le feu au Tibet et Chine, de plus 7 ont fait le même geste en Inde et au Népal, ce qui représente la plus grande vague d’immolations par le feu en 60 ans. Presque la totalité de ces tibétains ont exprimé le souhait du retour du Dalaï Lama au Tibet et d’être libre.

La plupart du temps, les auto-immolés du Tibet sont morts sur le coup ou à l’hôpital. Certains vont très loin pour s’assurer qu’ils ne survivront pas : ils s’enroulent dans du fil barbelé et boivent ou se couvrent de kérosène. Ce rapport apporte des informations sur la petite minorité de survivants et leurs extrêmes souffrances physiques et psychologiques du fait des mesures répressives entérinées par les autorités chinoises.

  • D’après nos sources, 20 tibétains ont survécu à leur auto-immolation au Tibet et 3 en exil.[1] Comme il s’agit d’actes politiquement sensibles, les survivants ont en général été détenus dans le secret par les autorités dans des conditions d’extrême isolation. Tandis que certains ont été renvoyés chez eux, dans la plupart des cas leurs familles ne savent toujours par si leur parent est vivant ou mort, même des années après l’auto-immolation et souvent malgré les nombreuses requêtes des amis et des familles auprès des autorités locales.
  • Des tibétains ne souffrent pas seulement de violences mais sont également privés des traitements médicaux dont ils ont un besoin urgent. En février 2009, Tapey, moine du monastère de Kirti s’est vu refuser tout soin pour ses blessures par balle après s’être fait tirer dessus alors qu’il s’immolait par le feu, mais d’après des sources tibétaines ses blessures n’ont pas non plus été soignées lors de sa détention. De la même manière, Lobsang Kunchok, un autre moine de Kirti, aurait enduré à l’hôpital des souffrances toutes particulières à la suite de son auto-immolation « parce que les médecins et les infirmières l’ont traité comme un ennemi de la nation. » Les soins d’urgence ont seulement été donnés à un moine de Kardze après que les habitants et les moines aient fait face avec témérité à une police armée qui voulait lui faire quitter l’hôpital. Bien que la prise en charge des auto-immolés diffère selon le contexte des différents lieux où s’est passé l’immolation, ces réponses tendent à indiquer les priorités locales, cadres et agents de police quand ils empêchent les rassemblements de Tibétains à la suite de l’événement plutôt que prendre immédiatement soin du grand brûlé. Dans certains cas, il existe des preuves que des auto-immolés ont été correctement pris en charge : en Rebkong, suite à son auto-immolation en mars 2012, une clinique a été montée en urgence dans un monastère pour Jamyang Palden, décédé des suites de ses blessures.
  • Ce document détaille les cas des quatre tibétains ayant subi une amputation. Nous n’avons pas toutes les informations ni sur le contexte ni si l’opération était médicalement nécessaire. Par exemple Sungdue Kyab, un moine tibétain adolescent, est retourné chez lui deux ans après son immolation avec ses deux jambes amputées. Des tibétains craignent que de telles amputations soient la conséquence d’un retard dans la prise en charge médicale lors de la détention. Il est possible que l’infection se soit installée par négligence médicale. D’autres craignent que les amputations soient une forme de châtiment envers les auto-immolés.
    • Dans certains cas, les blessures des auto-immolés ont été aggravées, la police armée ayant été vue entrain de tabasser des Tibétains après avoir éteint les flammes. Ces traitements autoritaristes des auto-immolés tibétains sont tout particulièrement évidents  dans les zones sous strict contrôle paramilitaire, telle Ngaba (Aba en chinois) au Sichuan, où de nombreuses auto-immolations par le feu se sont produites.
    • Certains Tibétains ayant survécu  à leur immolation par le feu sont utilisés par les autorités à des fins de propagande, provoquant d’autant plus de souffrances pour le Tibétain  concerné ainsi que pour la communauté tibétaine en général. Dans certains cas, ces vidéos de propagande furent les premières informations  qui prouvèrent à la  famille que ce parent auto-immolé avait survécu. En mai 2012, un documentaire officiel diffusé par les chaînes d’Etat traitait du cas de 13 Tibétains qui  s’étaient immolés par le feu. Ce film proposait les témoignages de survivants qui, comme le souligna l’écrivain tibétaine Woeser, « ont fait état d’un grand courage[2] . Malgré la pression qu’ils ont dû subir pour qu’ils expriment le regret de leur geste, il est remarquable que certains Tibétains interviewés ont simplement parlé de leur condition physique. »
    • La prise en charge des survivants aux auto-immolations advient dans un contexte d’intensification de la répression au Tibet:  ainsi sont aussi visés par les autorités les « associés » des auto-immolés, ce dernier concept inclut les familles, les amis et même la Communauté locale au complet[3]. Selon la conduite à suivre diffusée par voie de média d’ Etat, des Tibétains peuvent être condamnés pour homicide sur les bases d’un « but » attesté et d’une capacité présumée à influencer un Tibétain à s’immoler par le feu. Depuis 2010, ICT, à travers son travail documenté, a recensé plus de 90 condamnations ou disparitions de Tibétains. En isolant les survivants des immolations et en surveillant de près leurs familles, les cadres du Parti et la police locale chercheraient à masquer les responsabilités des autorités centrales.
    • La première auto-immolation  dans la société tibétaine contemporaine fut celle de Thubten Ngodrup. Il s’était immolé par le feu à New-Delhi en 1998 alors qu’une grève de la faim initiée par le Congrès des Jeunes Tibétains avait été interrompue par la police indienne. Les images choquantes de son immolation avaient grandement marqué les Tibétains en exil et une statue à sa mémoire a été érigée à Dharamshala, en Inde. Thubten Ngodrup est décédé à l’Hôpital de Delhi. Deux des six Tibétains s’étant immolés par le feu en exil ont survécu.[4]

    Sur les bases des informations recueillies au sujet des disparitions, du refus de soins médicaux ou des traitements médicaux appliqués, telles les amputations, sans le consentement des familles, International Campaign for Tibet s’alarme du traitement réservé aux survivants des auto-immolations au Tibet. ICT appelle à la révélation immédiate des situations actuelles des survivants tibétains, dont il est fait état dans ce rapport, ainsi qu’à une totale transparence en matière de soins médicaux.


    Les Tibétains qui ont survécu à leur auto-immolation.

    Tapey: le premier auto-immolé, utilisé dans une vidéo propagandiste

    This image of Tapey was taken while he was studying at Kirti, prior to his self-immolation in February, 2009.

    Cette photo de Tapey a été prise quand il étudiait au monastère de Kirti, avant qu’il ne s’immole par le feu en février 2009.

     

    Cette photo de Tapey a été prise quand il étudiait au monastère de Kirti, avant qu’il ne s’immole par le feu en février 2009.

    Tapey, un moine de Kirti âgé de 25 ans, était le premier Tibétain à s’immoler par le feu au Tibet. Le 27 février 2009, à la suite de l’annulation de cérémonies religieuses par les autorités, il sortit du monastère. Alors qu’il atteignait le premier carrefour de Ngaba, il s’est aspergé de pétrole, ensuite il s’est mis le feu et puis a brandi un drapeau tibétain qu’il avait confectionné avec la photo du Dalaï Lama en son centre. La Police Armée du Peuple ( PAP ) arriva à sa hauteur et le prit pour cible de tirs  tandis qu’il criait des slogans ( nous ne connaissons pas son message ). Des témoignages précisent que la PAP a tiré avant de chercher à éteindre les flammes, elle fut par contre très réactive à emmener Tapey.[5]

    A l’hôpital, Tapey dit à ses proches : «  Je ne suis pas le fils que vous vouliez voir. J’aurai dû mourir ce jour là, mais je n’y suis pas arrivé. » D’après nos sources, lors de son hospitalisation à Ngaba, Tapey ne fut autorisé à voir sa mère qu’une seule fois. La même source nous apprit, quelques temps après l’immolation, que l’équipe médicale prévoyait d’amputer les deux jambes de Tapey. Bien que nous ne connaissons pas tous les détails, il semblerait que l’amputation ait été annulée. Des Tibétains pensent que les autorités locales auraient chercher ainsi à effacer les traces des tirs de la police.

    Tapey est aussi devenu le premier des auto-immolés à être utilisé dans le cadre de la propagande du gouvernement accusant la « clique du Dalaï en exil » d’encourager les auto-immolations.

    En mai 2012, les médias d’état diffusaient un documentaire officiel traitant des immolations de 13 Tibétains, détaillant  les cas de Tapey et de Phunstog ( 16 mars 2011 ). Ce document vidéo rendait public pour le première fois photos et vidéos des immolations.[6]

    Le documentaire chinois montrent des images inédites de l’immolation de Tapey en 2009 et son interrogatoire à l’hôpital. La vidéo le montre pris dans les flammes, marchant tout droit, tandis que la police arrive derrière lui. Un homme, probablement un agent de police en civil, déclenche un extincteur. Une fois les flammes éteintes, Tapey se met à courir un court instant. L’extrait s’arrête à ce moment, cachant ainsi ce qui est arrivé par la suite.

    Les médias officiels chinois rejettent les témoignages recueillis par ICT disant que Tapey avait été pris pour cible  [ par la police][7] . Pourtant, une photo apparue via les voies officieuses confirme les tirs de la police avant l’extinction des flammes, alors que Tapey s’était mis à courir. La photo monte le moine étendu au sol, sa robe carbonisée, encerclé par une police dont au moins trois agents avaient dégainé leur arme à feu. L’agent de police placé le plus près de la caméra semble inspecter son fusil, ce qui force à penser qu’il aurait utilisé au moins une balle. [8]

    Des moines en exil, issus de Kirti, apportèrent de nouvelles informations en janvier 2012 : « Ils n’autorisent pas que les blessures par balles, sur ses bras et ses jambes puissent guérir … et ce, en ouvrant à nouveau les plaies à plusieurs reprises sous prétexte de soins médicaux. »[9]

    Le documentaire chinois présente Tapey à l’hôpital dans sa robe de moine, sa tête, son cou, ses bras et ses jambes couverts de cicatrices, sous une couverture avec le mot « Amour » inscrit dessus. Dans la vidéo, il parle simplement de sa condition physique, annonçant que la plupart de ses blessures sont guéries et qu’il peut écrire lentement avec l’une de ses mains.[10]

     

    Lobsang Kunchok et Lobsang Kelsang: Des moines adolescents dont nous sommes sans nouvelle

    Lobsang Kunchok

    Lobsang Kunchok, 18 ans, plus jeune sur cette photo.

    Lobsang Kunchok

    Lobsang Kunchok, dans une photo prise peut de temps avant son auto-immolation.

     

    Le 26 septembre 2011, deux jeunes moines du monastère de Kirti ( préfecture de Ngaba ) se sont immolés par le feu en criant « longue vie à sa Sainteté le Dalaï Lama. » Les médias chinois ont reporté l’information le jour même, informant qu’ils étaient toujours en vie. Leur présente situation est inconnue, et leur famille n’est pas autorisée à les voir.

    Ces deux moines, Lobsang Kunchok et Lobsang Kalsang, sont apparus plus tard dans une vidéo officielle sans pourtant que soit  révélée l’étendue de leurs blessures ni que soient données des informations sur les soins médicaux prodigués. En mars 2012, une source, vivant au Tibet, affirme que la famille et les amis de Lobsang Kunchok savaient qu’il avait été amputé des mains et des jambes. On leur avait  également précisé qu’il ne pouvait plus se nourrir que par l’intermédiaire d’une tubulure reliée à son estomac. La source déclarait : « Nous pensons que Lobsang Kunchok a beaucoup souffert à l’hôpital car les médecins et les infirmières le traitaient comme un ennemi de la Nation. Il avait besoin de l’aide des infirmières ou des docteurs pour le moindre de ses mouvements car il n’était pas capable de bouger par lui-même. »

    L’étendue des blessures de Lobsang Kalsang n’est pas connue. Selon les sources d’ICT, il fut tout d’abord conduit à l’hôpital local avant d’être transféré à Chengdu. Mais  selon ces mêmes sources, sa famille et ses amis n’étaient pas autorisés à lui rendre visite, ils ne savent même pas s’il est encore en vie. « Ses proches en appelèrent aux autorités locales et les supplièrent de pouvoir le revoir, ne serait-ce qu’une seule fois, mais ils ont essuyé un refus, déclarait cette source. »

    La famille et les amis de Lobsang Kunchok n’ont pas davantage eu l’autorisation de le voir ni d’avoir des informations à son sujet.

    Les deux moines étaient des adolescents ayant reçu leur éducation au monastère et sont originaires de Me’uruma dans l’agglomération de Ngaba, préfecture autonome qiang et tibétan au Sichuan ( une partie de l’Amdo tibétain ).

    Les autorités chinoises ont mis plus de trois ans après la première immolation pour produire sa réponse la plus élaborée sous la forme d’un documentaire.[11] Ceci semblait révéler des incertitudes et de l’anxiété quant à la manière d’approcher les auto-immolations, tout spécialement si l’on compare avec le traitement agressif qui avait prévalu pour les auto-immolations des pratiquants du Falun Gong en 2001 sur le place Tiananmen et conduisit à une Campagne nationale cherchant à éliminer la pratique et les pratiquants du Falun Gong.(…)

    Kalsang Wangchuk: Un moine adolescent rossé après l’extinction de ses flammes

    Kalsang Wangchuk, aged 17, at a summer picnic prior to his self-immolation. He set himself on fire on October 3, 2011.

    Kalsang Wangchuk, 17 ans, lors d’un pique-niques précédant son auto-immolation. Il passa à l’acte le 3 Octobre 2011.

     

    Le 3 octobre 2011, Kalsang Wangchuk, un moine de 17 ans du monastère de Kirti, survécut à son auto-immolation, il marchait dans les rues de Ngaba en brandissant une photo du Dalaï Lama.

    Kalsang Wangchuk portait une photo du Dalaï Lama et scandait des slogans contre le gouvernement chinois quand il s’immola par le feu dans la rue principale de Ngaba. Selon de nouveaux témoignages tibétains, il a été immédiatement encerclé par des agents de sécurité qui ont éteint les flammes et l’ont tabassé.

    Un tibétain en exil ayant des contacts au Tibet déclara : « La police armée, immédiatement arrivée sur place, a commencé à tabasser Kalsang Wangchuk ; ils l’ont frappé à la tête au point qu’il s’évanouisse. Il a ensuite été emmené pour des soins médicaux à l’hôpital local et installé au deuxième étage. Tous les autres patients de cet étage ont été transféré et l’hôpital a été place par les autorités chinoises sous stricte surveillance. »

    Un autre tibétain affirma que Kalsang Wangchuk avait partiellement guéri de ses brûlures et qu’il était rentré chez lui durant l’été 2014. Il n’était pas autorisé à retourner au monastère de Kirti et vit sous surveillance rapprochée des autorités chinoises.

     

    Dawa Tsering: sous surveillance rapprochée, protégé par des moines

    Dawa Tsering

    Dawa Tsering avant son auto-immolation.

     

    Dawa Tsering

    Dawa Tsering après son auto-immolation, brûlé au visage et au cou.

     

     

    Dawa Tsering, un moine trentenaire du monastère de Kardze, préfecture autonome tibétaine du même nom ( Gansi en chinois) dans le Sichuan, s’est immolé par le feu dans la matinée du 25 octobre 2011. Dawa Tsering était toujours en vie après que d’autres moines et des laïcs aient éteint les flammes – ils participaient à une cérémonie religieuse quand ils ont été prévenus. Il survécut bien que gravement brûlé et ne pouvant plus marcher normalement. Selon des sources, il est sous étroite surveillance policère, et ses visiteurs, moines ou civils, sont la plupart du temps repoussés.

    Selon de nouvelles informations sur les circonstances de son auto-immolation, des moines se sont rassemblés pour protéger Dawa Tsering après son passage à l’acte. Il avait choisi de s’immoler par le feu dans l’enceinte du monastère de Kardze sur le site où les croyants viennent brûler de l’encens alors qu’une cérémonie religieuse avait lieu.[12]

    Les habitants et les pélerins se sont immédiatement rassemblés autour de Dawa Tsering et l’ont emmené à l’hôpital du comté. Les autorités chinoises encerclèrent l’établissement de santé et tentèrent d’enlever Dawa Tsering, déclarant qu’ils voulaient l’emmener à l’hôpital de Chengdu ( la capitale du Sichuan ). Selon les mêmes sources, les moines et les civils incitèrent [le personnel de ] l’hôpital à continuer les soins d’urgence. Une autre source déclara : « A l’hopital pendant deux heures les Tibétains, moines et civils, et les forces de police se sont fait face. J’ai entendu que des habitants étaient prêts à mourir si les troupes [de police] faisaient sortir Dawa Tsering de l’hôpital où des soins d’urgence lui étaient prodigués. Au final, les soins médicaux eurent l’autorisation de continuer. Ensuite les habitants de Kardze insistèrent pour que Dawa Tsering retourne dans son monastère pour sa convalescence. »

    Dawa Tsering était en train de participer à une cérémonie religieuse au moment de la dance monastique ( Cham ) quand il décida de s’immoler par le feu et de crier pour le retour du Dalaï Lama au Tibet, alors que des centaines de Tibétains s’étaient déplacés pour la cérémonie.

     

    Sonam Rabyang: un moine dans la quarantaine, amputé après son auto-immolation

    Sonam Rabyang

    Sonam Rabyang s’est immolé par le feu le 8 Février 2012.

     

     

    Sonam Rabyang, un moine du monastère de Lab, s’est immolé par le feu le 8 février 2012 à triwang (Chen wen en chinois) dans la préfecture tibétaine autonome de Yulshul (Yushu en chinois ), province chinoise du Qinghaï.

    Sonam Rabyang survécut à son auto-immolation et a été emmené à l’hôpital de Xining ( capitale du Qinghaï ) par la police pour qu’il reçoive des soins d’urgence. D’après des sources, Sonam Rabyang souffrait, du fait de l’inhalation de fumées, de grave lésions pulmonaire, et sa jambe droite a été amputée sous le genou.[13]

    Les détails de sa situation actuelle sont encore floue en raison d’une surveillance étroite [ des autorités chinoises ] portée sur Sonam Rabyang et ses proches et des sévères restrictions des communications dans cette région.

    Radio Free Asia (RFA) informa qu’à la suite de l’auto-immolation de Sonam Rabyang, la police chinoise ont envoyé l’abbé et plusieurs hauts lamas à la préfecture. Les habitant de Triwang seraient entrain de préparer une manifestation en cas de non retour des religieux.14]

    La veille de l’immolation, le comté de Tridu avait été la scène de grandes manifestations de plus de 350 moines. Ils avaient organisé une marche pour appeler pour, parmi d’autres demandes, le retour du Dalaï Lama au Tibet. Ils marchaient en réponse, a-t-il été entendu, à l’appel du monde entier pour que le 8 février 2012 soit une journée internationale de la solidarité pour le Tibet. Aucune arrestation n’avait eu lieu et les moines étaient rentrés dans leur monastère le même jour. [15]

    Sonam Rabyang était devenu moine bouddhiste en 1995.

     

    Lobsang Gyatso: La survie de ce moine de Kirti est incertaine.

    Lobsang Gyatso

    Une photo de Lobsang Gyatso lors d’un festival religieux au monastère de Kirti monastery, à Ngaba, avant son auto-immolation.

     

    La survie d’un moine s’étant immolé par le feu le 13 février 2012 n’est toujours pas connue. Lobsang Gyatso, 19 ans à l’époque, est passé à l’acte à Ngaba (Aba en chinois) alors qu’il scandait des slogans contre le gouvernement chinois.[16] La police armée a éteint les flammes et a été vue tabasser Lobsang Gyatso et l’emporter dans l’un de ses véhicules. D’autres tibétains, se trouvant sur les lieux ont aussi été arrêtés.

    On pense que Lobsang Gyatso a survécu à son auto-immolaiton, mais sa famille est dans l’incapacité de savoir s’il est encore vivant ou non. D’après une source sa famille a rendu visite aux bureaux locaux du gouvernement plus d’une trentaine de fois pour tenter de savoir si leur fils était toujours vivant ou non, mais l’administration chinoise locale est restée, jusqu’à présent, muette.

     

    Jamyang Palden: un moine qui survécut à son immolation par le feu, mais pas à ses blessures

    Jamyang Palden

    (Top) Jamyang Palden, 34 ans, quelques temps avant son auto-immolation, à Rebkong. (Left) Jamyang Palden sous oxygène lors des soins d’urgence. (Right) Jamyang Palden à la suite de son auto-immolation, avant son décès

     

    Jamyang Palden, moine du monastère de Rongwo à Rebgong ( Tongren en chinois), dans la province du Qinghai, avait survécu à son immolation du 14 March 2012, mais il est décédé des suites de ses blessures.

    Jamyang Palden, un moine trentenaire hautement respecté parmi ses coreligionnaires, du monastère de Rongpo dans le Qinghaï, s’était immolé par le feu sur la place publique. .[17] D’après les témoignages il scandait « Laissez Sa Sainteté revenir ! Liberté pour le Tibet et la langue tibétaine ! » avant de passer à l’acte.[18]

    D’après certaines sources [19], Jamyang Palden survécut et fut amené à l’hôpital par des moines et des laïcs, selon d’autres sources il aurait été amené par des moines et la police.[20]

    Tandis que Jamyang Palden était à l’hôpital, une large foule s’était rassemblée au monastère pour prier et montrer leur solidarité. Les forces de l’ordre ont alors encerclé le monastère et tenté de faire partir les gens, mais d’après une source ayant parlé à RFA : « La police locale leur a ordonné de ne pas prier et de se disperser, mais la foule a refusé »[21] D’extraordinaires images du rassemblement[22] traversaient bientôt la frontière du Tibet, elles montraient le rassemblement de plusieurs centaines de personnes, dont des moines et des laïcs, tandis qu’en fond sonore l’on pouvait entendre des prières pour la longue vie du Dalaï Lama.[23] Une autre vidéo a aussi été rendue disponible montrant plusieurs douzaines de moines entourant Jamyang Palden lors de son retour au monastère de Rongpo dans la nuit du 14 mars 2012. On peut entendre les moines chanter pour la longue vie du Dalai Lama alors que l’on peut parfois apercevoir Jamyang Palden au milieu de la foule.[24]

    Xinhua, l’agence de presse officiel du parti communiste chinois, diffusa un reportage sur l’auto-immolation de Jamyang Palden, qui reprenait les paroles d’un porte-parole local : « Des moines et des habitants sont venus à midi à l’hôpital et sont sortis par la force avec Jamyang Palden, » sans même expliquer la raison de leurs actes. Le journalisme ajoutait : « Les autorités locales parlent avec les parents du moine dans l’espoir de pouvoir envoyer Jamyang Palden à l’hôpital de la capitale de la province, Xining, pour qu’il soit pris en charge dans de meilleures conditions. »[25]

    Divers témoignages indiquent que les moines de Rongpo sont allés chercher Jamyang Palden à l’hôpital et l’ont ramené au monastère par peur qu’il soit arrêté voire trompé par la police.[26] Un reportage de Voice of America précise qu’il a été emporté hors de l’hôpital par les moines et emmener ailleurs pour des soins avant de retourner au monastère.[27] Des photos apparues rapidement après l’immolation de Jamyang Palden le montrent sous oxygène pris en charge par de deux médecins, ses bras apparemment grièvement brûlés.[28]

    Les médias officiels chinois ont même reconnu que l’hôpital s’organisait pour une prise en charge à domicile, en l’occurrence le monastère de Jamyang Palden.

    Le 22 juin 2012 un article publié par Xinhua détaillait comment un isolement partiel avait été mis en place au monastère quand Jamyang confirma ne pas vouloir quitter les lieux. Un docteur y déclarait : «  Nous tentons de le persuader de retourner à l’hôpital pour qu’il se fasse opérer, mais il s’oppose fermement à cette proposition. Palden, d’après témoins, aurait dit qu’il ne voulait aller nulle part ailleurs, qu’ici était le mieux pour consulter le Divin. Il remerciait souvent le personnel pour ses soins.

    Jamyang Palden est décédé au monastère en septembre 2012.[29]

     

    Dargye: disparu avec son auto-immolation à Lhassa.

    Dargye, who self-immolated in Lhasa in May, 2012.

    Dargye, un jeune homme tibétain, s’était immolé par le feu avec un autre tibétain, Dorje Tseten, devant le plus saint des temples du Tibet, celui du Jokhang. Dorje Tseten est mort sur place et tandis que des sources avancent que Dargye serait lui aussi mort, rien ne confirme pour autant s’il ait survécu ou non. Sa famille reste donc sans information.

    Dargye, un ancien moine du monastère de Kirti, 25 ans, avait travaillé dans un restaurant de Lhassa. Il s’est immolé par le feu le 27 mai 2012. Lui et Dorje Tseten sont passés à l’acte lors de Saga Dawa – le mois saint où les Tibétains commémorent la naissance de Buddha, son éveil et sa mort. C’était la première fois que des immolations par le feu avaient lieu dans la capitale du Tibet, une capitale dont les forces de l’ordre sont omniprésentes depuis depuis les émeutes de Mars 2008 qui avaient éclatées à Lhassa avant de se propager à tout le Tibet.

    Une source précisa à ICT que la veille, Dargye avait réservé une chambre dans un petit hôtel dans laquelle il avait préparé son immolation par le feu. Peu après les premières flammes, la police armée est intervenu pour étouffer le feu et emmener Dargye et Dorje Tseten hors de la scène du drame. Des témoins ont pu transmettre des images, lesquelles sont difficilement soutenables. [30]

    A la suite des deux auto-immolations, le personnel du restaurant où travaillait Dargye a été arrêté. Les médias chinois ont rapporté la mort de Dorje Tseten et la survie de Dargye, et précisé qu’il se trouvait à l’hôpital du fait de ces blessures (28 mai 2012, Xinhua).

    Le père de Dargye fit le voyage de Ngaba jusque Lhassa pour tenter de trouver son fils. Il s’est rendu au commissariat de Lhassa ainsi que dans d’autres administrations, mais il fut incapable d’obtenir quelle information que ce soit. Les autorités chinoises n’ont pas donné plus d’information sur Dargye.

    D’après les moines en exil du monastère de Kirti, Dargye était entré très jeune au monastère et avait quitté les ordres quelques années avant son auto-immolation. Il est le benjamin d’une fratrie de six. Dargyé travaillait comme caissier dans un restaurant appartenant à la famille Chukeystang, connue pour ses affaires, également originaire de Ngaba. Après les deux immolations par le feu, le propriétaire du restaurant, Chukey, et sa femme et leur famille ont été arrêtés.

     

    Dickyi Choezom: amputée des deux mains après son auto-immolation

    • Dickyi Choezom, une femme tibétaine dans la quarantaine, mère de deux enfants, survécut à son immolation par le feu qui eut lieu le 27 juin 2012 dans la rue principale de Kyegudo, comté de Yulshu (Yushu en Chinois dans province chinoise du Qinghaï. Encore plus de militaires sont arrivés sur place et ont emmené Dickyi Choezom à l’hôpital de la capitale provincial, Xining, où elle fut amputée des deux mains.

    Un moine [tibétain ] en exil avec des contacts dans cette région informa les médias tibétains que la police avait arrêté les parents de Dickyi Choezom, en réaction beaucoup de tibétains se sont rassemblés pour demander leur libération sans quoi ils s’immoleraient par le feu. Ses parents furent libérés avec diverses blessures dues à la brutalité policière.

    Les habitants tibétains de Kyegudo avaient manifesté contre les plans chinois de redéveloppement faisant suite au séisme dévastateur d’avril 2010, Dickyi Choezom aurait fait partie des manifestants et aurait aussi contesté des expropriations forcées. La reconstruction opaque menée par le gouvernement chinois s’est faite sans aucune consultation des habitants, soulevant des inquiétudes sur la répartition des terres et sur le futur de ce lieu culturel et religieux où la population est à 97 % tibétaine. La manifestation a duré trois jours pour protester contre les plans chinois de redistribution des terres et de relogement et aussi avoir été tenu à l’écart des décisions. Si les manifestants ont été dispersés par la police, cette dernière a part la suite procédé à des arrestations de tibétains, dont certains souffraient de séquelles au tremblement de terre, certains avaient même été amputés. [31]

    Les circonstances de l’hospitalisation de Dickyi Choezom et de son amputation des deux mains ne sont pas connues. Une source informa ICT qu’elle est retournée chez elle une fois les soins médicaux prodigués. Une autre source ajouta que son mari, Wangdrag, a été convoqué à l’hôpital pour parler du traitement médical et de l’amputation avant de disparaître plusieurs semaines. Selon cette même source, il s’est révélé être gravement malade mais rien n’est su sur ce qui s’est passé lors de sa disparition.

     

    Pasang Lhamo: a survécu son immolation par le feu à Pékin

    Pasang Lhamo

    Le 13 septembre 2012, à Pékin, une femme tibétaine a survécu à son auto-immolation par le feu. Pasang Lhamo, dans la cinquantaine, originaire de Kyégudo, préfecture tibétaine autonome de Yulshu ( Yushu en chinois ) dans la province [chinoise] du Qinghaï, est la seule, dans cette vague d’auto-immolation, à être passé à l’acte sur le sol chinois en dehors des terres traditionnelles d’habitation des Tibétains. Gravement blessé, elle a été emportée à l’hôpital puis elle est retournée au près de sa famille et de ses parents. Son actuel état de santé est inconnu.

    D’après des sources, Pasang Lhamo s’est mise en feu pour protester contre la saisie de ses terres et de sa maison de Kyégudo par le gouvernement. Sa famille vivait dans cette maison depuis des générations, alors quand il a été annoncé qu’elle serait démolie dans le cadre d’un projet gouvernemental, Pasang Lhamo déposa une requête auprès des autorités préfectorales et régionales. Face à l’attitude muette de l’administration elle décida de se rendre à Pékin pour s’immoler par le feu en guise de protestation..

    En Chine, plus de 40 auto-immolations ont eu lieu du fait des expropriations ordonnées sur l’autel du développement, une cause de mécontentement qui dure depuis des années, et elles ont augmenté de façon conséquente ces deux dernières années.[32]

    La fille de Pasang Lhamo travaillait pour une troupe de danse officielle de Kyégudo, elle perdit son travail pour s’être également plainte de l’expropriation forcée.

     

    Yangdang: sa survie est incertaine

    Yangdang, who fell on the ground, badly burnt, after his self-immolation.

    On ne sait pas si Yangdang, un tibétain d’une vingtaine d’années, a survécu à son auto-immolation du 29 septembre 2012 qui a eu lieu à Dzato (Zadou en chinois), préfecture tibétaine autonome de Yulshu dans la province du Qinghaï.. Devant la difficulté d’obtenir des informations sur le devenir des auto-immolés, les sources tibétaines donnent des informations contradictoire sur l’après immolation de Yangdang.

    D’après des tibétains en exil avec des contacts sur place, Yangdang s’est immolé par le feu aux environ de 19h sur la route principale de Dzato où il scandait des slogans pour le Tibet libre et le retour du Dalaï Lama et du Karmapa.[33] D’autres sources disent qu’il a appelé à la fin des projets miniers au Tibet.[34]

    Après que les gens à proximité, y compris les commerçants chinois, aient pu éteindre les flammes avec des seaux d’eau, les forces de l’ordre ont fait évacuer la zone et ont emmené Yangdang à l’hôpital local. Le lendemain, les autorités locales annonçaient à la famille que Yangdang serait transféré en dehors de la zone tibétaine du fait de la gravité de son état. Les autorités locales informèrent ensuite la famille du décès de Yangdang lors du transfert, mais elles ne lui ont toujours pas rendu le corps. D’autres sources indiquent qu’il aurait pu survivre bien que les autorités n’aient pas donné plus d’informations.

    D’après des exilés tibétains avec des contacts sur place, les moyens de sécurité dans le comté ont été largement augmentés et les libertés de déplacement sont officiellement entravées.

    Yangdang est né à Karma, région tibétaine autonome de Chamdo, il était commerçant.Son auto-immolation avait lieu alors que les autorités chinoises se préparaient pour le premier octobre, jour anniversaire de la fondation de la république populaire de Chine. En réaction au drame, les festivités ont été réduites et la sécurité intensifiée.

     

    Tenzin: réponse violente de la police face à l’auto-immolation, pas d’information sur son actuelle situation

    Tenzin

    Tenzin, la vingtaine d’années, quelque temps avant son auto-immolation

     

    La santé et la situation de Tenzin, jeune tibétain s’étant immolé par le feu le 25 octobre 2012 à Nagchu, ne sont toujours par connus.

    Tenzin et un autre tibétain de son âge se sont immolés par le feu à proximité d’un bâtiment administratif de Nagchu (Naqu en chinois). Ils étaient tous deux originaires du monastère de Bankar et de son village dans le comté de Driru (Biru en chinois), préfecture autonome de Nagchu.

    Tenzin, fermier et nomade, a été emporté par la police. Depuis aucune information n’a filtré sur sa situation ou sa survie. Une source révèle avoir entendu que la police avait été très agressive avec Tenzin, que les agents avaient soulevé son corps et l’avaient jeté dans leur véhicule sans aucun égard pour sa condition physique. Depuis, la famille de Tenzin n’a reçu aucune information de la part des autorités malgré leurs nombreuses démarches. Elle désespère de savoir s’il est mort ou vivant mais elle est toujours sans réponse.

    Tenzin avait vécu plusieurs années en exil, il avait étudié à l’école tibétaine de Suja, dépendante du gouvernement tibétain en exil, près de Dharamshala en Inde. Il est revenu au Tibet après être tombé malade en Inde. Les tibétains revenant de l’exil sont particulièrement surveillés par le gouvernement chinois qui  les soupçonne d’être sous l’influence du Dalaï Lama. Ainsi, sur son trajet de retour au Tibet, Tenzin a été placé en détention pendant deux semaines par les gardes frontaliers et fut autorisé à partir après que sa famille ait payé une forte amende.

     

    Dorjee Kyab et Samdrup: deux jeunes moines ayant survécu

    Dorjee Kyab Samdrup, aged around 16, while at his monastery before his self-immolation. The picture was taken following a major religious assembly.

    Le 7 novembre 2012, les jeunes moines Dorjee Kyab et Samdrup se sont immolés par le feu à Ngaba avec un autre ami moine de 15 ans se nommant Dorjee. Ce dernier est mort sur le coup tandis que les deux autres ont été immédiatement emportés par les autorités.

    Le trio du monastère de Ngoshul se sont mis le feu devant le poste de police de Gomang, préfecture de Ngaba. Ils scandaient des slogans appelant à un Tibet libre et au retour du Dalaï Lama. Ils ont tous trois été pris par la police. Dorjee Kyab et Samdrup seraient à l’hôpital de Ngaba.

    Du fait des restrictions de communication, il n’a pas été possible de confirmer s’ils étaient retournés dans leur famille respective. Ils étaient tous deux dans un état de santé critique à leur arrivée à l’hôpital, d’après des sources, ils seraient restés hospitalisés deux mois. Dorjee Kyab est peut-être chez lui, mais cela ne peut pas être confirmé.

     

    Wangyal: sa survie n’est pas confirmée

    Wangyal, a Tibetan in his twenties, set fire to himself in 2012 at this location in Serthar county town, near the golden horse statue.

    A Serthar, le 26 novembre 2012, de nombreuses personnes ont été les témoins de l’auto-immolation de Wangyal, un Tibétain d’une vingtaine d’années. Il n’est pas mort sur place mais on ne sait pas s’il est encore vivant.[35]

    Wangyal s’est immolé par le feu devant la statue du cheval en or de Serthar (Seda en chinois), préfecture tibétaine autonome de Kardze dans la province chinoise du Sichuan. D’après des sources, beaucoup d’habitants ont entendu Wangyal appeler au retour du Dalaï Lama et la liberté des Tibétains. Il a été emmené derechef par la police qui avait du se faire un passage au milieu de la foule. Depuis les communications sont réduites au minimum et la zone a vue arriver de nouvelles troupes militaires. Une source d’ICT déclara : « Wangyal était toujours vivant quand il a été amené à l’hôpital pour une prise en charge médicale. Mais plus de deux ans après, sa famille et ses amis ne savent pas où il se trouve ni sous quel traitement il est. Ils ont juste étaient informés qu’il recevait un traitement médical.”

    Wangyal a trois frère et une sœur, ses parents sont décédés.

     

    Sungdue Kyab: adolescent de 17 ans envoyé chez lui ses deux jambes amputés

    Sungdue Kyab

    Le 2 décembre 2012, à Sangchu, Sungdue Kyab, alors âgé de 17 ans, s’est immolé par le feu sur la route du monastère de Bora. Il survécut à son geste et a été emmené par la police à l’hôpital de Tsoe, préfecture tibétaine autonome de Kanlho dans la province de Gansu. Sa famille chercha à de nombreuses reprises à obtenir des informations sur sa situation auprès des aurorités officielles, mais elle a fait face à un mur de silence.

    D’après les mêmes sources, à la suite de l’auto-immolation, les autorités chinoises ont informé la famille de Sungdue Kyab qu’il était sous traitement médical et qu’elles voulaient parler d’une possible amputation des membres.[36] La famille aurait donné son accord pour l’amputation de la jambe gravement brûlée mais pas pour l’autre. A nouveau,  ils ne reçurent aucune nouvelle, ni de l’hôpital ni des autorités, jusqu’à ce qu’il revienne chez lui fin octobre – presque deux ans après son immolation par le feu – avec ses deux jambes amputées. On ne sait pas si les amputations étaient indispensable pour sa survie.

    Des sources tibétaines en exil donne ce compte rendu de l’après immolation : « Tout d’abord, les autorités ont emmené Sungdu Kyab à l’hôpital de la préfecture de Kanlho pour qu’il reçoive des soins médicaux pour environ deux mois, puis l’ont transféré à l’hôpital principal de la province de Gansu, où ses parents purent lui rendre visite.

    “Début 2014, les autorités chinoises de la préfecture annoncèrent à la famille que Sungdue Kyab était sorti de l’hôpital et qu’il avait été placé en détention. Sa famille ne fut pas autorisée à lui rendre visite. Tard dans la soirée du 23 octobre 2014, les autorités ont rendu Sungdue Kyab à sa famille. Ses deux jambes avaient été amputées. »

     

    Sangdag: Un moine dont la survie n’est pas confirmée

    Le 24 février 2013, Sangdag, un moine tibétain s’est immolé sur une route au sud de Ngaba ( Aba en chinois ), préfecture autonome tibétaine et qiang dans le Sichuan.

    Sangdag, suite à son auto-immolation, fut emmené à l’hôpital local et des sources tibétaines pensent qu’il est toujours en vie. L’une d’elles déclara à ICT : « Sangdag n’est pas resté longtemps à l’hôpital mais a été déplacé ailleurs, en un lieu gardé secret. Sa famille et ses amis ont demandé des permissions pour pouvoir rendre visite à Sangdag, ou au moins être informé de sa situation, mais leurs demandes furent rejetées de facto et les autorités ne donnèrent aucune information. »

    Sangdag est originaire du village de Dowa près de Drotsig Shang dans le comté de Ngaba, c’était un moine du monastère de Diphu ( école Sakya ).

    La vague d’immolation qui continue à balayer le Tibet avait débuté à Ngaba en 2009 avec le passage à l’acte du moine Tapey du monastère de Kirti.

     

    Kunchok Tsomo

    Kunchok Tsomo, âgée de 40 ans, est née dans un village de la Préfecture Tibétaine Autonome de Kyegudo, comté de Yulshu (Chinois : Yushu), province du Qinghaï. Selon des sources tibétaines, elle s’est immolée par le feu à la fin  mars 2013 (la date exacte n’est pas connue) près d’un bâtiment officiel  pour protester contre les politiques chinoises au Tibet,

    D’après les mêmes sources, la maison de Kunchok Tsomo faisait partie de celles qui ont été détruites par les autorités locales au cours de la reconstruction du « Nouveau Yushu » ayant fait suite à l’important tremblement de terre de 2010.

    D’après une source tibétaine, la police armée est rapidement arrivée sur les lieux pour éteindre les flammes et l’emmener à l’hôpital.

    Elle a reçu des soins médicaux en urgence et s’est rétablie, toujours d’après la même source. Elle est maintenant de retour chez elle, mais sous surveillance rapprochée. On n’a pas tous les  détails sur son état, et l’on ne sait pas si elle a pu récupérer son terrain.

    Dolma: la survie d’une nonne tibétaine

    Dolma, nonne tibétaine d’une trentaine d’années, s’est immolée par le feu le 29 Mars 2014 devant un monastère dans le comté de Bathang (chinois : Batang), Préfecture Tibétaine Autonome de Kardze (chinois : Ganzi) et a survécu à son geste. On ne sait pas si elle est toujours en vie et, si c’est le cas, où elle se trouve ; les communications ont été très restreintes à Bathang après l’immolation. Dolma, qu’on dit âgée de 31 ans, aurait survécu grâce aux secours de Tibétains qui effectuaient des koras du monastère de Bar Choede, ils auraient éteint les flammes après qu’elle se soit mise en feu.

    Dolma est d’une famille nombreuse ; trois membres de sa famille ont été reconnus comme tulkus (lamas réincarnés), et l’une de ses sœurs est une nonne. Il semble qu’elle ait fait des offrandes religieuses avant de se mettre le feu près du chemin de circumambulation.

    d’après les mêmes, les restrictions sécuritaires ont été renforcées dans le monastère et toute la ville de Bathang, les réseaux de téléphonie mobile et internet ont été coupés. Les gens de la communauté n’ont pas été autorisés à rendre visite à Dolma à l’hôpital. On pense qu’elle a survécu grâce aux soins médicaux qu’elle a reçus, mais on ne connaît pas son état actuel.

    Kunchok: moine qui s’est immolé par le feu devant un poste de police

    Le 16 septembre 2014, un Tibétain de 42 ans, Kunchok, s’est immolé par le feu devant un poste de police à Tsangkor, comté de Gade, Préfecture Tibétaine Autonome de Golok (chinois : Guoluo), province du Qinghai, Des Tibétains qui se trouvaient sur les lieux sont parvenus à éteindre les flammes et l’ont emmené rapidement à l’hôpital. D’après des sources tibétaines, il était très perturbé d’avoir survécu. La nouvelle de cette immolation n’est parvenue aux Tibétains en exil que deux semaines après les faits en raison des restrictions de communication et des mesures de sécurité dans la zone.

    On n’en sait pas plus sur Kunchok, ni même s’il est toujours en vie.

    Auto-Immolations de tibétains en exil

    Sept tibétains en exil se sont immolés par le feu en signe de protestation depuis 1988, quatre en Inde et trois au Népal. Parmi ces sept exilés, trois ont survécu.

    Le moine tibétain Butuk vit maintenant en exil en Europe après s’être mis en feu le 10 Novembre 2011 à Katmandou au Népal , près du stupa de Bodnath, au sein du quartier tibétain.

    Butuk s’est enveloppé du drapeau tibétain, s’est arrosé de kérosène tout en criant «  Tibet  Libre », puis s’est mis le feu. Des pèlerins bouddhistes près du stupa sont alors arrivés à éteindre les flammes, il a survécu. Butuk a quitté le Népal pour l’Inde où il a été traité pour des brûlures de 15 à 20% du corps.

    Sherap Tsedor, âgé de 25 ans, est descendu d’un autobus devant l’ambassade de Chine à Delhi, le 4 Novembre 2011 ;  il s’est aspergé d’essence et a commencé à crier des slogans contre la présence chinoise au Tibet avant de se mettre en feu. La police sur les lieux est intervenue rapidement pour éteindre les flammes avant qu’elles ne puissent s’installer, Sherap Tsedor ne souffre que de brûlures légères aux jambes et à la taille. Il a dit au Guardian (Journal britannique ) : « Pour moi, c’est un échec parce que je suis toujours en vie. Je serais prêt à le refaire. C’est avec cette intense force que je ressens la situation là-bas au Tibet ».

    Le 23 Novembre 2006, un activiste tibétain du nom de Lhakpa Tsering, président régional du Congrès de la Jeunesse Tibétaine à Bangalore, Karnataka, Inde, s’est immolé par le feu pour protester contre la visite en Inde du président chinois Hu Jintao. Lhakpa Tsering criait « Tibet Libre » quand il s’est mis le feu devant l’hôtel Taj Mahal à Mumbai. Le personnel de sécurité est arrivé à éteindre les flammes, et Lhakpa a été emmené à l’hôpital souffrant de blessures graves.

    Pour plus d’information sur les quatre Tibétains de l’exil qui n’ont pas survécu à l’immolation, lisez le rapport de ICT ‘Self-immolations by Tibetans in exile’, http://www.savetibet.org/resources/fact-sheets/self-immolations-by-tibetans/.

     


Recommendations

The International Campaign for Tibet urges the People’s Republic of China:

  • In cases where the individual survived self-immolation, ensure that families are informed of the whereabouts and welfare of the individual and are allowed full access to him or her. In cases where the individual has recovered, they should not be held in custody by the authorities;
  • Survivors of self-immolation should not face criminal charges for their actions;
  • Survivors of self-immolation should be given full and proper medical treatment;
  • Families and friends of self-immolators should not face reprisals on account of their relationship with the self-immolator;
  • The treatment of Tibetan self-immolators who have survived appears to reflect policies that rely on deterrence and repression. ICT is calling upon the Chinese government to instead address the underlying grievances of Tibetans by respecting their universal rights.

 

Methodology

This report presents 20 cases of Tibetans who survived self-immolation in Tibet, and three in exile, covering a period from the first self-immolation in exile in 1998, and in Tibet from February 2009 to the present-day.[40] It is not known whether all of those individuals who survived in Tibet are still alive, due to the tight controls on information flow by Chinese authorities and the dangers faced by Tibetans in passing along information to the outside world. China does not allow independent nongovernmental organizations to freely conduct research or monitor human rights issues inside their borders. As a result, obtaining and verifying credible information presents great challenges. Details in this report are mainly from information gathered and cross-checked by ICT from unofficial sources inside and outside Tibet, including exile Tibetans in contact with Tibetans in Tibet.




Footnotes
[1] The case of Jamyang Palden, who died six months after his self-immolation, is also included in this report.[2] “CCTV’s explanation for the Tibetan self-immolations, by Woeser,” July 18, 2012, High Peaks Pure Earth blog, see: http://highpeakspureearth.com/2012/cctvs-explanation-for-the-tibetan-self-immolations-by-woeser/

[3] ICT report, ‘Acts of Significant Evil: The Criminalisation of Self-immolations’, http://www.savetibet.org/acts-of-significant-evil/

[4] ICT factsheet, Self-Immolations by Tibetans in Exile, http://www.savetibet.org/resources/fact-sheets/self-immolations-by-tibetans/

[5] See ICT report, ‘Storm in the Grasslands: Self-immolations in Tibet and Chinese Policy’, http://www.savetibet.org/storm-in-the-grasslands-self-immolations-in-tibet-and-chinese-policy/

[6] “CCTV’s explanation for the Tibetan self-immolations, by Woeser,” July 18, 2012, High Peaks Pure Earth blog, see: http://highpeakspureearth.com/2012/cctvs-explanation-for-the-tibetan-self-immolations-by-woeser/

[7] Official media specifically named Students for a Free Tibet in the following article: “Tibetan monk confesses spreading shooting rumors,” May 3, 2009, Xinhua, see: http://www.china.org.cn/china/news/2009-03/05/content_17384798.htm

[8] For this image, and other images relating to the wave of self-immolations in Tibet, see Students for a Free Tibet’s photo archive at: http://www.flickr.com/photos/sfthq/6323790362/in/photostream/

[9] “Iron Hare 2011: Flame of Resistance,” by the Dharamsala-based Dhomay Alliance for Freedom and Justice, which can be downloaded from ICT’s website at: http://www.savetibet.org/media-center/ict-news-reports/iron-hare-2011-flames-resistance

[10] His mother is shown speaking to the interviewer in Tibetan, saying “He said he deeply regrets what he’s done. “The Dalai clique and the self-immolation event, part 2,” May 10, 2012, Chinese Central Television’s YouTube account, see: http://www.youtube.com/watch?NR=1&feature=endscreen&v=6H1eQpGgxFs at 0 mins, 55 secs.

[11] The state media documentary, entitled ‘The Dalai clique and the self-immolation incident,’ was broadcast in both Chinese and English (with some variations between the two) on Chinese Central Television (CCTV). The video can be viewed in English at http://www.youtube.com/watch?v=jYcVa7yp6BA&list=UUT8RMFbTJV5ILaVykrluOQg&index=2&feature=plcp

[12] ICT report, October 28, 2011, http://www.savetibet.org/11th-self-immolation-in-tibet-kardze-monk-sets-fire-to-himself-during-religious-ceremony/

[13] “自焚藏人索南熱央被截肢 中共官員紛紛為自焚狡辯 (Tibetan self-immolator Suonan Reyang’s leg amputated; Chinese Party officials quibble over self-immolations),” March 8, 2012, Voice of Tibet, see (in Chinese): http://www.vot.org/?p=8432

[14] “Two shot dead; another self-immolation,” February 9, 2012, RFA, see: http://www.rfa.org/english/news/tibet/another-02092012170023.html

[15] “Self-immolation and protests spread to new Tibetan prefecture,” February 9, 2012, Free Tibet, see: http://www.freetibet.org/newsmedia/self-immolation-and-protests-spread-new-tibetan-prefecture

[16] ICT report, http://www.savetibet.org/nineteen-year-old-kirti-monk-sets-fire-to-himself-in-ngaba/

[17] “Tensions escalate in Qinghai: Rebkong self-immolation, student protest, monks commemorate March 10,” March 14, 2012, ICT, see: http://www.savetibet.org/tensions-escalate-in-qinghai-rebkong-self-immolation-student-protest-monks-commemorate-march-10/

[18] “Tibetan monk self-immolates in western China,” March 15, 2012, AP, see: http://www.guardian.co.uk/world/feedarticle/10145063

[19] “Tensions escalate in Qinghai: Rebkong self-immolation, student protest, monks commemorate March 10,” March 14, 2012, ICT, see: http://www.savetibet.org/tensions-escalate-in-qinghai-rebkong-self-immolation-student-protest-monks-commemorate-march-10/

[20] “Self-immolation as students protest,” March 14, 2012, RFA, see: http://www.rfa.org/english/news/tibet/protest-03142012093850.html

[21] “Self-immolation as students protest,” March 14, 2012, RFA, see: http://www.rfa.org/english/news/tibet/protest-03142012093850.html

[22] “Unprecedented footage from Tibet,” March 15, 2012, Free Tibet, see “Rebkong 14 March 2012” at: http://www.freetibet.org/newsmedia/unprecedented-footage-and-photographs-tibet-0

[23] “Tibetan Monk Self-Immolates in Rebkong, Thousands Gather to Pray and Protest,” March 13, 2012, Voice of America, see: http://www.voatibetanenglish.com/content/tibetan-monk-self-immolates-in-rebkong-thousandss-gather-to-pray-and-protest-exclusive-video-and-photos-142622016/1267274.html

[24] “Jamyang Palden, Rebkong, 14 March 2012,” uploaded to FreeTibetUK’s YouTube channel on March 15, 2012, see: http://www.youtube.com/watch?v=J5fkaQ63_ww

[25] “Tibetan monk self-immolates in Qinghai,” March 15, 2012, Xinhua, see: http://www.china.org.cn/china/2012-03/15/content_24901584.htm

[26] “Self-immolation sparks protest,” March 14, 2012, Free Tibet, see: http://www.freetibet.org/newsmedia/self-immolation-sparks-protest

[27] “Tibetan Monk Self-Immolates in Rebkong, Thousands Gather to Pray and Protest,” March 13, 2012, Voice of America, see: http://www.voatibetanenglish.com/content/tibetan-monk-self-immolates-in-rebkong-thousandss-gather-to-pray-and-protest-exclusive-video-and-photos-142622016/1267274.html

[28] “Tensions escalate in Qinghai: Rebkong self-immolation, student protest, monks commemorate March 10,” March 14, 2012, ICT, see: http://www.savetibet.org/tensions-escalate-in-qinghai-rebkong-self-immolation-student-protest-monks-commemorate-march-10/

[29] Voice of America, Tibetan service, October 1, 2012, http://www.voatibetanenglish.com/content/article/1517704.html

[30] Image with ICT report, at http://www.savetibet.org/detentions-fear-after-lhasa-self-immolations-prayer-gathering-in-dzamthang/

[31] ICT report, April 9, 2011, http://www.savetibet.org/reconstruction-of-earthquake-hit-area-excludes-tibetan-participation-ignores-local-concerns-one-year-on-from-earthquake/

[32] Amnesty International documented 41 cases of self-immolation as protest against forced eviction. Amnesty International report, ‘China: rise in forced evictions fuelling discontent’, October 11, 2012, http://www.amnesty.org/en/news/china-rise-forced-evictions-fuelling-discontent-2012-10-11

[33] The 17th Karmapa, head of the Karma Kagyu school of Tibetan Buddhism, lives in exile in Dharamsala, India, following his escape from Tibet in 2000.

[34] For background on protests on mining in Tibet, see Gabriel Lafitte’s book ‘Spoiling Tibet: China and resource nationalism on the roof of the world’, Zed Books, http://zedbooks.co.uk/node/20382

[35] There was an intense wave of self-immolations in November, 2012, coinciding with the once in a decade leadership transition that took place at the Chinese Communist Party Congress in the same month. Tibetans had feared that there would be more self-immolations at the time of this Party Congress, which marked the coming to power of Xi Jinping, perhaps indicating an intention by Tibetans to make a strong statement to the new leadership. ICT report, ‘Storm in the Grasslands: Self-immolations in Tibet and Chinese Policy’, http://www.savetibet.org/storm-in-the-grasslands-self-immolations-in-tibet-and-chinese-policy/

[36] It is not known whether the amputation was at the waist or knee.

[37] ICT report, April 9, 2011, http://www.savetibet.org/reconstruction-of-earthquake-hit-area-excludes-tibetan-participation-ignores-local-concerns-one-year-on-from-earthquake/

[38] The Guardian, Protesters’ stories: Sherab Tsedor and Tibet – January 13, 2012

[39] Account and images, November 25, 2006, http://www.phayul.com/news/article.aspx?id=14875

[40] The last known survivor of self-immolation was Kunchok in December, 2014.

– See more at: http://www.savetibet.org/newsroom/tibetan-survivors-of-self-immolation-repression-and-disappearance/#sthash.FEwSJSzY.dpuf